A Bruxelles, hommage à l’architecte Rob(ert) Mallet-Stevens

Agnès Zamboni
Jusqu’au 12 février 2017, la fondation CIVA Stichting organise une rétrospective sur l’œuvre de Mallet-Stevens, architecte d’origine belge, brabançon par sa mère et français par son père. Vive la modernité !
Aquarelle représentant la façade de la Villa Noailles à Hyères, Rob Mallet-Stevens.

Aquarelle représentant la façade de la Villa Noailles à Hyères, Rob Mallet-Stevens.
©CIVA


Une lignée dans le monde de l’art



Une rue à son nom a été inaugurée à Paris en 1927, dans le 16ème arrondissement de Paris, où l’on peut voir quelques-unes de ces plus belles réalisations. Robert Mallet-Stevens est issu d’une famille de collectionneurs, mécènes, marchands d’art et experts en tableaux depuis le XVème siècle, Et dans son arbre généalogique on retrouve Adolphe Stoclet, commanditaire du Palais Stoclet de Bruxelles, chef d’œuvre absolu de La Sécession Viennoise, érigé par l’architecte Joseph Hoffmann. Architecte des années 1920-30, Mallet-Stevens a donné une nouvelle définition de l’architecture moderne: « L’architecte moderne peut faire autre chose qu’un bloc compact fait de pierre, de bois, de fer, de zinc, de fonte, de staff, de marbre, de stuc, de briques, de plomb ; il peut « jouer » avec une succession de cubes monolithes. La décoration rapportée n’a plus de raison d’être. Ce ne sont plus que quelques moulures gravées dans la façade qui accrochent la lumière. La lumière, c’est la façade entière. L’architecte supporte un bloc énorme, c’est la maison. Les saillies, les décochements rectilignes formeront de grands plans d’ombres et de lumière ; un cartouche, une guirlande de feuillages laisseront la place à des surfaces unies butant contre d’autres surfaces unies. L’architecture devient monumentale ».



Vestibule de la Villa Cavrois, construite au début des années 1930 qui rappelle le travail de Rob Mallet-Stevens sur la lumière et ses activités de décorateur de cinéma.

Vestibule de la Villa Cavrois, construite au début des années 1930 qui rappelle le travail de Rob Mallet-Stevens sur la lumière et ses activités de décorateur de cinéma.
©Lothaire Hucki, 2016




Deux villas manifestes



Entre la Villa Cavrois, récemment restaurée et la Villa Noailles devenue centre d’art et de mode, tout l’art de Mallet-Stevens explose. Unité des façades, de l’architecture intérieure et de l’ameublement, recherche d’éclairages de jour comme de nuit, harmonie des proportions, la première, construite dans le nord de la France, s’impose en véritable œuvre d’art qui met en œuvre des technologies très novatrices à l’époque. Quant à la seconde, réalisée au contraire dans le Sud, elle préfigure un nouvel art de vivre ouvert sur l’extérieur avec sa salle de sport, sa piscine, sa terrasse et son jardin embrassant le paysage méditerranéen. A l’intérieur, des meubles de Pierre Chareau et Marcel Breuer, la lampe Gras, des rideaux peints par Sonia Delaunay ou un tapis créé par Djo Bourgeois. Outre de remarquables et nombreux documents et photos d’époque, on trouve également dans cette exposition, une sélection de meubles d’époque et notamment ceux de l’hôtel particulier ayant appartenu à Mallet-Stevens et créés par lui-même pour son propre usage. Ils témoignent du talent de ce roi de la géométrie et de la ligne qui combinait cubes et lames, grilles et trames, dans l’architecture comme dans le design. Côté couleurs, la palette de ce dandy moderne joue les contrastes en noir et blanc mais aussi les couleurs pastel (rose, jaune et beige) qui tranchent sur les teintes de rouge bordeaux et brun profond. Plusieurs déclinaisons de la célèbre chaise Tubor, dont on a attribué à tort la création à Mallet-Stevens, sont aussi présentées. En effet, il n’a proposé que des variations et nouvelles finitions. Mais c’est bien lui qui a créé le transat à la structure tubulaire sur laquelle était tendu un simple tissu et qui meublait la terrasse de la Villa Noailles à Hyères.



Maquette du « jardin cubiste » de Gabriel Guevrékian pour la Villa Noailles à Hyères.

Maquette du « jardin cubiste » de Gabriel Guevrékian pour la Villa Noailles à Hyères.
©CIVA




Hommage au jardin



Une seconde partie inédite de l’exposition est consacrée aux jardins, notamment ceux de la Villa Noailles. Le jardin, c’était la passion de Charles de Noailles, époux de Marie-Laure, couple de célèbres mécènes, commanditaires et propriétaires à l’origine de la Villa Noailles à Hyères près de Toulon. Commandée en 1923, Charles de Noailles a dit d’elle en l’imaginant et en s’adressant à Robert Mallet-Stevens : « J’ai envie de bâtir une maison extrêmement moderne, mais par moderne j’entends employer tous les moyens modernes pour arriver au maximum de rendement et de commodité. Je ne compte pas plus sacrifier un pouce de fenêtre pour obtenir une façade Louis XVI, que pour obtenir une façade moderne intéressante ». Quant au jardin, sa partie cubiste, son parvis et sa cour verte, véritable salon à ciel ouvert, imaginé par Gabriel Guevrékian, il découpe le paysage en tableaux offrant une vision contemporaine des arcades. Dans cet espace, une pelouse uniforme traversée par un chemin d’allées et quelques arbres méditerranéens font la liaison avec le paysage rythmé, entre les ouvertures, par des topiaires à la géométrie élémentaire mises en valeur par des socles en béton circulaires de trois degrés. La cour des pieds carrés offre aussi un sol divisé en carrés ou rectangles, qui accueille des arbres ou arbustes entre un pavement de dalles carrés et dessine un réseau orthogonal. Et dans le jardin bas, l’univers de Charles de Noailles, peuplé de haies de mythes encadrées de pivoines et des plus belles floraisons à couper pour décorer l’intérieur la maison, l’esthète féru de botanique a assouvi sa passion des plantes jusqu’à sa vente en 1947. Par la suite, il a continué à approfondir ses connaissances dans les jardins d’une ancienne bastide sur les hauteurs de Grasse, baptisée elle, la Villa Noailles à Grasse.



Garage, planche n° 13 du portfolio Une Cité Moderne, Rob Mallet-Stevens, 1924.

Garage, planche n° 13 du portfolio Une Cité Moderne, Rob Mallet-Stevens, 1924.
©CIVA




Renseignements : 

Fondation CIVA Stiching

55, rue de l’Ermitage

1050 Bruxelles

Belgique

Tél. : 0032(0)2 642 24 62

Mail : info@aam.be

www.civa.brussels



Escaliers. Rob Mallet-Stevens.

Escaliers. Rob Mallet-Stevens.
©CIVA




Salon rose de la Villa Noailles à Hyères, Rob Mallet-Stevens.

Salon rose de la Villa Noailles à Hyères, Rob Mallet-Stevens.
©Thérèse Bonney, 1928




Décor de cinéma « Un coin de Boudoir » pour le film « Le Vertige », mise en scène de Marcel Lherbier. Décorateur Mallet-Stevens, avec Emmy Lyon et Jaque Catelain. Film Cinégraphic.

Décor de cinéma « Un coin de Boudoir » pour le film « Le Vertige », mise en scène de Marcel Lherbier. Décorateur Mallet-Stevens, avec Emmy Lyon et Jaque Catelain. Film Cinégraphic.
©Hélio Marotte, Paris pour Charles Massin et Cie, Editeurs




Page de l’Illustration représentant en bas le Pavillon du Tourisme réalisé par Rob Mallet-Stevens pour l’Exposition Universelle de 1925.

Page de l’Illustration représentant en bas le Pavillon du Tourisme réalisé par Rob Mallet-Stevens pour l’Exposition Universelle de 1925.
©CIVA




Page de L’Architecture Vivante représentant la maquette d’une villa de Rob Mallet-Stevens en 1924.

Page de L’Architecture Vivante représentant la maquette d’une villa de Rob Mallet-Stevens en 1924.
©CIVA




Villa Noailles à Hyères, Rob Mallet Stevens.

Villa Noailles à Hyères, Rob Mallet Stevens.
©Olivier Amsellem, 2013




Villa de Mallet Stevens.

Villa de Mallet Stevens.
©CIVA