Les tapis du désert du sud marocain

Agnès Zamboni
Cet artisanat de tapis est pratiqué par les femmes des villages situés au bord du Sahara. Une belle aventure humaine pour Arnaud Maurières et Eric Ossart qui nous la font découvrir.
Chaque tapis est une œuvre unique car il s’agit de la création personnelle d’une femme. Une partie des recettes des ventes sert à aider les villages ou certaines familles en difficulté. Deux mois de travail sont nécessaires pour réaliser un tapis. La laine est généralement utilisée pour la réalisation, mais aussi les fils synthétiques.

Chaque tapis est une œuvre unique car il s’agit de la création personnelle d’une femme. Une partie des recettes des ventes sert à aider les villages ou certaines familles en difficulté. Deux mois de travail sont nécessaires pour réaliser un tapis. La laine est généralement utilisée pour la réalisation, mais aussi les fils synthétiques.
©Serge Anton


Une découverte récente



A l’origine de la découverte de cet artisanat spontané Arnaud Maurières et Eric Ossart, voyageurs invétérés à travers le Maroc, depuis plus de 20 ans. « L’aventure a commencé, il y a 6 ans, lors d’un énième voyage dans le sud du Maroc. Rien n’aurait pu arriver sans le guide Lahcen Ait Khaouya qui m’a accompagné à travers le désert. En me conduisant dans son village pour rencontrer sa famille, j’ai découvrir des piles de tapis, aux motifs inventifs, colorés et bariolés. Leurs décors géométrisés en forme de damiers, triangles et les couleurs vives m’ont interpellé. Rien à voir avec les pièces traditionnelles en poils de chèvre, aux coloris neutres, bicolores, noir et blanc ou aux couleurs de terre…»,  raconte Eric Ossart



« A Merzane, Fatima Oujil, la tisserande, a tissé bon nombre de tapis et de coussins pour accueillir la nouvelle femme de son fils au début des années 2000. Malheureusement, celle-ci n’est venue habiter chez sa belle-mère que quelques semaines avant de rejoindre son mari à Rissani. Mais le salon est toujours là, intact »

« A Merzane, Fatima Oujil, la tisserande, a tissé bon nombre de tapis et de coussins pour accueillir la nouvelle femme de son fils au début des années 2000. Malheureusement, celle-ci n’est venue habiter chez sa belle-mère que quelques semaines avant de rejoindre son mari à Rissani. Mais le salon est toujours là, intact »
©Eric Ossart




Une production très localisée



Les tapis sont originaires des régions du Drâa, du Tafilat et surtout des Kem-Kem à la frontière entre le Maroc et l’Algérie. « Chaque pièce a été tissée par une femme d’origine différente, provenant souvent des tribus berbères des Aït Khebbach, plus rarement des Aït Atta une tribu arabe des Alaouites, des populations berbérophones noires des Ismkhanes, et des Imlouanes, métis composant des villages séparés de ceux des berbères». De nombreux tapis ont été réalisés à Tafraout une petite ville berbère de l’Anti-Atlas marocain et Merzouga, un petit village du sud-est du pays.



Les tapis sont entièrement réalisés à la main par les femmes des villages, selon la technique du noué. Elles fabriquent elles-mêmes leurs métiers archaïques avec des tiges de roseaux. Le métier généralement vertical est monté par une spécialiste du tissage.

Les tapis sont entièrement réalisés à la main par les femmes des villages, selon la technique du noué. Elles fabriquent elles-mêmes leurs métiers archaïques avec des tiges de roseaux. Le métier généralement vertical est monté par une spécialiste du tissage.
©Serge Anton




Un mirage coloré pour enchanter nos maisons



Produit de recyclage, artisanat populaire de style brut africain, les tapis du bled portent l’inspiration libre des femmes africaines. Ils sont fabriqués pour une utilisation domestique et servent essentiellement de couchage, sous la tente ou dans les maisons de terre. Réalisés à partir de pulls détricotés par les femmes des villages, ce style de tapis est tissé depuis environ 30 ans dans la région. Eric et Arnaud décident de les collecter et les acheter pour les ramener en Europe. « Ce sont les femmes qui décident de vendre ou non leurs tapis. Souvent, elles ne cèdent que les plus usés et conservent les plus neufs pour leur propre habitation ». La première collection, ramenée nos deux aventuriers, a été achetée en 2012 par le Musée Bargoin de Clermont-Ferrand qui a réalisé une exposition. Ce fonds sera exposé bientôt à Zurich. Jusqu’à la fin du mois d’octobre 2016, de nouveaux tapis sont exposés et vendus à Bruxelles à la boutique La Forêt by Lucia Esteves, rue Franz Merjay. Et ils seront aussi présentés du 17 au 27 novembre 2016 à la Galerie 19 à Paris. Ces tapis récents réalisés depuis les années 1990, nous avons laissé le soin à Arnaud Maurières de nous raconter leur histoire…avant tout humaine.



« Découvert en avril 2012, Tazoulait est un village relativement riche, car étant proche d’Alnif et de Rissani. La plupart de ses hommes sont partis travailler à Casablanca ou en France. Les tapis de ce village sont moins spontanés et la structure du dessin reproduit des modèles urbains, comme celui-ci réalisé par Fatima Oumalouk ».

« Découvert en avril 2012, Tazoulait est un village relativement riche, car étant proche d’Alnif et de Rissani. La plupart de ses hommes sont partis travailler à Casablanca ou en France. Les tapis de ce village sont moins spontanés et la structure du dessin reproduit des modèles urbains, comme celui-ci réalisé par Fatima Oumalouk ».
©Eric Ossart




Contacts :

Galerie 19

19, rue Paul Fort

75014 Paris

Tél. : 01 48 74 27 80.

Mail : helenaziza@19paulfort.com

www.19paulfort.com



Ethnistory

www.etnistory.fr

Mail : contact@ethnistory.fr, eric.e.ossart@gmail.com et arnaud.maurieres@gmail.com



« Rencontrée en juin 2012, le fils d’Aïcha Khouya, qui a réalisé ce tapis, nous a accompagné dans toutes les maisons du village pour nous introduire auprès des tisserandes. Aïcha qui habite à Tazoulait est une excellente tisserande. Elle produit beaucoup et adore cela. Mais c’est aussi une femme très discrète et nous n’avons pas pu l’interroger comme d’autres ».

« Rencontrée en juin 2012, le fils d’Aïcha Khouya, qui a réalisé ce tapis, nous a accompagné dans toutes les maisons du village pour nous introduire auprès des tisserandes. Aïcha qui habite à Tazoulait est une excellente tisserande. Elle produit beaucoup et adore cela. Mais c’est aussi une femme très discrète et nous n’avons pas pu l’interroger comme d’autres ».
©Eric Ossart




« Haga Oujil et sa famille habitent sous la tente, dans le désert près d’Erfoud, à Derkaoua. Tout le monde s’est installé à proximité d’une piste de rallye et de nombreux 4 x 4 s’arrêtent pour la voir tisser et prendre un thé sous la tente. Ces visites assurent leur survie mais, bizarrement, nous avons été les premiers à lui acheter des tapis ».

« Haga Oujil et sa famille habitent sous la tente, dans le désert près d’Erfoud, à Derkaoua. Tout le monde s’est installé à proximité d’une piste de rallye et de nombreux 4 x 4 s’arrêtent pour la voir tisser et prendre un thé sous la tente. Ces visites assurent leur survie mais, bizarrement, nous avons été les premiers à lui acheter des tapis ».
©Eric Ossart




« En janvier 2013, nous découvrons un village qui n’a pas de nom ! Les habitations sont très éloignées les unes des autres, comme dans un campement et la sédentarisation est récente. La plupart des hommes travaillent dans les carrières de fossiles toutes proches. Haga Achabou, créatrice de ce tapis, est la première tisserande de ce village que nous ayons rencontrée. Elle était assise sur le pas de sa porte, au soleil, en train de filer la laine de ses moutons ».

« En janvier 2013, nous découvrons un village qui n’a pas de nom ! Les habitations sont très éloignées les unes des autres, comme dans un campement et la sédentarisation est récente. La plupart des hommes travaillent dans les carrières de fossiles toutes proches. Haga Achabou, créatrice de ce tapis, est la première tisserande de ce village que nous ayons rencontrée. Elle était assise sur le pas de sa porte, au soleil, en train de filer la laine de ses moutons ».
©Eric Ossart




« Dans le village de Merzane, les familles sont très isolées des autres membres de la tribu Aït Khebach et leurs tissages sont généralement très personnels et plus spontanés que ceux des grand villages comme Merzouga ou Tazoulaït. En attestent celui-ci, réalisé par Zarah Sagaoui ».

« Dans le village de Merzane, les familles sont très isolées des autres membres de la tribu Aït Khebach et leurs tissages sont généralement très personnels et plus spontanés que ceux des grand villages comme Merzouga ou Tazoulaït. En attestent celui-ci, réalisé par Zarah Sagaoui ».
©Eric Ossart




« Ce tapis a été réalisé par les premières tisserandes que nous avons rencontrées en mars 2012. C’est la mère d’un bon copain de Lahcen. Quand nous sommes arrivés la première fois à Lahfira, nous ne l’avons pas rencontrée. Nous avons discuté avec son mari, sur le pas de la porte. Il rentrait sans cesse dans la maison pour connaître le prix de chaque tapis. Lors de nos visites suivantes, nous avons été accueillis plus chaleureusement. Fatima Ohama, la tisserande, a répondu de bonne grâce à nos questions ».

« Ce tapis a été réalisé par les premières tisserandes que nous avons rencontrées en mars 2012. C’est la mère d’un bon copain de Lahcen. Quand nous sommes arrivés la première fois à Lahfira, nous ne l’avons pas rencontrée. Nous avons discuté avec son mari, sur le pas de la porte. Il rentrait sans cesse dans la maison pour connaître le prix de chaque tapis. Lors de nos visites suivantes, nous avons été accueillis plus chaleureusement. Fatima Ohama, la tisserande, a répondu de bonne grâce à nos questions ».
©Eric Ossart




« C’est Brahim, le fils d’Arquiah Sagaoui, la créatrice de ce tapis, qui nous a conduit dans son village de Merzane. Il a négocié pour nous car, au début, sa mère était très distante et timide. Mais nous étions tellement enthousiasmés par son travail, qu’elle s’est vite déridée et nous a beaucoup parlé ».

« C’est Brahim, le fils d’Arquiah Sagaoui, la créatrice de ce tapis, qui nous a conduit dans son village de Merzane. Il a négocié pour nous car, au début, sa mère était très distante et timide. Mais nous étions tellement enthousiasmés par son travail, qu’elle s’est vite déridée et nous a beaucoup parlé ».
©Eric Ossart