A Paris, la céramique danoise à l’honneur

Agnès Zamboni
A travers les collections privées de grands amateurs d’art, découvrez la diversité de la création en terre cuite du Danemark.
Deux pièces de Bodil Manz, une des céramistes actuelles les plus réputées au Danemark. Elle travaille des cylindres en porcelaine translucide. Pour les décorer, elle s’inspire de l’architecture moderniste et des œuvres de Malevitch ou Mondrian. Elle utilise souvent des blocs de couleurs primaires et des lignes fines noires. Collection privée.

Deux pièces de Bodil Manz, une des céramistes actuelles les plus réputées au Danemark. Elle travaille des cylindres en porcelaine translucide. Pour les décorer, elle s’inspire de l’architecture moderniste et des œuvres de Malevitch ou Mondrian. Elle utilise souvent des blocs de couleurs primaires et des lignes fines noires. Collection privée.
©Erik Balle Povlsen


Petite histoire de la céramique danoise



Initié au Danemark dans les années 1880 avec notamment les créations sculpturales de Thorvald Bindesbøll et Niels Hansen Jacobsen, l’art de la céramique contemporaine se profile, dès cette époque, à travers la création de bustes, sculptures, reliefs ou vases et plats ornés de décorations abstraites. Il se distingue par le travail des glaçures que l’on laisse couler librement selon les traditions de céramique japonaise et l’influence de l’art nouveau français. Les artistes céramistes d’alors travaillent pour la Manufacture Royale danoise de Porcelaine et Bing & Grøndahl. Le style de leurs pièces sculpturales en grès permet l’émergence d’un nouveau courant d’art appelé « scandinavian modern », caractérisé par des formes dépouillées et inspirées d’objets utilitaires en céramique. Alors que les ornements superflus disparaissent, laissant la place à des lignes épurées, les glaçures deviennent également plus sobres.  À partir des années 1920, de nombreux ateliers s’ouvrent et développent une nouvelle tradition artisanale nordique. Parmi eux, la manufacture Saxbo et ses pièces à vocation utilitaire. Dans les années 1930 à 1960, sa notoriété dépasse vite les frontières du pays. Et l’on emploie désormais les termes de « céramique d’atelier » pour qualifier les réalisations les plus abouties.  



Plat de Gutte Eriksen, inspiré de la tradition japonaise, création en 1995. Collection privée.

Plat de Gutte Eriksen, inspiré de la tradition japonaise, création en 1995. Collection privée.
©Erik Balle Povlsen




Des traditions régionales



Au courant du XXème siècle, la céramique d’atelier danoise devient une discipline évoluant entre art et artisanat d’art, issu de la poterie. Pendant l’entre-deux-guerres et après la seconde guerre mondiale, la céramique d’art se développe dans plusieurs directions. Des artistes modernistes tels qu’Erik Nyholm et Asger Jorn s’orientent vers un esprit plus expérimental. Ces créateurs travaillent la matière de façon non conventionnelle et se font le plus souvent assister par des potiers sur le plan technique. Un autre groupe de céramistes réalisent des pièces d’argile de grand feu s’inspirant fortement de la tradition potière danoise. Parmi eux, le créateur Gutte Eriksen, à l’origine d’un mouvement appelé « l’école de Gutte », qui a joué un rôle déterminant dans la région du Jutland. Tandis que sur l’île du Seeland et autour de la capitale, Copenhague, les artistes sont plutôt attachés à un mode d’expression plus classique et créent souvent des objets plus légers, aux parois plus minces et aux décorations basiques et essentielles. Parmi eux Bodil Manz, Alev Siesbye et Beate Andersen, dont les œuvres sont également visibles dans cette exposition. Enfin, il ne faut pas omettre la petite île de Bornholm, en mer Baltique, qui est devenue un véritable vivier de céramistes. Plusieurs grandes manufactures s’y sont établies comme la fabrique Hjorth qui a donné sa chance à un grand nombre de céramistes, avant qu’ils n’ouvrent leurs propres ateliers, comme les deux sœurs Gertrud Vasegaard et Lisbeth Munch-Petersen (nées Hjort), passionnées par les formes et les couleurs de la nature.



Pièce de Karen Bennicke, évoquant une vision spatiale, une construction avec des souvenirs d’architecture, entre espace intérieur et espace extérieur, création en 2010. Courtesy de l’artiste.

Pièce de Karen Bennicke, évoquant une vision spatiale, une construction avec des souvenirs d’architecture, entre espace intérieur et espace extérieur, création en 2010. Courtesy de l’artiste.
©Erik Balle Povlsen




Une explosion de matières



L’art de la céramique danoise a connu un grand essor à la fin des années 1990. Et depuis plus de 20 ans, alors que l’influence de la création internationale se fait sentir, le travail  de la matière a supplanté celui des formes. En témoignent les expérimentations de glaçures de Christina Schou Christensen, Bente Skjøttgaard et Morten Løbner Espersen, ou les sculptures complexes de Karen Bennicke et Steen Ibsen. Formes inspirées de la nature, fonctionnalité exemplaire et excellence technique sont les trois qualités intrinsèques de la céramique danoise admirée dans le monde entier. Dans cette exposition rétrospective, La Maison du Danemark présente 500 pièces des plus importants artistes danois et dessine une véritable fresque historique de son évolution jusqu’à nos jours.  



Contact :

Exposition : « 100 ans de céramique danoise »

La Maison du Danemark


142, avenue des Champs-Elysées

75008 Paris

Tél. : 01 56 59 17 40

www.maisondudanemark.dk

Du 29 novembre 2018 au 3 mars 2019



Coupe de Gertrud Vasegaard au décor inspiré des structures végétales en épi, création en 1975. Collection privée.

Coupe de Gertrud Vasegaard au décor inspiré des structures végétales en épi, création en 1975. Collection privée.
©Erik Balle Povlsen




Bol d’Alev Siesbye, céramiste danoise d’origine turque. Cette pièce datée de 1971 utilise la technique du colombin, puis est terminée sur un tour. Collection privée.

Bol d’Alev Siesbye, céramiste danoise d’origine turque. Cette pièce datée de 1971 utilise la technique du colombin, puis est terminée sur un tour. Collection privée.
©Erik Balle Povlsen




Détail d’un couvercle d’une boîte d’Inge Marie Fruelund, 2010. Courtesy de l’artiste.

Détail d’un couvercle d’une boîte d’Inge Marie Fruelund, 2010. Courtesy de l’artiste.
©Erik Balle Povlsen




Trois pièces de Bente Skjøttgaard qui travaille à Copnehague. Série Nuage, réalisée en 2010. Collection privée.

Trois pièces de Bente Skjøttgaard qui travaille à Copnehague. Série Nuage, réalisée en 2010. Collection privée.
©Erik Balle Povlsen




Ensemble de pièces utilitaires de Lisbeth Munch Petersen, petite-fille du fondateur de la fabrique de terres cuites Hjorth et représentante de la tradition de Bornholm. Décors inspirés de la nature, feuilles, pétales, choux, moules…, créations de 1950 à 1990. Collection privée.

Ensemble de pièces utilitaires de Lisbeth Munch Petersen, petite-fille du fondateur de la fabrique de terres cuites Hjorth et représentante de la tradition de Bornholm. Décors inspirés de la nature, feuilles, pétales, choux, moules…, créations de 1950 à 1990. Collection privée.
©Erik Balle Povlsen




Trois vases cylindriques de Morten Løbner Espersen, 2008-2015. Collection privée.

Trois vases cylindriques de Morten Løbner Espersen, 2008-2015. Collection privée.
©Erik Balle Povlsen




Trois pièces de Niels Hansen Jacobsen, fin XXème-début XXème siècle.

Trois pièces de Niels Hansen Jacobsen, fin XXème-début XXème siècle.
©Erik Balle Povlsen




Vase présenté à l’Exposition Universelle de Paris en 1900, création Thorvald Bindesbøll en 1894. Collection Brandes/Engelhardt.

Vase présenté à l’Exposition Universelle de Paris en 1900, création Thorvald Bindesbøll en 1894. Collection Brandes/Engelhardt.
©Erik Balle Povlsen