Hommage de Charlotte Perriand au Japon

Christian de Rivière
Trois mois durant, le Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne rend hommage à Charlotte Perriand en reconstituant à l’identique, l’exposition qu’elle monta au Japon en 1955.
Vue de l’exposition "Charlotte Perriand et le Japon", au Musée d’art moderne de Saint-Etienne Métropole Reconstitution de l’exposition « Pour une synthèse des arts », Tokyo, 1955. Table basse en forme et tapis, 1954 (coll. Part.) ; grande bibliothèque à plot, réplique Cassina, 2013.

Vue de l’exposition "Charlotte Perriand et le Japon", au Musée d’art moderne de Saint-Etienne Métropole Reconstitution de l’exposition « Pour une synthèse des arts », Tokyo, 1955. Table basse en forme et tapis, 1954 (coll. Part.) ; grande bibliothèque à plot, réplique Cassina, 2013.
©Succession Charlotte Perriand © ADAGP, Paris, 2013 Photo Yves Bresson / MAM Saint-Etienne Métropole

Libre sans être féministe, Charlotte Perriand se rend pour la première fois au Japon en 1941, invitée par son grand ami Junzo Sakakura qui lui avait promis de lui faire connaître son pays. Pionnière du design d’influences multiculturelles, ce premier voyage initiatique au pays du Soleil Levant fut pour elle une révélation. L’exposition de Saint-Etienne met en lumière la façon dont elle s’est nourrie des traditions ancestrales japonaises. Son insatiable curiosité la poussa à voyager à travers le pays à la découverte des techniques et objets artisanaux. Durant ses pérégrinations, elle réalisa alors un splendide reportage photographique repris dans l’exposition, afin de nourrir sa réflexion sur les coutumes locales, le traitement de l’espace et le rapport entre l’ombre et la lumière.


Lors de son second séjour en 1955, Charlotte Perriand organise à Tokyo  l'exposition « Proposition d’une synthèse des arts » reprise telle quelle aujourd'hui à Saint-Etienne.

Lors de son second séjour en 1955, Charlotte Perriand organise à Tokyo l'exposition « Proposition d’une synthèse des arts » reprise telle quelle aujourd'hui à Saint-Etienne.
©ACHP ADAGP 2013


Alors que le Japon n’est pas encore entré en guerre, Charlotte Perriand découvre qu’au Japon « on n’énonce pas une idée, on la cerne ». Elle comprend que le bois, le bambou, le tissage et la laque ne doivent pas être écartés de la création. Elle s’intéresse aussi aux tatamis, revêtement traditionnel des habitations japonaises, maisons et temples, faits de couches de paille de riz superposées et compressées, et qui servent d’unité de mesure pour les pièces (les dimensions traditionnelles du tatami sont 91 cm x 182 cm). Le design est pour elle l’utilisation la plus judicieuse possible des matériaux pour répondre aux besoins humains.


Chaise longue bambou, 1941 (éd. Cassina) ; tapis ; table plateau tronc d’arbre (réplique), 2012. Vue de l’exposition Charlotte Perriand et le Japon, Musée d’art moderne de Saint-Etienne Métropole dans une scénographie reproduite à l'identique.

Chaise longue bambou, 1941 (éd. Cassina) ; tapis ; table plateau tronc d’arbre (réplique), 2012. Vue de l’exposition Charlotte Perriand et le Japon, Musée d’art moderne de Saint-Etienne Métropole dans une scénographie reproduite à l'identique.
©Succession Charlotte Perriand © ADAGP, Paris, 2013 Photo Yves Bresson / MAM Saint-Etienne Métropole


A son retour en France, l’esprit japonais demeure et ses créations s’en ressentent. Elle osera marier des matériaux modernes avec d’autres plus traditionnels, comme la paille tressée ou le bois naturel ; puis elle utilisera le bambou, la laque, les tissages…pour créer meubles et objets proches du Mingei, art populaire japonais.


Charlotte Perriand mit à l’honneur le bambou pour ses incroyables qualités d’élasticité. Paire de lits Bambou, sur tatamis, 1940 (archives Perriand).

Charlotte Perriand mit à l’honneur le bambou pour ses incroyables qualités d’élasticité. Paire de lits Bambou, sur tatamis, 1940 (archives Perriand).
©ACHP ADAGP 2013


Lors d’un second voyage en 1955, elle organise une exposition à Tokyo, sur ses recherches sur l’art d’habiter, intitulée « Proposition d’une synthèse des arts ». C’est cette même exposition qui est intégralement reconstituée à Saint-Etienne ; la scénographie est à l’identique avec une simplicité toute japonisante du mobilier posé à même un tapis de galets noir, ou de sable blanc cerné par une simple corde de chanvre. On y retrouve sa fameuse bibliothèque à plots incorporés, la table empilable, les étagères Nuage, les banquettes Tokyo, la célèbre chaise longue dans une version bambou, une maquette qu’elle réalisa pour les salons d’Air France à Tokyo, une splendide table basse au plateau tronc d’arbre rééditée pour la reconstitution…


La fameuse chaise longue de 1929 en acier chromé et toujours éditée par Cassina est transposée en 1941 dans une version 100% bambou !

La fameuse chaise longue de 1929 en acier chromé et toujours éditée par Cassina est transposée en 1941 dans une version 100% bambou !
©ACHP ADAGP 2013


Selon Charlotte Perriand, « la vraie tradition ne signifie pas copier, même fidèlement, mais selon la même loi, créer dans l’esprit de son temps ».


Vue de l’exposition Charlotte Perriand et le Japon, Musée d’art moderne de Saint-Etienne Métropole Tapisserie, anonyme (Tatsumura Textile Co. Ltd) ; Table à plateau (coll. Cassina) ; Chaises bambou, réplique, 2013 posées à même un tapis de sable blanc.

Vue de l’exposition Charlotte Perriand et le Japon, Musée d’art moderne de Saint-Etienne Métropole Tapisserie, anonyme (Tatsumura Textile Co. Ltd) ; Table à plateau (coll. Cassina) ; Chaises bambou, réplique, 2013 posées à même un tapis de sable blanc.
©Succession Charlotte Perriand © ADAGP, Paris, 2013 Photo Yves Bresson / MAM Saint-Etienne Métropole


Exposition « Charlotte Perriand et le Japon »

Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne Métropole

www.mam-st-etienne.fr

Du 23 février au 26 mai 2013


 


 


Montée par Charlotte Perriand à Tokyo en 1955, l'exposition « Proposition d’une synthèse des arts » sur ses recherches sur l’art d’habiter.

Montée par Charlotte Perriand à Tokyo en 1955, l'exposition « Proposition d’une synthèse des arts » sur ses recherches sur l’art d’habiter.
©ACHP ADAGP 2013


Infiniment moderne, la chaise Ombre de 1954, Cassina.

Infiniment moderne, la chaise Ombre de 1954, Cassina.
©ACHP ADAGP 2013