Carlo et Tobia Scarpa, revival années 1980

Agnès Zamboni
Le musée des Arts décoratifs de Bordeaux consacre une exposition à deux monstres du design italien, Scarpa, père et fils. Ce double portrait oscille entre architecture et design, car ces deux domaines sont intimement liés dans l’œuvre des deux créateurs. A ne pas manquer, jusqu’au 31 décembre 2012.
Carlo Scarpa, Tobia Scarpa. Photomontage, photo editing, Tobia Scarpa 2012. Carlo Scarpa a dit : « Mon attitude face  design d’un fauteuil ou d’une maison (est) identique, aucune idée préconçue mais pleins de désirs, de volonté, et de besoins inassouvis (T. Scarpa, Zodiac, n° 20, 1970)

Carlo Scarpa, Tobia Scarpa. Photomontage, photo editing, Tobia Scarpa 2012. Carlo Scarpa a dit : « Mon attitude face design d’un fauteuil ou d’une maison (est) identique, aucune idée préconçue mais pleins de désirs, de volonté, et de besoins inassouvis (T. Scarpa, Zodiac, n° 20, 1970)
©DR

Le design est une petite architecture 


L’exposition présente du mobilier et des objets des deux créateurs, provenant de la famille Scarpa, de musées italiens et de collections privées. Mais aussi des plans originaux d’architecture des deux artistes, accompagnés par des photos de leurs réalisations les plus marquantes. Carlo Scarpa (1906-1978) aimait concilier tradition et modernité. Il a été l’un des premiers à développer un mobilier design en conjuguant architecture et design. Ses fils Afra et Tobia Scarpa, sont les auteurs de la chaise Liberta, composée d’uniquement deux morceaux de métal. Ils ont eu l’idée de prendre une feuille de métal et de la plier de manière à obtenir une chaise suffisamment robuste et confortable. Et son nom est lié au processus qui a été suivi pour son projet. Quant au lit Vanessa, composé d’un ruban de fer, il se plie aussi ingénieusement pour libérer le drapé du couvre-lit.


Cultissime et toujours éditée depuis sa création, lampe Biagio, en marbre de Carrare. Elle utilise les techniques traditionnelles du travail marbre et était initialement  composée de deux disques de marbre collées. L’évolution des machines a rendu possible sa fabrication d’une seule pièce. Les orifices ne sont pas décoratifs mais nécessaires à la découpe du matériau. Création Afra et Tobia Scarpa, éditée par Flos depuis 1968.

Cultissime et toujours éditée depuis sa création, lampe Biagio, en marbre de Carrare. Elle utilise les techniques traditionnelles du travail marbre et était initialement composée de deux disques de marbre collées. L’évolution des machines a rendu possible sa fabrication d’une seule pièce. Les orifices ne sont pas décoratifs mais nécessaires à la découpe du matériau. Création Afra et Tobia Scarpa, éditée par Flos depuis 1968.
©Editions Flos


Vivent les années 1980 !


Et la post-modernité ! Les matériaux, acier, verre, marbre, bois étaient utilisés pour leur beauté intrinsèque. On parlait de design high-tech et de relecture des styles anciens. En Vénétie, Carlo Alberto Scarpa, fut l’un des précurseurs d’une architecture contemporaine plus humaine, qui prit en compte les styles d’hier, sans jamais faire table rase du passé. Au fil des réhabilitations, extensions, interventions sur des édifices patrimoniaux, sa précision et sa poésie font mouche. Et ses propositions innovantes se sont insérées dans la stratification historique, très dense, de chaque édifice. Ses enseignements de la modernité, il les doit aux  acteurs de la Sécession viennoise, Otto Wagner et Joseph Hoffmann, mais aussi à Frank Lloyd Wright, amoureux des arts asiatiques, et en particulier du Japon, ayant toujours tissé une relation entre l’objet construit et la nature.


Œuvre majeure de Carlo Scarpa, un vaste ensemble funéraire monumental édifié pour la famille Brion, à San-Vito d’Altivole , près de Trévise de 1969 - 1978.

Œuvre majeure de Carlo Scarpa, un vaste ensemble funéraire monumental édifié pour la famille Brion, à San-Vito d’Altivole , près de Trévise de 1969 - 1978.
©Alberto Vendrame, Studio Scarpa


Au nom du père et du fils


Le père fut architecte et le fils, designer, mais utilise des idées d’architecte, avec une ressemblance commune du goût et du trait qui coule de source. Et Tobia reviendra à l’architecture après la mort de son père. L’exposition est sous-titrée « Dialogo sospeso » (dialogue suspendu), car Carlo Scarpa est décédé accidentellement au Japon en 1978.


High-tech et fonctionnel, lampadaire en acier et verre Papillona, qui diffuse la lumière frontalement et vers le haut, grâce à un écran transparent.  Création Tobia Scarpa, éditée par Flos, 1975.

High-tech et fonctionnel, lampadaire en acier et verre Papillona, qui diffuse la lumière frontalement et vers le haut, grâce à un écran transparent. Création Tobia Scarpa, éditée par Flos, 1975.
©DR


Renseignements : 

 Exposition « Carlo Scarpa, Tobia Scarpa, Venise XXème-XXIème siècles, Design et architecture ». Jusqu’au 31 décembre 2012


Musée des Arts décoratifs

39 rue Bouffard

33000 Bordeaux

Tél. : 05 56 10 14 00

musad@bordeaux.fr


Assemblage de deux pièces découpées par laser, laquées, pliées, emboîtées et boulonnées, la chaise Liberta. Création  Tobia Scarpa , édité par Meritalia, en 1989.

Assemblage de deux pièces découpées par laser, laquées, pliées, emboîtées et boulonnées, la chaise Liberta. Création Tobia Scarpa , édité par Meritalia, en 1989.
©Tobia Scarpa