Le lin, le plus vieux textile du monde

Marie Heckenbenner
Le lin est une des rares fibres textiles végétales européennes. Fibre résistante connue depuis l’antiquité, le lin est aujourd’hui encore un symbole d’élégance et de noblesse... Agréable à porter et à vivre dans la maison, le lin a un excellent pouvoir isolant, ce qui explique sa fraîcheur en été et son confort en hiver.
Le lin est cultivé pour sa fibre, qui entre dans la fabrication du textile, ainsi que pour ses graines desquelles on tire une huile. Le liniculteur n’a que cent jours pour cultiver le lin, une production donc très rapide, et très délicate.

Le lin est cultivé pour sa fibre, qui entre dans la fabrication du textile, ainsi que pour ses graines desquelles on tire une huile. Le liniculteur n’a que cent jours pour cultiver le lin, une production donc très rapide, et très délicate.
©DR

Le lin est originaire du Moyen-Orient (Egypte, Perse) et sa culture s’est adaptée à de nombreuses régions. Les communautés néolithiques du Levant le cultivaient déjà, sept mille cinq cents ans avant Jésus Christ, pour des usages textiles. En France, on en retrouve, le plus souvent, sous forme de fragments de toile. Les archéologues ont également trouvé des peignes à tisser et à serrer les trames, des pelotes de fils, des aiguilles, des fuseaux de bois utilisés pour le filage du lin.


Pline l’Ancien a consacré un volume de son Histoire Naturelle à cette plante, qui fournit « des fils d’une blancheur et d’une finesse remarquable ». Les techniques détaillées par Pline sont, dans les grandes lignes, toujours celles utilisées actuellement.


La culture du lin


Les fibres de lin permettent de faire des cordes, du tissu ou plus récemment des charges isolantes pour des matériaux de construction. Les graines sont utilisées pour produire de l’huile de lin pour l’industrie de l’encre ou de peinture, mais aussi pour la consommation humaine, car il est riche en oméga 3.


Le lin est cultivé dans la plupart des pays tempérés ou chauds. Le climat le plus favorable reste un climat tempéré, avec un brin d’humidité. Le lin nécessite des terres riches et meubles. Il existe une centaine de variétés de lins textiles. En France, la culture se pratique principalement dans le Nord et la Picardie. Les semis (de mars à avril) sont denses. La croissance des tiges est rapide, environ 10 mm par jour. Généralement, les tiges mesurent entre 80 cm et 1 mètre, et se développent d’avril à juin. La maturité est atteinte en juillet. Le vent et les orages peuvent coucher à terre les tiges, portant alors préjudice à la récolte.


Les fibres sont des cellules situées dans la tige, entre l’écorce et le «  bois ». Elles forment des massifs, disposés en un arrangement circulaire autour du bois. Les fibres sont collées les unes et les autres, fortement soudées, de telle sorte que les faisceaux soit égaux à celle de la tige. Les fibres du lin ont une structure à faible élasticité qui assure la protection de la plante contre les intempéries, les insectes et les herbivores. Lorsqu’elles arrivent à maturité, les cellules fibreuses sont complètement entourées de différentes couches, formant les parois.


Le traitement des fibres


Lorsqu’il arrive à maturité, le lin est arraché et non fauché, pour une meilleure préservation de la base des fibres. Commence alors la période de rouissage. Il s’agit de la dissociation des parties fibreuses de la place, par l’élimination de la pectose qui soude les fibres. Il s’agit d’une opération très importante de la production de lin. C’est lui qui déterminera en grande partie la qualité des fibres du lin. La technique est simple : on laisse le lin, étendu sur le sol pendant plusieurs semaines. Le vent est à la fois un ennemi et un allié. Quand il souffle trop fort, le lin est emporté, mais il est nécessaire au séchage.


L’étape suivante est le teillage. Il s’agit de la séparation des fibres du bois de la plante. Les graines de lin sont récupérées, puis la tige est battue pour enlever le bois. Le peignage est la seconde transformation du lin. C’est la préparation du lin pour être filé. Les faisceaux de fibres sont divisés, et mis en parallèle. Les peignes sont garnis d’aiguilles de plus en plus fines.


Le lin s’invite dans nos maisons sous le signe du raffinement et de l’élégance. Bobines, nappes, draps, chemins de table aux coloris souvent sourds, mais toujours extrêmement élégants.


Toutes ces difficultés font que la production de lin est limitée à certaines régions. Comme pour le vin, on parle souvent de cru et de terroir.