A Suresnes, l’œuvre de deux architectes de la banlieue

Agnès Zamboni
Jusqu’au 24 juin 2018, le MUS, Musée d’histoire urbaine et sociale de Suresnes accueille sa 4ème exposition annuelle : un hommage à Eugène Beaudouin et Marcel Lods.
Pavillon de l’aéroclub Roland Garros de Buc, 1931-1936, projet réalisé à Buc dans les Yvelines, puis détruit. Le projet prévoyait un pavillon économique, transparent et aisément démontable, car susceptible de changer de localisation. On y trouve un restaurant, un bar, une salle des cartes, deux vestiaires et des locaux techniques. Les panneaux préfabriqués, conçus dans l’atelier de Jean Prouvé sont assemblés sur place en deux semaines selon un principe de boutonnage.

Pavillon de l’aéroclub Roland Garros de Buc, 1931-1936, projet réalisé à Buc dans les Yvelines, puis détruit. Le projet prévoyait un pavillon économique, transparent et aisément démontable, car susceptible de changer de localisation. On y trouve un restaurant, un bar, une salle des cartes, deux vestiaires et des locaux techniques. Les panneaux préfabriqués, conçus dans l’atelier de Jean Prouvé sont assemblés sur place en deux semaines selon un principe de boutonnage.
©Académie d’architecture/Cité de l’architecture et du patrimoine pour le MUS


Qui sont Eugène Baudouin et Marcel Lods ?



D’origines sociales différentes, ces deux architectes ont mis leurs différences en commun pour esquisser le nouveau paysage urbanistique de l’Ile-de-France. Eugène Baudouin, fils et neveu de deux architectes, pensait embrasser une carrière internationale en participant à des concours. Lauréat du Premier Grand Prix de Rome en 1928, il a d’ailleurs séjourné à la Villa Médicis de 1929 à 1932. Marcel Lods, passionné d’aéronautique, a grandi dans les quartiers populaires de Paris. Après avoir développé une passion pour l’architecture lors d’un apprentissage sur le tas, il a été formé à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts. C’est là qu’il rencontre, pour la première fois, en 1919, Eugène Beaudouin. En 1925, Eugène et Marcel créent leur agence et s’engagent radicalement dans le courant de la modernité de l’entre-deux-guerres. Et tandis qu’Eugène travaille beaucoup sur les questions d’aménagement, Marcel s’intéresse plus aux méthodes novatrices de construction. Ensemble, ils vont devenir de véritables réformateurs et s’engagent dès 1933 dans l’UAM (Union des Artistes Modernes) fondée par Robert Mallet-Stevens qui défend l’utilisation des nouveaux matériaux comme l’acier ou le béton. Les premières constructions d’Eugène et Marcel répondent à un besoin d’urbanisation des banlieues avec un coût de construction le plus bas.



Garde-meuble Odoul, 1931-1933, 8, passage de l’Atlas, 75019 Paris. Commanditaire : Maison Odoul. Projet réalisé, rénové et transformé en lofts.

Garde-meuble Odoul, 1931-1933, 8, passage de l’Atlas, 75019 Paris. Commanditaire : Maison Odoul. Projet réalisé, rénové et transformé en lofts.
©H. Baranger, Académie d’architecture/Cité de l’architecture et du patrimoine pour le MUS




Des chantiers de grande envergure



Cette exposition, organisée en partenariat avec la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, présente les nombreux projets d’architecturaux de logements, d’écoles, d’aérogares, et autres bâtiments majeurs imaginés et/ou réalisés entre 1928 et 1940 par ces deux architectes. En 1928, alors que la loi Foucheur prévoit 200 000 habitations à bon marché ou HBM (ancêtres des HLM), Eugène et Marcel démarrent un premier chantier à Romainville. Puis, viendront la cité du Champ-des-Oiseaux à Bagneux, la Muette à Drancy, mais aussi des aéroports et équipements sportifs, la Maison du peuple à Clichy…Ils ont aussi collaboré avec Jean Prouvé, notamment pour la réalisation d’une maison de week-end en acier qui peut être montée en moins de 4 heures. Elle sera présentée au salon des arts ménagers en 1937-38. Mais l’une de leurs constructions majeures est sans doute l’école de plein air à Suresnes, dotée d’un curieux globe d’extérieur en béton, qui fait actuellement l’objet d’une importante rénovation.



Eugène Beaudouin, à gauche, et Marcel Lods, à droite, qui ont fondé, dans les années 1930, l’une des plus grandes agences d’architecture en France et la seule à s’engager dans la modernité.

Eugène Beaudouin, à gauche, et Marcel Lods, à droite, qui ont fondé, dans les années 1930, l’une des plus grandes agences d’architecture en France et la seule à s’engager dans la modernité.
©Académie d’architecture/Cité de l’architecture et du patrimoine pour le MUS




La méthode Beaudouin-Lods



Au cœur des nouvelles techniques de construction des années 1930, le travail de ces deux architectes propose aussi une rationalisation selon les principes du taylorisme, notamment en installant les entrepôts et ateliers de préfabrication sur place. Considérés comme les pères du préfabriqué et des grands ensembles des Trente Glorieuses, ils rechercheront ainsi l’économie dans une organisation scientifique du chantier.



Renseignements :

MUS : www.mus.suresnes.fr



Prototype de la maison de week-end BLPS en acier. L’unique exemplaire mesure 3,3 m x 3,3 m et comprend une pièce à vivre, une cuisine et un cabinet de toilette. En collaboration avec Jean Prouvé.

Prototype de la maison de week-end BLPS en acier. L’unique exemplaire mesure 3,3 m x 3,3 m et comprend une pièce à vivre, une cuisine et un cabinet de toilette. En collaboration avec Jean Prouvé.
©Académie d’architecture/Cité de l’architecture et du patrimoine pour le MUS




Maquette d’un pavillon de l’école de plein air à Suresnes.

Maquette d’un pavillon de l’école de plein air à Suresnes.
©MUS




Photographie aérienne de la cité de la Muette à Drancy.

Photographie aérienne de la cité de la Muette à Drancy.
©H. Baranger, Académie d’architecture/Cité de l’architecture et du patrimoine pour le MUS




Cité de la Muette : vue de chantier, 1931-1934, avenue Jean-Jaurès, rue Fontaine et Blanqui à Drancy.

Cité de la Muette : vue de chantier, 1931-1934, avenue Jean-Jaurès, rue Fontaine et Blanqui à Drancy.
©Académie d’architecture/Cité de l’architecture et du patrimoine pour le MUS




Dessins et photos de la Maison du peuple à Clichy, avec vue du 1er étage configuré en salle de cinéma et vue du rez-de-chaussée avec les planchers escamotés, 1935-1939. Ce bâtiment était caractérisé par sa flexibilité permettant des adaptations à différents usages.

Dessins et photos de la Maison du peuple à Clichy, avec vue du 1er étage configuré en salle de cinéma et vue du rez-de-chaussée avec les planchers escamotés, 1935-1939. Ce bâtiment était caractérisé par sa flexibilité permettant des adaptations à différents usages.
©Académie d’architecture/Cité de l’architecture et du patrimoine pour le MUS




Photo du globe de l’école de plein air à Suresnes qui a été conçu à partir d’une structure métallique composée d’un poteau central et de 8 tirants, retenant une ossature en forme de quartiers d’orange. Un grillage a été ensuite recouvert d’un béton armé de 7 cm d’épaisseur. Cette sphère entourée d’un escalier a été le support de l’apprentissage de la géographie jusque dans les années 1990.

Photo du globe de l’école de plein air à Suresnes qui a été conçu à partir d’une structure métallique composée d’un poteau central et de 8 tirants, retenant une ossature en forme de quartiers d’orange. Un grillage a été ensuite recouvert d’un béton armé de 7 cm d’épaisseur. Cette sphère entourée d’un escalier a été le support de l’apprentissage de la géographie jusque dans les années 1990.
©MUS