Visite privée de la rue Mallet-Stevens

Julie Guillermet
A l’occasion de la sortie de la monographie consacrée à l’architecte Robert Mallet-Stevens, la rédaction de Maison.com a eu la chance de visiter quelques unes des demeures de la rue Mallet-Stevens. Compte rendu.
Situé au numéro 12 de la rue Mallet-Stevens, l’atelier de dessin de l’architecte est baigné de lumière grâce à une élégante baie vitrée.

Situé au numéro 12 de la rue Mallet-Stevens, l’atelier de dessin de l’architecte est baigné de lumière grâce à une élégante baie vitrée.
©Julie Guillermet

Située dans le 16ème arrondissement de Paris, à quelques pas du métro Jasmin, la rue Mallet-Stevens nous a ouvert quelques unes de ses portes. Avant d’en faire la visite privée, retour sur la carrière de l’architecte français.


Façade sud de la villa Cavrois, construite dans le Nord de la France, à Croix, entre 1929 et 1932. Cette célèbre villa ouvrira ses portes au public en 2015.

Façade sud de la villa Cavrois, construite dans le Nord de la France, à Croix, entre 1929 et 1932. Cette célèbre villa ouvrira ses portes au public en 2015.
©Centre Pompidou, Mnam-CCI/RMN-GP, fonds V. Cardot-P. Joly, Adagp, Paris 2014


Robert Mallet-Stevens (1886-1945)


Architecte, décorateur, concepteur de meubles et de boutiques, d’aménagements intérieurs et de décors de cinéma, Robert Mallet-Stevens, est l’un des principaux acteurs de la rénovation de l’architecture et des arts décoratifs en France. Auteur d’édifices majeurs, comme la villa Noailles à Hyères, la villa Cavrois à Croix ou les hôtels particuliers jalonnant la rue qui porte son nom à Paris, Robert Mallet-Stevens occupe une place aussi emblématique que singulière dans l’histoire de l’architecture moderne. En France, entre le début des années 1920 et le tournant des années 1930, la notoriété de l’architecte n’a d’égale que celle de Le Corbusier. A sa mort, en 1945, son œuvre tombe dans l’oubli jusqu’au milieu des années 1970, époque à partir de laquelle ses réalisations vont trouver un second souffle. Exemple en 2005, avec l’impressionnante rétrospective qui lui est consacrée par le Centre Pompidou ; comme une preuve de la variété de l’itinéraire et des projets de Mallet-Stevens, aujourd’hui considéré comme l’une des figures majeures de l’architecture française de l’entre-deux-guerres.


Portrait de l’architecte Robert Mallet-Stevens, immortalisé vers 1924.

Portrait de l’architecte Robert Mallet-Stevens, immortalisé vers 1924.
©Droit État / Thérèse Bonney, Adagp, Paris 2014.


La rue Mallet-Stevens


Située dans le 16ème arrondissement de Paris, dans le quartier d’Auteuil, l’emprise de la rue Mallet-Stevens s’étend sur un terrain de 3 827 mètres carrés. La largeur de la parcelle (35,70 mètres du côté de la rue du Docteur-Blanche) a permis à l’architecte d’aménager une belle voie de 7 mètres de large, desservant les différents hôtels particuliers. Chronologiquement, Robert Mallet-Stevens a fait sortir de terre les hôtels Reifenberg, Allatini et Dreyfus, puis l’hôtel-atelier des frères Martel et, enfin, son propre hôtel particulier. Caractérisée par des volumes cubistes, cette impasse est structurée selon le mode des « villas » parisiennes.


 


La rue Mallet-Stevens, vue depuis la rue du Docteur-Blanche (1926-1927).

La rue Mallet-Stevens, vue depuis la rue du Docteur-Blanche (1926-1927).
©Droit État / Thérèse Bonney, Adagp, Paris 2014.


Alors qu’elle est encore en chantier, l’architecte décrit les principes architecturaux de sa rue éponyme ainsi : « ces hôtels, ayant chacun un programme spécial, sont très différents les uns des autres, mais conçus dans un même esprit, afin de créer une unité. Si les programmes ne sont pas semblables, les exigences de chacun des habitants sont les mêmes : de l’air, de la lumière. [...] Et toutes ces terrasses à différents étages, disposées en gradins, sur une rue entière, procureront un ensemble de verdure s’harmonisant avec les lignes calmes de l’architecture ».*


Cette maquette met en avant l’étonnant jeu de volumes de l’hôtel-atelier des frères Martel.

Cette maquette met en avant l’étonnant jeu de volumes de l’hôtel-atelier des frères Martel.
©Julie Guillermet


Focus sur... l’hôtel particulier de Robert Mallet-Stevens


Occupant une position stratégique, à l’angle de la rue du Docteur-Blanche et de la nouvelle voie, l’hôtel particulier de l’architecte s’élève actuellement sur cinq niveaux et dispose de deux entrées : une première sur la rue du Docteur-Blanche, et une seconde situé à l’entrée du numéro 12 de la rue Mallet-Stevens, donnant accès aux bureaux et à l’atelier de l’architecte.


Au rez-de-chaussée, un hall de belle taille met en scène un grand escalier, orné d’une magnifique rampe en acier inoxydable poli. Imaginée par Jean Prouvé, cette réalisation très graphique reflète admirablement la lumière et apporte une jolie clarté à l’espace. Outre un élégant design, ce hall dessert les appartements, un garage, une loge de gardien et les locaux professionnels de l’architecte, situés à l’entrée du numéro 12 de la rue Mallet-Stevens.


Photographie d’époque du hall-salon de l’hôtel particulier de Robert Mallet-Stevens. Une pièce qui fait la part belle à la clarté, grâce à de grandes baies vitrées, ornées de vitraux (1926-1927).

Photographie d’époque du hall-salon de l’hôtel particulier de Robert Mallet-Stevens. Une pièce qui fait la part belle à la clarté, grâce à de grandes baies vitrées, ornées de vitraux (1926-1927).
©Les Arts décoratifs, Paris, Albin Salaün, Adagp, Paris 2014.


Focus sur... l’hôtel-atelier des frères Martel


Situé au numéro 10 de la rue Mallet-Stevens, l’hôtel-atelier des jumeaux Jan et Joël Martel a été imaginé sur trois niveaux : sous-sol, rez-de-chaussée et mezzanine de l’atelier. Il est caractérisé par un jeu de volumes qui s’articulent autour d’un axe central : le spectaculaire escalier-belvédère conçu en spirale.


Cet étonnant escalier dessert trois appartements, aménagés au niveau de la mezzanine de l’atelier. A noter : les différentes hauteurs des volumes intérieurs semblent faire écho aux niveaux et demi-niveaux des étages supérieurs, une architecte singulière qui en fait une réalisation particulièrement remarquable.


*Robert Mallet-Stevens, « Une rue nouvelle à Paris », à l’invitation de J-E Blanche, Art et Industrie (n°3, mai 1926). Citation tirée de la monographie « Robert Mallet-Stevens Agir pour l’architecture moderne ».


Rue Mallet-Stevens

75016 Paris

Métro Ligne 9 : Ranelagh, Jasmin / Bus : 22, 52


Monographie Robert Mallet-Stevens Agir pour l’architecture moderne, par Richard Klein. Prix de vente : 25 euros.

Monographie Robert Mallet-Stevens Agir pour l’architecture moderne, par Richard Klein. Prix de vente : 25 euros.
©Les Editions du patrimoine


La chaise Tubor, imaginée par Robert Mallet-Stevens en 1930. Longtemps commercialisée chez Ecart International - l’éditeur fondé par Andrée Putman - la chaise Tubor est aujourd’hui rééditée chez Habitat.

La chaise Tubor, imaginée par Robert Mallet-Stevens en 1930. Longtemps commercialisée chez Ecart International - l’éditeur fondé par Andrée Putman - la chaise Tubor est aujourd’hui rééditée chez Habitat.
©S. Frémont, Adagp, Paris 2014