Reconversion magistrale des Haras de Strasbourg

Anne Swynghedauw
En bordure du quartier de la « Petite France », les bâtiments historiques des Haras de Strasbourg revalorisés expriment avec brio, l’architecture intérieure épurée de l’agence Jouin Manku, inspirée de l’univers équestre.
Après plusieurs années de travaux, l'intervention des architectes Claude Denu et Christian Paradon pour la structure du bâtiment et une architecture intérieure contemporaine signée par l’agence Jouin Manku, les Haras de Strasbourg ont retrouvé tout leur lustre.

Après plusieurs années de travaux, l'intervention des architectes Claude Denu et Christian Paradon pour la structure du bâtiment et une architecture intérieure contemporaine signée par l’agence Jouin Manku, les Haras de Strasbourg ont retrouvé tout leur lustre.
©Hélène Hilaire

Construit au XVIII ème siècle le Haras National de Strasbourg constitue un ensemble remarquable, classé monument historique depuis 1922, pour l’architecture de ses façades, les toitures, le portail monumental et la grande écurie. Décrété Haras Royal en 1756, il est définitivement délaissé en 2005. En 2009, la ville de Strasbourg confie la rénovation du site et son exploitation à l’IRCAD (Institut de Recherche sur les Cancers de l’appareil digestif) par un bail emphytéotique de 52 ans. En 2010, on entreprend les premiers travaux de restauration du lieu, pour y recevoir les chirurgiens en formation et les touristes. Les revenus des activités touristiques des Haras ont pour objectif de financer une partie des recherches de l’IRCAD et de représenter l’image d’un certain art de vivre français. Côté gastronomie, on a fait appel au chef étoilé Marc Haeberlin et pour le projet d’hôtel 4 étoiles à Jean-Pascal Scharf.


Côté architecture, le cabinet Denu & Paradon est en charge de la réhabilitation des bâtiments historiques des Haras de Strasbourg, avec au programme un hôtel, un restaurant, une épicerie fine et des bureaux. Pour l’architecture intérieure, l’agence Jouin Manku s’est vue confier ce projet peu ordinaire, à l’esthétique brute et épurée.


Au premier, les recoins plus intimes de la brasserie se nichent sous la pente du toit avec de larges banquettes en cuir et des matériaux naturels identiques à ceux du premier niveau.

Au premier, les recoins plus intimes de la brasserie se nichent sous la pente du toit avec de larges banquettes en cuir et des matériaux naturels identiques à ceux du premier niveau.
©Hélène Hilaire


Des volumes hors normes dans un bâtiment classé


Dès l’accueil, le visiteur est invité à découvrir l’histoire des Haras de Strasbourg au travers une grande fresque réalisée par le graphiste Philippe David, auteur de l’identité visuelle des Haras.


On entre dans la brasserie, la Grande Ecurie Royale, bâtiment classé à l’extérieur et à l’intérieur. Un volume de 800 m² et de 13,50 m sous charpente ! On découvre d’un seul coup d’œil l’escalier, impressionnant ouvrage qui incarne l’idée du bâtiment mis à nu, enroulé comme une spirale. Il fallait rendre convivial ce gigantesque espace. Ne pouvant pas le cloisonner, la cuisine a été créée comme un élément indépendant, ouvert sur la salle. Au pied de l’escalier, l’espace lounge, puis, à l’étage l’agence Jouin Manku a imaginé une yourte recouverte de cuir piqué façon sellier, de 30 m², et de 5 mètres de haut pour rendre intime cet immense architecture, et dissimuler les parties techniques. Les matériaux bruts et naturels sont déclinés dans le restaurant: inox, zinc noir ou acier patiné, chêne brut et cuir.


Au niveau des chevets, la feuille de cuir se soulève pour laisser apparaître les interrupteurs et branchements nécessaires aux appareils. Derrière les oreillers, le cuir cède la place au lin naturel, que l’on retrouve pour les rideaux.

Au niveau des chevets, la feuille de cuir se soulève pour laisser apparaître les interrupteurs et branchements nécessaires aux appareils. Derrière les oreillers, le cuir cède la place au lin naturel, que l’on retrouve pour les rideaux.
©Hélène Hilaire


Des codes choisis pour une cohérence du projet


Dans les 55 chambres de la partie hôtel des Haras de Strasbourg, on retrouve les matériaux inspirés de l’univers équestre. Ils se déclinent de manière très subtile afin de créer un lieu de repos sobre et confortable avec les équipements d’un hôtel 4 étoiles. Les chambres sont aménagées sous les toits, dans le bâtiment historique, et dans une extension supplémentaire créée par les architectes pour augmenter la capacité d’accueil.


En touche finale, l’éclairage du projet réalisé par L’Observatoire International plonge les clients dans une ambiance douce et feutrée. Les ouvertures du toit, étant peu nombreuses et de taille assez réduite, le concept joue avec un savant jeu de lumières indirectes et tamisées.


Face à des bâtiments chargés d’histoire, l’agence Jouin Manku a apporté des solutions contemporaines, des éléments structurels forts, des matériaux authentiques pour créer des atmosphères chaleureuses.


Le projet comporte un hôtel, une brasserie et une épicerie fine, implantés dans trois bâtiments historiques.

Le projet comporte un hôtel, une brasserie et une épicerie fine, implantés dans trois bâtiments historiques.
©DR


Fiche technique :



  • Maître d’ouvrage : Institut de Recherche sur les Cancers de l’appareil digestif (IRCAD)

  • Maîtrise d'œuvre : Claude Denu et Christian Paradon architectes mandataires

  • Chef de projet: Catherine Weckmann

  • Intervention du Ministère de la Culture,

  • Contrôle de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, de l’Architecte des Bâtiments de France, et du Conservateur Régional des Monuments Historiques.

  • Architecte d’intérieur hôtel et brasserie: Patrick Jouin et Sanjit Manku

  • Éclairage : l’Observatoire international

  • Bureaux d’études techniques : SIB, CEREC

  • Surface Shon : 5500 m²

  • Coût des travaux : 14 M €


Adresses



La charpente exceptionnelle et les solives ont été mises à nu, avec une isolation par l’extérieur laissant apparaître ce beau témoignage du patrimoine.

La charpente exceptionnelle et les solives ont été mises à nu, avec une isolation par l’extérieur laissant apparaître ce beau témoignage du patrimoine.
©Hélène Hilaire


L’escalier spectaculaire qui mène au premier étage est le point central de la brasserie.

L’escalier spectaculaire qui mène au premier étage est le point central de la brasserie.
©Hélène Hilaire


Pour plus d’authenticité, l’enduit d’origine est conservé ainsi que l’appareillage en grès rose. Le parquet en chêne vieilli et le mobilier contemporain contribuent à la sobriété architecturale dictée par les architectes.

Pour plus d’authenticité, l’enduit d’origine est conservé ainsi que l’appareillage en grès rose. Le parquet en chêne vieilli et le mobilier contemporain contribuent à la sobriété architecturale dictée par les architectes.
©Hélène Hilaire


La brasserie s’étend devant l’esplanade du manège à ciel ouvert. Le bâtiment historique a été rénové, et révèle toute sa splendeur : six hautes arcades moulurées en plein cintre réparties autour d’un avant-corps central, une façade principale de grès rose.

La brasserie s’étend devant l’esplanade du manège à ciel ouvert. Le bâtiment historique a été rénové, et révèle toute sa splendeur : six hautes arcades moulurées en plein cintre réparties autour d’un avant-corps central, une façade principale de grès rose.
©Hélène Hilaire


La fresque est une belle entrée en matière autour du cheval, d’un « sophora japonica» l’un des plus anciens arbres de la ville, de l’Alsace, associé aux images se référant à la science et à la médecine.

La fresque est une belle entrée en matière autour du cheval, d’un « sophora japonica» l’un des plus anciens arbres de la ville, de l’Alsace, associé aux images se référant à la science et à la médecine.
©Hélène Hilaire


Cette yourte ouverte sur la charpente est une façon de créer une zone plus confidentielle dans l’espace. À l’extérieur, du cuir brun et tendu, à l’intérieur, la structure de croisillons en bois est recouverte d’un textile matelassé.

Cette yourte ouverte sur la charpente est une façon de créer une zone plus confidentielle dans l’espace. À l’extérieur, du cuir brun et tendu, à l’intérieur, la structure de croisillons en bois est recouverte d’un textile matelassé.
©Hélène Hilaire