Vision architecturale du Luxembourg

Marie-Laure de Vienne
Le Luxembourg est riche d’un patrimoine architectural très hétéroclite ; mais les projets surtout de ce pays en matière d’urbanisme, d’architecture sont titanesques. Focus sur les aspects pharaoniques de l’architecture à Luxembourg Ville, et dans quelques autres lieux ; aperçu des ambitions urbanistiques du pays.
Prolongement des bases du fort Thüngen, le musée d'art moderne,le Mudam, œuvre du sino-américain Leoh Ming Pei.

Prolongement des bases du fort Thüngen, le musée d'art moderne,le Mudam, œuvre du sino-américain Leoh Ming Pei.
©DR

Luxembourg Ville, la capitale


Capitale de l’état, Luxembourg Ville est par sa situation géographique coupée en deux, étant à cheval sur deux vallées et une rivière. On peut donc dire que la ville se partage entre trois styles architecturaux, la vieille cité, l’époque fin XIXème Art Nouveau puis Art Déco de la ville, et la plus intéressante la cité du XXIème siècle, la ville du futur sur le plateau de Kirchberg.


D’emblée, il faut admettre que le pays dans son entier a subi tellement d’influences architecturales différentes, qu’il n’a pas su ou pu créer un style purement luxembourgeois. Les influences les plus marquantes sont les françaises, et les allemandes bien sûr.


La ville ancienne est connue par son palais ducal, son circuit Vauban, ses casemates de 1644 inscrites au patrimoine de l’Unesco.


Le palais grand ducal, dans la vieille ville de Luxembourg.

Le palais grand ducal, dans la vieille ville de Luxembourg.
©DR


Le quartier de la gare au pont, appelé aussi plateau Bourbon rappelle un peu le Paris haussmannien, par la largeur de ses artères (l’avenue de la Liberté) et certains de ses grands immeubles bourgeois qui les bordent. Il reste quelques gros « gâteaux » chargés, qui ont été transformés aujourd’hui en sièges de banques ou d’assurances, après avoir été le plus souvent le siège social de grosses sociétés métallurgiques. A leurs côtés, des maisons cossues du début XXème siècle habitées auparavant par des professions libérales, des hommes d’affaires importants liés au monde du vin. Les habitations sont le plus souvent Art Déco et / ou Art Nouveau. On reconnaît l’origine ou la profession des habitants par les sculptures frontales ou les mascarons : ici des grappes de vigne et un tonneau près d’un homme, là le serpent d’Esculape. La Villa Clivio, la brasserie Alfa (en face de la gare), ainsi que la rue Goethe sont des témoins vivants de cette époque.


Sur le Kirchberg, s'élève les bâtiment de la philharmonie.

Sur le Kirchberg, s'élève les bâtiment de la philharmonie.
©DR


Le plateau de Kirchberg : sur la route menant à l’aéroport existaient des terres vierges de toutes constructions et vouées à la production agricole. Mais 50 ans après, la ville européenne du XXIème siècle est sortie de terre. Il est bien difficile aujourd’hui d’imaginer qu’en 1960 paissaient là quelques vaches… Cette réserve foncière de 360 hectares a été totalement rachetée en 1961, afin d’agrandir Luxembourg Ville et d’en faire le siège des institutions européennes. En 1963 est construit le Pont Grande Duchesse Charlotte, communément appelé le pont rouge, dans le but de lier la ville haute et le plateau. Dès les années 80, et encore plus au début des années 90, un grand nombre de banques luxembourgeoises et étrangères installent leur siège sur le Kirchberg. Très vite le Fonds d’Urbanisation et d’Aménagement du Plateau prend conscience du problème : la dérive monofonctionnelle du secteur tertiaire. Il faut diversifier le plateau pour favoriser la mixité urbaine, en implantant des institutions culturelles, des logements, des commerces. Une réflexion sur le quartier européen est confiée dès 1992 à l’architecte catalan Ricardo Bofill. Aujourd’hui, la Place de l’Europe s’ouvre sur des œuvres architecturales grandioses, le centre de conférence international, la Philharmonie conçue par Christian de Portzamparc, l’hôtel Melia par Jim Clemes et le Mudam, œuvre du sino-américain Leoh Ming Pei (architecte de la pyramide du Louvre). Le statut véritablement urbain des bâtiments est souligné par le dallage général de granit foncé omniprésent. Mais ici aucune impression de froideur, d’inhumanité, car l’ensemble se glisse dans un parc dessiné par le paysagiste français Michel Desvigne, avec vues panoramiques sur la vieille ville historique et imbrication pour le Mudam dans l’ancienne forteresse. C’est peut-être ce bâtiment-là le plus étonnant. La force du lieu tient en ce que Ming Pei a repris les formes quasi octogonales de la forteresse, les bases du fort Thüngen, dont il épouse le tracé. En préservant le style Vauban et en conservant avancées et tourelles de pierre, l’architecte a « simplement » donné du volume, de la hauteur à la forteresse. Sur le bastion de pierre enchâssé dans la verdure se logent un imposant volume de pierres blondes comme du miel, du Magny Doré, et d’impressionnantes pyramides de verre.


Sur 3 niveaux de 4 500 m², des collections résolument ancrées dans la contemporanéité se succèdent et mettent en valeur des artistes tels que Martin Szekely, Erwan et Ronan Bouroullec, Bernd et Hilla Becher, Daniel Buren…..


Dorénavant musée, l'ancien château d’eau est une icône pour la ville de Dudelange.

Dorénavant musée, l'ancien château d’eau est une icône pour la ville de Dudelange.
©Sammy Irach


Dudelange, un summum pour les expos de photographies


A seulement 20 minutes de la capitale, Dudelange était une ville totalement tournée vers la métallurgie-sidérurgie. L’agglomération a réussi la reconversion d’un patrimoine industriel en vaste centre d’exposition dédié à la photographie. Après les années amères de crise sidérurgique, une friche industrielle, château d’eau et station de pompage, deviennent un lieu majeur d’expositions photographiques. Dans des bâtiments annexes se niche le Centre National de l’Audiovisuel, l’institut public chargé de la conservation et de la valorisation du patrimoine photo du Luxembourg. Par son imposante architecture de béton et sa posture verticale, le château d’eau est une icône pour la ville, dont la masse se reflète dans les grands bassins de refroidissement de l’ancien laminoir. Juste à côté, la station de pompage en briques apparentes sert de billetterie et de salle de réception.


On peut ainsi accéder par ascenseur (puis redescendre par l’escalier hexagonal) à la cuve de la tour qui a été aménagée pour recevoir les œuvres du célèbre photographe, Edward Steichen. Directeur du département photo du Moma de New York, Steichen a réalisé sur commande gouvernementale plus de 200 000 négatifs sur l’Amérique rurale lors de la Grande Dépression. Ceux-ci font partie de la mémoire collective américaine. Néanmoins, le photographe, né au Luxembourg, a lui-même légué deux de ses expositions au gouvernement luxembourgeois : The Family of Man et The Bitter Years. Celles-ci font aujourd’hui partie du patrimoine du CNA et sont partiellement exposées au château d’eau.


L'escalier hélicoïdal du Mudam, dessiné par Pei.

L'escalier hélicoïdal du Mudam, dessiné par Pei.
©DR


Esch-sur-Alzette, la cosmopolite


Au sud-ouest de Luxembourg Ville, la commune d’Esch est aussi un espace privilégié pour une visite architecturale qui regroupe trois styles spécifiques, l’historicisme, l’Art Nouveau et l’Art Déco. Style architectural du milieu du XIXème siècle et en vogue jusqu’en 1930, l’historicisme fait la synthèse sur un même immeuble entre plusieurs styles « néo » : néogothique, néobaroque, etc… Sillonnez la ville avec le manuel de l’office de tourisme qui répertorie tous les immeubles et les classifie.


Hypersensibilité photographique à la gamme des gris et l'influence de la peinture pour le photographe luxembourgeois Edward Steichen. Portrait d'une actrice vers 1936.

Hypersensibilité photographique à la gamme des gris et l'influence de la peinture pour le photographe luxembourgeois Edward Steichen. Portrait d'une actrice vers 1936.
©Edward Steichen


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