Ecouen raconte la Renaissance à travers ses vaisselles

Célia Goussard
Une belle exposition, au château d’Ecouen, est l’occasion de revenir sur les matériaux, et les formes, de la vaisselle des XVe et XVIe siècles.
L'aiguière à bec verseur a été fabriquée à Paris, entre 1466 et 1506. Ses godrons en argent, relevés de bordures dorées, et ses gravures de fleurs soulignées d'émaux translucides sur le couvercle, en font une pièce très précieuse. Les experts ont même pu retrouver le nom de son orfèvre : Pierre Ensoult.

L'aiguière à bec verseur a été fabriquée à Paris, entre 1466 et 1506. Ses godrons en argent, relevés de bordures dorées, et ses gravures de fleurs soulignées d'émaux translucides sur le couvercle, en font une pièce très précieuse. Les experts ont même pu retrouver le nom de son orfèvre : Pierre Ensoult.
©Nancy, Région Lorraine - Inventaire Général - photo Alain George et Gilles André

S’inspirant largement de l’Antiquité, la Renaissance voit se développer le travail des métaux précieux. En effet, de grands gisements d’or et d’argent, découverts notamment en Amérique du Sud, le fameux « Nouveau monde », permettent de multiplier les travaux d’orfèvrerie en Europe. De nombreuses mines, mises à jour à la fin du XIVe et au début du XVe siècle, sont encore exploitées aujourd’hui.


La découverte fortuite, en 2006, de 31 pièces de vaisselle civile, témoigne de cet incroyable essor. C’est à Pouilly-sur-Meuse que deux habitants trouvent, soigneusement emballé et enfoui sous terre, ce trésor rare et très précieux. En effet, peu de pièces d’orfèvrerie de la Renaissance nous sont parvenues, du fait de la fréquente refonte des métaux. Afin de réaliser d’autres objets plus adaptés aux évolutions de style des décors, les vieux ustensiles étaient régulièrement fondus, et réutilisés.


Les 31 pièces de vaisselle, retrouvées à Pouilly-sur-Meuse, sont exposées au château d'Ecouen jusqu'au 2 juillet 2012. Ne manquez pas ce trésor de la Renaissance !

Les 31 pièces de vaisselle, retrouvées à Pouilly-sur-Meuse, sont exposées au château d'Ecouen jusqu'au 2 juillet 2012. Ne manquez pas ce trésor de la Renaissance !
©Le trésor de Pouilly


De la vaisselle d’usage en or et argent


L’ensemble de la vaisselle retrouvée, qui a depuis rejoint les collections du musée Historique lorrain de Nancy, était destiné à l’usage courant. A la Renaissance, les ustensiles et récipients quotidiens avaient généralement une allure assez dépouillée ; en bois, céramique, étain, voire en argent, comme pour le présent trésor. Les formes étaient simples, planes, et les ornements éventuels répétitifs.


La vaisselle retrouvée à Pouilly-sur-Meuse est, cependant, subtilement décorée. Des godrons, cannelures arrondies, des reliefs polis ou amatis, des motifs finement ciselés, des bandeaux entrelacés, des rinceaux estampés, c'est-à-dire des motifs de feuilles et tiges stylisées, ornent discrètement la surface des délicats objets. Empruntés à l’art islamique, ces décors mauresques se répètent régulièrement sur les plus gros ustensiles. Des dorures « par les garnisons », placées en bandeau sur le pourtour des récipients, subliment les courbes de cette vaisselle d’exception.


Cette série de douze cuillères, en argent partiellement doré, a été fabriquée à Châlons-en-Champagne, au XVIe siècle. Après l'exposition, le Trésor de Pouilly-sur-Meuse sera visible au Musée lorrain de Nancy.

Cette série de douze cuillères, en argent partiellement doré, a été fabriquée à Châlons-en-Champagne, au XVIe siècle. Après l'exposition, le Trésor de Pouilly-sur-Meuse sera visible au Musée lorrain de Nancy.
©Nancy, Région Lorraine - Inventaire Général - photo Alain George et Gilles André


Un trésor familial protégé


L’étude des 31 objets a permis de dater, et de localiser, la confection de chaque pièce. Les experts estiment, d’après le style de fabrication, que trois générations d’acquéreurs se sont succédées. Pour rassembler ces ustensiles, il leur a fallu étaler les commandes de la toute fin du XVe, au troisième quart du XVIe siècle.


Les poinçons, précieux indices, indiquent que les lots ont été conçus à Paris, Châlons-en-Champagne, Reims et Strasbourg. En outre, la préservation de cette vaisselle, sur une aussi longue période, témoigne de la classe sociale médiane des possesseurs. Cette famille était sans doute assez aisée pour utiliser des couverts en argent, mais peu attirée par l’ostentation d’une vaisselle très chargée, et refondue continuellement.


Les initiales N.B., inscrites sous certaines pièces, ont conduit les spécialistes à une famille de Châlons-en-Champagne. « Beschefer » était donc le nom de ces gens, qui semblent avoir disparus au moment de la Réforme religieuse. Protestants ou catholiques, ils ont voulu mettre leur bien à l’abri des pillages. Victimes des ravages des guerres de religion, ils ne sont jamais revenus chercher la précieuse vaisselle, retrouvée par hasard six siècles plus tard.


L’exposition « L’invention d’un Trésor - Vaisselles précieuses de la Renaissance » est présentée au château d’Ecouen, musée national de la Renaissance, du 4 avril au 2 juillet 2012.


www.musee-renaissance.fr


Cette drôle de salière, "à vase", est faite d'argent ciselé et partiellement doré. Elle a été créée à Paris, vers 1531-1532.

Cette drôle de salière, "à vase", est faite d'argent ciselé et partiellement doré. Elle a été créée à Paris, vers 1531-1532.
©Nancy, Région Lorraine - Inventaire Général - photo Gilles André et Ludovic Gury