Eloge du style imparfait

Agnès Zamboni
Objets bruts affichant leur fabrication artisanale et vécu, objets réparés d’avant l’ère du consumérisme, un courant de design s’empare des défauts et les transforme en qualités esthétiques.
Avec coques moulées à partir de plastiques industriels destinés au rebut, fauteuils haut Gravêne 9.5 montés sur un piètement en chêne massif usiné à la main et provenant de parquets anciens trop abimés pour être réutilisés et trop nobles pour être jetés. Création Armand Bernoud pour Maximum.

Avec coques moulées à partir de plastiques industriels destinés au rebut, fauteuils haut Gravêne 9.5 montés sur un piètement en chêne massif usiné à la main et provenant de parquets anciens trop abimés pour être réutilisés et trop nobles pour être jetés. Création Armand Bernoud pour Maximum.
©Maximum


Une réflexion sur la consommation excessive



Autrefois lorsqu’on cassait un objet, on le réparait. Aujourd’hui le premier réflexe, c’est de le jeter, car il n’est pas toujours réparable et s’il l’est, par chance, la réparation est souvent plus coûteuse que l’achat d’une pièce neuve. Mais depuis quelques années, l’invention de l’imprimante 3D, combinaison entre techniques de pointe et artisanat, est en train de bouleverser nos modes de consommation. Le moindre objet peut être désormais réparé. Quant à l’objet cassé, mal fabriqué, défectueux ou difforme sa nouvelle valeur marchande est donnée par le designer ou l’artiste qui le conçoit et le choisit comme un concept. L’objet inachevé, incomplet, raté ou cassé, c’est le thème de l’exposition présentée à la boutique Merci du 15 janvier au 4 février 2017 qui donne la parole à des créations qui ne recherchent pas la perfection des formes, des textures lisses et impeccables, mais portent les empreintes d’un accident et font référence à l’ébauche et à l’expérimentation  volontaire ou involontaire.



En porcelaine émaillée, assiettes Affamées aux formes irrégulières fabriquées à la main, en France, selon le procédé artisanal du coulage traditionnel. A chacune des coulées, on observe des différences qui sont l’expression du caractère unique et singulier de ces pièces faites à la main. Elles allient solidité et finesse et passent sans problème au lave-vaisselle et au micro-ondes. Création Tsé -Tsé Associées.

En porcelaine émaillée, assiettes Affamées aux formes irrégulières fabriquées à la main, en France, selon le procédé artisanal du coulage traditionnel. A chacune des coulées, on observe des différences qui sont l’expression du caractère unique et singulier de ces pièces faites à la main. Elles allient solidité et finesse et passent sans problème au lave-vaisselle et au micro-ondes. Création Tsé -Tsé Associées.
©Tsé-Tsé Associées




L’art de l’aléatoire



Déjà dans les années 1990, les créatrices de Tsé-Tsé Associées avaient mis en production des objets d’arts de la table qui s’apparentaient aux rebuts de fabrication. La collection Affamée et Assoiffée était composée d’assiettes voilées à la planéité non conforme à la norme, de verres aux pieds légèrement tordus, de bols aux contours irréguliers… des pièces invendues, en somme, mais leurs défauts volontaires étaient maîtrisés par les designers qui dialoguaient avec les ateliers, pour obtenir un certain degré d’imperfection de façon à ce que l’objet garde toute sa fonctionnalité… Aujourd’hui, le designer Armand Bernoud utilise une matière plastique en fusion destinée à être jetée pour mouler des coques de sièges et créer des effets de couleurs dégradés dans la matière…et bien d’autres designers s’interrogent sur les rebuts de la société de consommation. Dans l’exposition, vous ne verrez pas ces créations mais bien d’autres comme celles de Kintsugi et Boro qui illustrent la fascination et la tradition des japonais pour les objets abimés puis reconstruits. Mais aussi celles de Nadia Gallardo, designer et plasticienne, qui se questionne sur la nature des objets et déforme le bocal Parfait en Imparfait. Tandis que Vanessa Mitrani réinvente la technique du raccommodage…Et la beauté des (objets) laids ne s’arrête pas là !



En verre soufflé et résille de métal, pichets illustrant la poésie du raccommodage. Collection Image, création Vanessa Mitrani.

En verre soufflé et résille de métal, pichets illustrant la poésie du raccommodage. Collection Image, création Vanessa Mitrani.
©Vanessa Mitrani




Des créations expérimentales



Des presse-citron « mal teints » découverts au Centre international d’art verrier à Meisenthal, dans les Vosges et qui ont servi à des essais de couleurs pour la fabrication des boules de Noël aux verres de cantine Duralex, revus et corrigés par les designers Loris et Livia, l’univers de l’imparfait nous offre un nouveau regard plus humain et vivant sur l’objet et le dote d’un supplément d’âme. Du raccommodage à la broderie, il n’y a parfois qu’un pas…



Né dans les années 1930, l’iconique bocal le Parfait en verre avec son récent couvercle en métal, que l’on doit sertir pour conserver les aliments à l’abri de l’air, ici déformé par l’artiste Nadia Gallardo.

Né dans les années 1930, l’iconique bocal le Parfait en verre avec son récent couvercle en métal, que l’on doit sertir pour conserver les aliments à l’abri de l’air, ici déformé par l’artiste Nadia Gallardo.
©Nadia Gallardo




Exposition Imparfait

Nobody’s perfect

Chez Merci

111, boulevard Beaumarchais

75003 Paris

Tél. : 01 42 77 00 33

www.merci-merci.com



Maximum : www.maximum.paris.com

Tsé-Tsé Associées : www.tse-tse.com



Provenant de la Manufacture de Digoin, bols, saladiers et jattes en en grès déformés ou cabossés, lors de la fabrication, mais sauvés de la destruction.

Provenant de la Manufacture de Digoin, bols, saladiers et jattes en en grès déformés ou cabossés, lors de la fabrication, mais sauvés de la destruction.
©Manufacture de Digoin




La coque en plastique du fauteuil haut Gravêne 9.5 offre un dégradé de couleurs aléatoires issu des déchets de la production industrielle. Un défaut que le designer a transformé en avantage esthétique pour créer des sièges uniques. Création Armand Bernoud pour Maximum.

La coque en plastique du fauteuil haut Gravêne 9.5 offre un dégradé de couleurs aléatoires issu des déchets de la production industrielle. Un défaut que le designer a transformé en avantage esthétique pour créer des sièges uniques. Création Armand Bernoud pour Maximum.
©Maximum




Portant les traces de leur réparation, assiettes en céramique cassées et recomposées. Création Kintsugi et Boro.

Portant les traces de leur réparation, assiettes en céramique cassées et recomposées. Création Kintsugi et Boro.
©Kintsugi et Boro




Pour sauver les objets des scènes de ménage ou des maladresses du quotidien, kits de réparation pour pièces en céramique et porcelaine.

Pour sauver les objets des scènes de ménage ou des maladresses du quotidien, kits de réparation pour pièces en céramique et porcelaine.
©Kintsugi




Grandes et petites cuillères en métal brut réalisés par un artisan de Kyoto.

Grandes et petites cuillères en métal brut réalisés par un artisan de Kyoto.
©Merci




Selon la technique du patchwork, plaids fabriqués à partir d’un assemblage de carrés de maille. Il s’agit d’échantillons de nouveautés en laine de fabrication industrielle. Au lieu de les jeter, on les assemble par un système de feutrage qui évite une opération supplémentaire de couture.

Selon la technique du patchwork, plaids fabriqués à partir d’un assemblage de carrés de maille. Il s’agit d’échantillons de nouveautés en laine de fabrication industrielle. Au lieu de les jeter, on les assemble par un système de feutrage qui évite une opération supplémentaire de couture.
©Merci