Un Dimanche à Paris à l’Odéon, un temple dédié au dieu cacao

Marie-Laure de Vienne
« Maman est en haut qui fait des gâteaux, Papa est en bas qui fait des chocolats » : rappelez vous… C’était une comptine de l’enfance dont le 45 T tournait sur les vieux tourne-disques de nombreuses familles et selon votre âge vous l’avez peut-être entendue…
Niché dans une jolie ruelle pavée du quartier de l'Odéon, "Un Dimanche à Paris"

Niché dans une jolie ruelle pavée du quartier de l'Odéon, "Un Dimanche à Paris"
©DR

Ce lieu, Un Dimanche à Paris, s’identifie à la chansonnette ; car du rez-de-chaussée au second étage on y parle, on y mange, on y goûte, on y rêve cacao. L’idée de ce temple du chocolat est venue aux papilles de Pierre Cluizel, le fils de Michel lui-même chocolatier depuis plus de 60 ans. Pierre Cluizel baigne, si on peut s’exprimer ainsi, dans les fèves depuis sa plus tendre enfance et son rêve chocolaté se décline en espace de vente, en bar à chocolat, en restaurant, en atelier de cuisine et de pâtisserie.


On lui souhaite bonne chance, mais la compétition va être rude car dans ce quartier de l’Odéon de nombreux chocolatiers (Larnicol, Roger, Hermé, Mulot) ont déjà investi le pavé, et la ruelle où s’est installé ce concept-store est méconnue et peu passagère ; mais qui sait ?


Le cadre est beau : une maison dans sa totalité qui s’organise autour d’un monument historique fort bien restauré, la tour Philippe Auguste du XIII ème siècle à côté des anciens remparts de la capitale ; la qualité du chocolat indéniable et si les prix baissaient un peu le tour serait sûrement joué.


Suite à un cours de cuisine, mes pas m’ont guidé dans cet antre cacaoté pour un dîner où le chocolat s’est glissé dans chaque plat de l’entrée au dessert, mais « de façon subtile comme une épice » explique Pierre Cluizel afin de ne pas dénaturer les saveurs.


En apéritif évitez de commander une coupe de champagne, j’ai fait une erreur magistrale : la bouteille était ouverte depuis de nombreuses heures et ne ressemblait plus du tout à du champagne ; mais globalement c’est normal car ces bulles-là font très mauvais ménage avec le chocolat.


Oubliez vos analyses de sang et votre taux de cholestérol et démarrez par la trilogie de foie gras au chocolat Venezuela, au sel de Guérande et au grué de cacao (18 €). A l’opposé d’autres matières très sucrées et souvent utilisées dans les terrines de foie gras, le cacao se marie bien, car il peut apporter une touche d’amertume terreuse ou grillée intéressante. Poursuivez par une viande comme le flanchet de veau et ses ravioles de légumes (33 €) ou l’agneau en deux cuissons (30 €). La pointe cacaotée s’associe bien avec les viandes comme en témoignent les cuisines mexicaines et sud américaines. Faites une pause fromagère avec le délicieux mille-feuille de roquefort et chocolat blanc accompagné d’une salade à la vinaigrette au chocolat Ghana. Travaillé toute en onctuosité et en crème, la mousse de roquefort est adoucie par de fines feuilles de chocolat blanc qui apportent la note beurrée (12 €).


Pour finir, un dessert bien sûr, mais ceux-ci dans cet espace pourtant dédié au chocolat manquent sérieusement à l’appel : seuls 4 desserts figurent à la carte, et encore l’un deux est un soufflé à l’Armagnac. Quel dommage alors que le cuisinier, William Caussimon, un ancien des Bouquinistes, pourtant aidé par deux chefs pâtissiers, Quentin Bailly et Franck Michel, dont un MOF 2004, ne propose pas davantage de choix pour les amoureux des desserts. Ils doivent plus travailler pour les gâteaux à vendre en boutique que pour les pâtisseries à l’assiette.


A la carte, le soir, avec un verre de vin (un Pomerol 2006 ou un Chablis 2007 à 15 €), vous vous en tirerez vite avec une addition flirtant les 100 €. Préférez donc cette adresse à déjeuner et tentez le menu à 3 plats à 33 €.


Un Dimanche à Paris

4, 6, 8 cour du Commerce Saint-André

75006 Paris

Tél : 01 56 81 18 18

Ouvert tous les jours de 9 h à minuit, sauf le dimanche soir