Renaissance du musée Albert Kahn à Boulogne

Christian de Rivière
Magnifique écran entre ville et jardin, le nouveau musée Albert Kahn, réouvre ses portes à Boulogne-Billancourt après 6 années de travaux.
Conçu par l’architecte Kengo Kuma, la façade extérieure du Musée départemental Albert-Kahn côté ville.

Conçu par l’architecte Kengo Kuma, la façade extérieure du Musée départemental Albert-Kahn côté ville.
©Willy Labre


Projet d’une vie, celle d’Albert Kahn (1860-1940) un riche banquier philanthrope, le musée dédié à ses collections de photographies et de films offre un croisement de regards afin d’observer le monde aujourd’hui. Construction d’un nouveau bâtiment avec une façade métallique tournée vers la ville, façade japonaise donnant sur le jardin, réhabilitation de 8 bâtiments historiques et mise en valeur du somptueux jardin de 4 hectares en plein cœur de Boulogne-Billancourt, telle est l’ampleur du projet.



Telle une coursive ajourée de grandes lattes de bois et d’aluminium, l’architecte Kengo Kuma a imaginé la façade extérieure côté jardin sur le principe de l’Engawa afin que le jardin soit parfaitement intégré.

Telle une coursive ajourée de grandes lattes de bois et d’aluminium, l’architecte Kengo Kuma a imaginé la façade extérieure côté jardin sur le principe de l’Engawa afin que le jardin soit parfaitement intégré.
©Olivier Ravoire




Le chantier de rénovation est principalement composé de la construction d’un élégant bâtiment de 2300 m², qui sert d’écrin aux collections d’Albert Kahn sur le premier niveau et à l’étage un parcours consacré à des expositions temporaires qui ont vocation à apporter un regard croisé sur le monde contemporain. Il est l’œuvre du cabinet japonais d’architecture Kengo Kuma et Associates qui a été retenu à l’issue d’un concours dans lequel cinq projets concourraient. Pour l’instant une librairie boutique et un salon de thé ont ouvert leurs portes, en attendant le futur restaurant qui prendra place sur le toit. La façade extérieure côté jardin est faite de bois et d’aluminium avec des inclinaisons différentes pour que le jardin soit intégré, notamment grâce à une toiture inclinée vers la ville. Elle réinterprète le principe de l’Engawa, sorte de bande de circulation périmétrique issue de la tradition japonaise et s’habille de lames horizontales de bois et de métal qui filtrent la vue depuis le jardin, en offrant des scènes paysagères propices à la contemplation et à la déambulation.



Les espaces didactiques confrontant des images de géographie, géologie, architecture et actualité.

Les espaces didactiques confrontant des images de géographie, géologie, architecture et actualité.
©Julia Brechler




Fils d’un marchand de bestiaux alsacien, Albert Kahn fait fortune dans les affaires minières et ouvre sa propre banque à Paris en 1898. Il oriente alors ses placements financiers vers l’Extrême orient et notamment le Japon qui lui permettra de nouer des contacts étroits avec l'ambassadeur du Japon à Paris et la famille impériale, qu'il recevra plus tard dans ses propriétés.



L’exposition inaugurale « Autour du Monde » à l’étage du nouveau bâtiment construit par le cabinet japonais d’architecture Kengo Kuma et Associates.

L’exposition inaugurale « Autour du Monde » à l’étage du nouveau bâtiment construit par le cabinet japonais d’architecture Kengo Kuma et Associates.
©Julia Brechler




En 1895, il achète à Boulogne une maison entourée de quatre parcelles de terrain, et rachète progressivement une vingtaine de parcelles jouxtant sa propriété jusqu'à devenir propriétaire de quatre hectares de terrain. C’est alors qu’il fait appel au célèbre paysagiste Achille Duchêne pour dessiner un ensemble de jardins thématiques comme le jardin japonais avec son pont rouge, un jardin anglais, un jardin à la française avec des buis taillés et une serre, ainsi qu’une forêt vosgienne lui évoquant son enfance, plantée d’épicéas, de pins et de sapins. L'ensemble de ce parc paysager symbolise le monde en paix souhaité par Albert Kahn.



Autochrome de 1913, le Temple du Ciel à Pékin, Chine, 9x12 cm, Stéphane Passet.

Autochrome de 1913, le Temple du Ciel à Pékin, Chine, 9x12 cm, Stéphane Passet.
©Stéphane Passet




Dès 1898, Albert Kahn lance son premier mécénat destiné à de jeunes étudiants, garçons et filles, et consistant en bourses de voyage « Autour du Monde » pour découvrir une année durant les autres pays de la planète et leur permettant ainsi d'enrichir leur connaissance directe du monde. Philanthrope, le but de sa collection soigneusement archivée pour les générations futures était d’envisager un monde pacifique. En observant l’évolution des modes de transport, les vêtements du quotidien du XIXe siècle qui prennent petit à petit le statut de costumes folkloriques, l’architecture et de l’évolution de l’habitat, Albert Kahn s’avère un remarquable observateur des traditions et coutumes de la fin du XIXe siècle jusqu’au début de la deuxième guerre mondiale.



Géographie, géologie, la formation des glaciers fut l’une des passions de Albert Kahn. Cet autochrome datant des années 1926-1927, représente le mont Fuji vu des lacs, Yoshida, Japon, 9x12 cm, par Roger Dumas.

Géographie, géologie, la formation des glaciers fut l’une des passions de Albert Kahn. Cet autochrome datant des années 1926-1927, représente le mont Fuji vu des lacs, Yoshida, Japon, 9x12 cm, par Roger Dumas.
©Roger Dumas




A partir de 1908, Albert Kahn voyage de longs mois au Japon et en Chine, via les Etats-Unis et fait prendre par son mécanicien-chauffeur, ingénieur de formation, Alfred Dutertre, plus de 4000 clichés. Puis il repart en 1909 en Amérique du Sud pour visiter l’Uruguay, l’Argentine et le Brésil, toujours accompagné d’un photographe professionnel, Auguste Léon, qui prend comme Dutertre des plaques stéréoscopiques en noir et blanc mais expérimente aussi la plaque autochrome de 9 x 12 cm. Cette première technique industrielle de photographie couleurs produit des images positives sur plaques de verre à partir de grains de fécule de pomme de terre teints en rouge, vert et bleu, et fixés par de la résine. Le musée Albert Kahn regroupe quelque 72 000 autochromes, de 9 x 12 cm pour les plus petites et 13 x 18 cm pour les plus grandes et une centaine d'heures de film qui seront rapportés d'une soixantaine de pays. Extrêmement fragiles, le musée a choisi de mettre en scène des fac-similés qui sont traversés de lumière derrière un écran perforé sous forme de rétroéclairage. Cette collection unique est comparable à celle du National Geographic. Albert Kahn s’est toujours effacé au profit de son œuvre.



Le jardin japonais contemporain avec son pont rouge, couleur traditionnelle et sacrée au Japon et symbolisant le passage entre le domaine des hommes et celui des dieux

Le jardin japonais contemporain avec son pont rouge, couleur traditionnelle et sacrée au Japon et symbolisant le passage entre le domaine des hommes et celui des dieux
©Julia Brechler




Marqué par la guerre de 1870, et affecté par la tragédie de la Première guerre mondiale, Albert Kahn sera sa vie durant très engagé dans le dialogue international et la paix.



Musée départemental Albert-Kahn

2, rue du Port

92100 Boulogne-Billancourt

Du mardi au dimanche, de 11h00 à 19h00

www.albert-kahn.hauts-de-seine.fr



L’exposition inaugurale « Autour du Monde » à l’étage du nouveau bâtiment construit par le cabinet japonais d’architecture Kengo Kuma et Associates.

L’exposition inaugurale « Autour du Monde » à l’étage du nouveau bâtiment construit par le cabinet japonais d’architecture Kengo Kuma et Associates.
©Julia Brechler




Amoureux du pays du Soleil Levant, Albert Kahn a tenu à reconstituer une maison de village japonais.

Amoureux du pays du Soleil Levant, Albert Kahn a tenu à reconstituer une maison de village japonais.
©Willy Labre




Plantée d’épicéas, de pins et de sapins, la forêt vosgienne rappelle l’enfance, du jeune Albert Kahn.

Plantée d’épicéas, de pins et de sapins, la forêt vosgienne rappelle l’enfance, du jeune Albert Kahn.
©Willy Labre




Le soir venu, la mise en lumière de la serre majestueuse.

Le soir venu, la mise en lumière de la serre majestueuse.
©Olivier Ravoire




Vue sur les maisons du village japonais.

Vue sur les maisons du village japonais.
©Olivier Ravoire




La roseraie en fleurs.

La roseraie en fleurs.
©Willy Labre




Au milieu du splendide parc de 4 hectares, le jardin français et le verger-roseraie.

Au milieu du splendide parc de 4 hectares, le jardin français et le verger-roseraie.
©Jean-Luc Dolmaire




Sélection de quelques autochromes parmi les 72000 exposés. Le reflet d’une époque.

Sélection de quelques autochromes parmi les 72000 exposés. Le reflet d’une époque.
©Julia Brechler




L’exposition permanente des autochromes retraçant les innombrables voyages d’Albert Kahn, les fameuses « Archives de la Planète ».

L’exposition permanente des autochromes retraçant les innombrables voyages d’Albert Kahn, les fameuses « Archives de la Planète ».
©Julia Brechler




La boutique du musée au rez-de-chaussée.

La boutique du musée au rez-de-chaussée.
©Julia Brechler




Focus sur la botanique pour mettre en relief le regard sur le monde et passion du végétal d’Albert Kahn.

Focus sur la botanique pour mettre en relief le regard sur le monde et passion du végétal d’Albert Kahn.
©Willy Labre