Marie Dessuant, une étoile montante du design

Clément Martin
Lauréate du prix Cinna, lancé par la Ligne Roset « révélateur de talents », en 2010, Marie Dessuant s’impose comme la révélation française dans l’univers du design.
Le design français peut se glorifier de connaître une nouveau succès, grâce à l’œuvre de Marie Dessuant. Avec son travail sur le verre soufflé "Deserto", elle s'amuse de la frontière entre présence et absence d'eau, avec la forme du soliflore.

Le design français peut se glorifier de connaître une nouveau succès, grâce à l’œuvre de Marie Dessuant. Avec son travail sur le verre soufflé "Deserto", elle s'amuse de la frontière entre présence et absence d'eau, avec la forme du soliflore.
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Qu’est-ce qui vous a poussé vers le design ? Quelles sont vos sources d’inspirations et vos déclencheurs ?


Marie Dessuant : Ma formation à l’Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg ne fut pas très « appliquée ». Son enseignement plus orienté vers les arts plastiques m’a permis d’élargir ma pratique. Je me suis toujours intéressée à beaucoup de choses différentes (meubles, objets, espaces, dessins, photographies, vidéos, installations…) ; or, pour moi, le design est le point de rencontre de toutes ces centres d’intérêt, que j’envisage comme un vaste terrain de jeu. A mon sens, le design est une façon d’aborder les choses qui nous entourent, une façon de voir et de donner à voir. D’une certaine manière, je n’ai pas décidé soudainement de devenir designer. Il s’agit plutôt d’un mode de pensée en perpétuelle évolution, une sorte d’expérimentation de la réalité et du quotidien ...


En collaboration avec Margaux Keller, Marie Dessuant met au point la « Soft Fold Cabane », pour exprimer le principe éphémère du mobilier. La cabane en bois se plie aux grés des désirs, offrant un espace différent dédié à un instant de pause.

En collaboration avec Margaux Keller, Marie Dessuant met au point la « Soft Fold Cabane », pour exprimer le principe éphémère du mobilier. La cabane en bois se plie aux grés des désirs, offrant un espace différent dédié à un instant de pause.
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Pourquoi avoir choisi de présenter l’ « étagère de coin » pour le prix Cinna ?


M. D. : Cinna est l’un des rares éditeurs français à faire confiance aux jeunes designers. J’aime beaucoup leur état d’esprit entre tradition, savoir faire (150 ans de mobilier) et un renouvellement perpétuel, avec des prises de risques. Je suis très heureuse de notre collaboration qui a débuté grâce au « prix révélateurs de talent », et qui continue depuis avec notamment cette année le « vide–poche ».


Editée par Cinna, l’étagère « vide-poche » forme la réunion entre un meuble d’appoint dans l’entrée et la coupelle posée sur le dessus. Issue de la collection Swing-Swung-Swung, elle est une recherche sur le textile, comme créatrice de mouvement.

Editée par Cinna, l’étagère « vide-poche » forme la réunion entre un meuble d’appoint dans l’entrée et la coupelle posée sur le dessus. Issue de la collection Swing-Swung-Swung, elle est une recherche sur le textile, comme créatrice de mouvement.
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Les deux collections « Objet Préféré/Objet Coloré » sont issues d’un travail collectif, mais comment avez-vous intervenu dans le projet ? Quelle est votre griffe dans le travail final ?


M. D. : Ces deux collections sont issues d’un travail collectif, sous la direction de Sam Baron, avec les autres designers de Fabrica (le centre de recherche en communication du groupe Benetton), un laboratoire créatif spécialisé dans le domaine des arts appliqués, situé à Trévise (en Italie). Il s’agit d’une collaboration très étroite, car nous vivons et travaillons ensemble durant une année. Des heures à dessiner ensemble, à discuter et argumenter, accompagnées de quelques bons fous rires aussi… Au final, en regardant ces objets, j’ai une réelle sensation de travail collectif, tout en retrouvant une cohérence et une résonance avec mon travail personnel.


Le verre comme vecteur de lumière est au cœur de cette réalisation, portant le nom de « Dôme ». Soufflé en verre dépoli, Marie Dessuant joue sur la transparence, pour offrir une nouvelle perception dans la diffusion de la lumière.

Le verre comme vecteur de lumière est au cœur de cette réalisation, portant le nom de « Dôme ». Soufflé en verre dépoli, Marie Dessuant joue sur la transparence, pour offrir une nouvelle perception dans la diffusion de la lumière.
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Qu’est ce que vous a apporté le travail en collectivité ? Est-ce qu’il a eu une incidence sur votre manière d’aborder le design ?


M. D. : Le travail en collectivité est très important pour moi. Il me permet de ne pas m’enfermer dans un style ou une catégorie, de me remettre sans cesse en question et bien sûr d’apprendre beaucoup des autres designers (qui sont en plus issus de cultures différentes, car Fabrica est une résidence internationale).


En lien avec l’« Objet Coloré », quelle est la place de la couleur dans votre travail ?


M. D. : La couleur dans mon travail est aussi essentielle qu’une forme ou un matériau. Elle est au centre du  processus créatif qui, pour moi, représente un équilibre fragile entre instinct et réflexion. Elle est inhérente à un objet.


« Objet Coloré » ne perd pas de vue l’aspect pratique, que doit posséder un mobilier destiné aux vitrines de magasins. La flexibilité doit être au cœur de la modularité, afin de varier à l’infini les installations.

« Objet Coloré » ne perd pas de vue l’aspect pratique, que doit posséder un mobilier destiné aux vitrines de magasins. La flexibilité doit être au cœur de la modularité, afin de varier à l’infini les installations.
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En lien avec l’« Objet Préféré », quel est votre objet fétiche ? Un porte-bonheur ? 


M. D. : J’adore mon T-shirt perroquet des années 80. Je le porte depuis l’âge de 7 ans. C’est un T-shirt blanc presque transparent (parce que usé) avec une illustration de perroquets au plumage bleu, jaune, rouge et vert, avec des lunettes de soleil noires. Je le porte uniquement quand quelque chose d’important (positif ou négatif) m’arrive, une sorte de petit rituel.


Issus d’un travail collectif et fabriqués dans les ateliers du Grand-Hornu, quinze meubles posent la question de « Quel est votre objet préféré ? ». Le Jardin est une composition de contenants pour végétaux, qui se déplacent à l’intérieur ou l’extérieur de la maison.

Issus d’un travail collectif et fabriqués dans les ateliers du Grand-Hornu, quinze meubles posent la question de « Quel est votre objet préféré ? ». Le Jardin est une composition de contenants pour végétaux, qui se déplacent à l’intérieur ou l’extérieur de la maison.
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Quel(s) objet(s) auriez-vous souhaité créer ?


M. D. : Je pense plutôt aux nouveaux projets qu’à ceux qui ont déjà été dessinés.


Quels sont vos matériaux favoris ?


M. D. : Je préfère travailler avec des matériaux naturels comme le bois, la céramique, le verre ou le métal. J’aime leur aspect, mais aussi leur toucher, leur odeur, leur façon de vieillir. Les textiles m’intéressent aussi beaucoup, car la part non maîtrisée dans une forme souple m’amène à une réflexion différente sur les rapports entre forme, fonction et usage.


« Deserto » est une création, issue d’un travail sur le verre soufflé, pour mettre en valeur le savoir-faire des maîtres verriers de la Vénétie. Le soliflore prend sa source dans la forme d’une dernière goutte d’eau, dans le fond d’une bouteille.

« Deserto » est une création, issue d’un travail sur le verre soufflé, pour mettre en valeur le savoir-faire des maîtres verriers de la Vénétie. Le soliflore prend sa source dans la forme d’une dernière goutte d’eau, dans le fond d’une bouteille.
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Les savoir-faire des fabricants et artisans influencent-ils votre travail ?


M. D. : Beaucoup ! Le dialogue avec les artisans et les fabricants est au cœur de mon travail. Leur savoir-faire peut faire réellement évoluer un projet, voire être une source d’inspiration, un point de départ.


Grâce à son « étagère en coin », Marie Dessuant fut la première femme lauréate du prix Cinna « révélateur de talents », en 2010. Il s’agit d’exploiter le vide d’un angle, par un meuble conçu pour créer un véritable lieu de détente.

Grâce à son « étagère en coin », Marie Dessuant fut la première femme lauréate du prix Cinna « révélateur de talents », en 2010. Il s’agit d’exploiter le vide d’un angle, par un meuble conçu pour créer un véritable lieu de détente.
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Quelles sont vos prochaines envies ? Vos prochains rêves ?


M. D. : Je viens de m’installer à Londres et  je présente la collection « The Bay » pour Singularité (nouvelle maison d’édition française) à la design week de Clerkenwell du 21 au 24 mai 2012. Je suis très enthousiaste face à cette nouvelle aventure ! Deux pièces de cette collection (la banquette « Watching the ships roll in » et les miroirs « Drapeaux ») sont également exposées au Design Corner du MUDAM au Luxembourg.


Sinon continuer à chercher, expérimenter, prendre des risques, s’amuser, voyager…


En simple bois peint, le « Bow Window » est une inspiration autour des vides et des pleins, occasionnés par l’architecture. Entre intérieur et extérieur, le meuble se présente comme un réceptacle habitable, pour laisser ses yeux se perdrent dans le paysage.

En simple bois peint, le « Bow Window » est une inspiration autour des vides et des pleins, occasionnés par l’architecture. Entre intérieur et extérieur, le meuble se présente comme un réceptacle habitable, pour laisser ses yeux se perdrent dans le paysage.
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www.mariedessuant.com

www.cinna.fr

www.ligneroset.fr

www.fabrica.it