La « Maison des Jours Meilleurs » selon Jean Prouvé : une construction pilote des années 1950

Agnès Zamboni
Réalisée à la demande l’Abbé Pierre en 1956, cette maison révolutionnaire à l’époque, reconstituée aujourd’hui dans la galerie Patrick Seguin à Paris, devait abriter les sans-abris, victimes de la crise du logement. Un prototype qui n’a jamais été homologué…
La « Maison des Jours Meilleurs » sur le quai Alexandre III, à Paris, en 1956.

La « Maison des Jours Meilleurs » sur le quai Alexandre III, à Paris, en 1956.
©Centre Pompidou/ MNAM/Bibliothèque Kandinsky/ Fonds Jean Prouvé

Une construction  d’urgence


Suite au terrible hiver 1954 et à la création des Compagnons d’Emmaüs, l’abbé Pierre fait appel à Jean Prouvé, pour concevoir et construire une maison bon marché, équivalent à un appartement normalisé F3 (environ 50 m²). Pour financer son projet, après un premier refus de demande de subvention auprès des logements HLM, il envoie un véritable appel au secours radiophonique. Il obtient la collaboration de la marque de lessive Persil qui s’engage à reverser « 10 francs pour les sans-logis » pour chaque paquet acheté et bon retourné. Une grosse somme d’argent récoltée, une maison témoin est construite sur le quai Alexandre III, à Paris, pendant le salon des Arts Ménagers.


Malheureusement, cette maison ne reçut pas l’homologation pour une fabrication en série au grand dam de Jean Prouvé. Seuls 5 prototypes furent réalisés.

Malheureusement, cette maison ne reçut pas l’homologation pour une fabrication en série au grand dam de Jean Prouvé. Seuls 5 prototypes furent réalisés.
©Galerie Patrick Seguin


Des idées révolutionnaires signées Jean Prouvé


Depuis le début des années 1940, cet architecte nancéen, spécialiste des structures provisoires d’urgence et as du kit, s’était distingué par la construction de pavillons destinés aux sinistrés de Lorraine, de maisons de week-end sur pilotis, de maisons démontables et baraquements préfabriqués. Sa « Maison des Jours Meilleurs » est constituée d’un soubassement en béton formant une cuvette où vient se poser  un îlot central préfabriqué en acier, abritant dos-à-dos, la cuisine et les pièces d’eau. Supportant une poutre en tôle pliée, le bloc central forme l’ossature porteuse. Préfabriquée dans son usine de Maxéville, elle est montée, sur le site, en 7 heures. En avance sur  son temps, composée d’une salle de bains sans fenêtre située au cœur de l’habitation, une configuration inédite à l’époque, cette maison ne reçut pas l’homologation pour une fabrication en série. Seuls 5 prototypes furent réalisés. 


En cours de reconstitution, montage de la poutre sur le bloc central et structure porteuse de la Maison des Jours Meilleurs, Nancy 2012.

En cours de reconstitution, montage de la poutre sur le bloc central et structure porteuse de la Maison des Jours Meilleurs, Nancy 2012.
©Galerie Patrick Seguin


Un créateur à redécouvrir


Cette année, à partir de 30 juin la ville de Nancy célèbre le talent de Jean Prouvé avec 2 expositions permanentes et 4 autres temporaires ainsi que des itinéraires inédits pour mieux comprendre les projets novateurs de cet architecte représentatif de la pensée du XXème siècle et dont l’œuvre, véritable projet social, est toujours d’actualité.


Que pensez-vous de cette maison ? N’est-elle pas digne d’une famille de 4 personne, à l’heure où tant de SDF dorment encore dans la rue ou sous des tentes…


Les murs sont composés de panneaux de différents modèles : pleins, avec porte, avec fenêtres à guillotine, arrondis pour la sangle. Maison des Jours Meilleurs, Nancy 2012.

Les murs sont composés de panneaux de différents modèles : pleins, avec porte, avec fenêtres à guillotine, arrondis pour la sangle. Maison des Jours Meilleurs, Nancy 2012.
©Galerie Patrick Seguin


Renseignements : à voir jusqu’au 29 septembre 2012 à la galerie Patrick Seguin

5, rue des Taillandiers, 75011 Paris.

Tél. : 01 47 00 32 35

www.patrickseguin.com