Nathalie Crinière, la nouvelle égérie de Dior

Nda Magazine
Il existe des talents qui allient l’art, la créativité et l’imagination. Nous avons au travers de l’exposition Inspiration Dior découvert Nathalie Crinière qui, par son savoir-faire, réalise des décors qui nous transportent à chaque fois dans des univers féériques. Par sa scénographie, lors de cette réalisation, elle fait voyager les visiteurs à travers les époques sur des notes parfumées de sensualité, de féminité, de volupté, de luxe et de raffinement extrême.
Nathalie Crinière a été chargée de mettre en scène les pièces mythiques de la maison Dior et de leur donner vie au musée Pouchkine.

Nathalie Crinière a été chargée de mettre en scène les pièces mythiques de la maison Dior et de leur donner vie au musée Pouchkine.
©Luc Castel

Exposition Inspiration Dior


L’exposition s’est tenue à Moscou d’avril à juillet 2011. Comme il ne nous était pas possible de nous y rendre et probablement en était-il ainsi pour vous, Nda par cet article vous amène ce chef d’œuvre.


Le thème de l’expo était d’exposer des pièces mythiques de la maison de couture et des œuvres d’art classique et contemporain. Nathalie Crinière a été chargée de mettre tout en scène et de leur donner vie au musée Pouchkine. Pour cela, il lui a fallu exploiter tous les recoins du lieu, son architecture néoclassique et fabriquer un décor. Comme pour le restaurant Phantom d’Odile Decq, il ne fallait rien fixer sur les parois du bâtiment. Une structure autonome de portiques scéniques à partir de ponts en aluminium a constitué l’ossature de la scénographie de la grande salle. Les quatre poteaux d’angles ont été capotés. Des colonnes factices aux chapiteaux ont été reproduites, puis sectionnées en deux afin de mettre sous cloche les robes exposées. Ces vitrines de forme cylindrique sont en plexiglas dans des colonnes en stuc. Les cadres des présentoirs sont en aluminium et éclairés. Un écran-miroir posé sur toute la surface du plafond démultiplie l’espace. De même pour l’escalier, la scénographie crée un jeu d’optique de reflets renversés. Tout a été théâtralisé et l’installation s’articule avec des salles retraçant une rétrospective des différentes périodes du couturier et de ses créations. Les robes suspendues semblent légères, s’envoler et danser au grand bal Dior.


Nous avons rencontré Nathalie Crinière qui nous a éclairés sur les détails de cette théâtralisation.


Inauguré en 1912, le musée des beaux-arts Pouchkine de Moscou abrite plus d'un million d'œuvres.

Inauguré en 1912, le musée des beaux-arts Pouchkine de Moscou abrite plus d'un million d'œuvres.
©DR


Nda : Pouvez vous nous expliquer la scénographie de l'expo, les contraintes et les difficultés rencontrées ? Le délai de ce chantier et combien de personnes pour l’équipe ?


Nathalie Crinière : Dans ce projet il y avait deux problématiques de taille : Dior, avec ses robes, souvent de grandes ampleurs et les œuvres majeures placées au cœur de la scénographie ; mais aussi le musée Pouchkine avec son architecture néoclassique très présente. Il nous fallait trouver un point de rencontre entre ces deux entités et le défi de ce projet a été de créer un dialogue et une osmose totale entre ces deux "protagonistes". Le chantier a été réalisé en un mois, installation des œuvres comprise, sachant que l'installation d'une robe prend généralement beaucoup plus de temps que l'accrochage d'un tableau. L’équipe chantier, à proprement parler, comptait une trentaine de personnes. Ensuite sont venus les mannequineuses, les accrocheurs, les éclairagistes, les graphistes, l'équipe pour la vidéo, ainsi que l'artiste Olga Kisseleva et son assistant pour la mise en place d'une installation spécifique autour des parfums Dior. Il y avait aussi sur place une entreprise Russe de menuiserie, afin de nous prêter main forte, et l'équipe du musée… le chantier ressemblait à une véritable ruche.


Une scénographie à base de colonnes sectionnées autour des vraies colonnes de l'architecture néo-classique du bâtiment.

Une scénographie à base de colonnes sectionnées autour des vraies colonnes de l'architecture néo-classique du bâtiment.
©Luc Castel


Nda : Les entreprises ont été sélectionnées sur place? Et comment ?


NC : Non, étant donné la complexité de la scénographie, nous avons travaillé avec une entreprise, la société Barem, avec qui nous travaillons régulièrement. Celle-ci a une grande maîtrise des travaux à l'étranger, et notamment de ce que cela implique en matière de logistique. Par exemple, pour la Russie tout le matériel et le décor devaient être identifiés par camion, et l'ensemble repartir en France à la fin de l'exposition, même ce qui était voué à être détruit. De plus, le projet nécessitait des compétences techniques importantes et nous avons travaillé bien en amont avec un ingénieur technique et un ingénieur fluide.


Les colonnes factices aux chapiteaux ont été reproduites, puis sectionnées en deux afin de mettre sous cloche les robes exposées.

Les colonnes factices aux chapiteaux ont été reproduites, puis sectionnées en deux afin de mettre sous cloche les robes exposées.
©DR


Nda : D'où vous est venue cette idée avec les colonnes sectionnées ?


NC : Elle est venue tout de suite dès l'annonce du sujet et du lieu d'exposition. Je ne connaissais le musée Pouckine que de nom, mais en trouvant des photos sur internet, j'ai pu constater qu'il y avait des colonnes partout. J'étais tellement enthousiaste à l'idée de faire une exposition dans ce musée, que ma première idée a été de le magnifier. Les colonnes ont évoqué tout de suite les cariatides et comme nous n'allions pas tronquer les vraies colonnes, alors nous avons créé les nôtres. Dans la même intention, nous avons dupliqué l'escalier de la grande entrée, les portes... Tout semblait pouvoir servir l'exposition et nous en avons bien profité ! 


Intimement liée à la marque Dior, René Gruau illustra l'emblématique maison de couture dès 1947 pour le parfum Miss Dior. Aérienne, élancée, espiègle et la bouche cerise, il s'agit bien d'une femme Dior imaginée par Gruau, l'illustrateur dont la signature est griffée d´une étoile.

Intimement liée à la marque Dior, René Gruau illustra l'emblématique maison de couture dès 1947 pour le parfum Miss Dior. Aérienne, élancée, espiègle et la bouche cerise, il s'agit bien d'une femme Dior imaginée par Gruau, l'illustrateur dont la signature est griffée d´une étoile.
©DR


Nda : Auriez-vous imaginé cette scénographie pour un autre produit ou un autre client que Dior ?


NC : Non, elle est en parfaite adéquation avec son sujet et correspond à l'image que je me faisais de Dior. Elle est donc exclusivement pour Dior et qui plus est exclusivement au musée Pouchkine !


Nda : Avec du recul maintenant, qu'auriez-vous amélioré ou changé dans ce projet ?


NC : A vrai dire pas grand chose. J'aurais aimé que l'exposition dure plus longtemps, mais elle a été très largement filmée et prise en photos. Peut être aurais-je apprécié qu'on puisse s'y téléporter, car j'en ai tellement parlé à mes amis que j'ai regretté que tous ne puissent la voir.


L'escalier de la grande entrée a été dupliqué pour créer un jeu d’optique de reflets renversés.

L'escalier de la grande entrée a été dupliqué pour créer un jeu d’optique de reflets renversés.
©Luc Castel


Monsieur Christian Dior doit être fier là-haut en constatant que son travail a été plus qu’un encensement avec cette scénographie. Par ce projet, Nathalie Crinière devient à nos yeux sa nouvelle égérie. Nous avons hâte de voir ses futures scénographies au musée du Louvre à Abu Dhabi entre autres. Nous lui tirons notre chapeau bas. « j’adore» !


 


Fiche technique :

Agence NC

50, rue du Faubourg du Temple

75011 Paris

Tél. : 01 46 28 35 96

www.agencenc.fr


 


Superficie de l'exposition : 1500 m2

Scénographie : Agence NC, Nathalie Crinière. Chef de projet : Anne Lebas

Graphisme : Anamorphée, Charlotte Halpern

Design Lumière : François Austerlitz et Mathieu Blaise

Construction et installation : Barem, Dominique Barrière

Ingénierie : Jocelyn Thierry

Installation Electricité / Eclairage : En Attendant

Climatisation : Terrel


 


Matériaux utilisés :


Valse du temps :

Sol : Revêtement de sol vinylique, coloris noir, aspect mat

Plafond : Miroir, marque Mirolège (miroirs légers tendus sur cadre aluminium)

Podiums, socles : En médium ou MDF  (Dérivé du bois).

Finition du médium : laqué (laque polyuréthane vernie)

Capotage des colonnes : en staff (matériau constitué de plâtre de moulage renforcé de fibres)

Les vitrines : en plexiglas

Cadres des vitrines : en aluminium peint thermolaqué

Structure supportant le Mirolège : pont scénique en aluminium

Revêtement mural : Cimaises en médium habillées d’un tissu satin (différents coloris) ou de bâches graphiques (tissu imprimé d’un texte)


 


Le revêtement de sol des autres salles :

New Look : moquette (coloris gris)

Corps et lignes : revêtement de sol existant

Tour du monde : revêtement de sol existant

Stars en Dior : moquette (coloris bleu foncé et rouge)

L’Atelier : parquet en sapin blanchi

Magie des parfums : moquette (coloris noir) et sol vinylique noir mat


Un écran-miroir posé sur toute la surface du plafond démultiplie l’espace.

Un écran-miroir posé sur toute la surface du plafond démultiplie l’espace.
©DR


Le revêtement mural des autres salles :

Toutes les salles ont des cimaises qui sont recouvertes de tissu, de bâches graphiques, ou de miroir (ex. : New Look ou Tour du Monde)

Pour la salle Stars en Dior le tissu a été incrusté de LEDs (effet ciel étoilé)


 


Pour l’ensemble des salles :

Les podiums ou socles : en médium laqué

Les vitrines : soit en plexiglas, soit en verre

Certains podiums, socles ont des cloches (ou capots) en plexiglas

Certaines vitrines ou certains podiums comportent des cadres en aluminium avec un velum tendu (tissu maille filet) (élément disposé entre l’œuvre et le public pour la protéger)