Dans la région de Metz, toutes les couleurs de la Cité Radieuse de Briey-en-Forêt

Agnès Zamboni
Dans ce bâtiment iconique, on peut explorer les liens entre la pensée de l’architecte Le Corbusier et celle du peintre Fernand Léger. Une exposition « Visions polychromes » les met actuellement en évidence.
Fernand Léger, Projet décoratif pour music-hall et projet de fresque (extérieur) pour hall d’hôtel, 1922.

Fernand Léger, Projet décoratif pour music-hall et projet de fresque (extérieur) pour hall d’hôtel, 1922.
©Bibliothèque de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine. Photo : © Adagp, 2017


Une cité à découvrir



Témoignant de l’amitié entre Fernand Léger et Le Corbusier, mais aussi des correspondances chromatiques de leur œuvre respective, cette exposition, organisée par le Centre Pompidou-Metz et l’association La Première Rue, rassemble de nombreux documents d’archives, revues, films, photographies, correspondance mettant en lumière des projets communs liant architecture et peinture, souvent méconnus. Elle est présentée dans les locaux de La Première Rue situés au premier étage de la Cité Radieuse de Briey-en-Forêt et composés de plusieurs appartements en duplex imbriqués de manière caractéristique autour d’un long couloir que Le Corbusier assimilait à une rue. Des visites de cette Cité sont également organisées sur réservation avec la possibilité d’être accueilli chez un habitant pour apprécier les qualités de vie des espaces conçus par Le Corbusier comme un village vertical, dans les années 1960.



Anonyme, Fernand Léger, Pierre Jeanneret et Le Corbusier en Espagne, 1930. Tirage d’exposition, 16,5 x 23,6 cm.

Anonyme, Fernand Léger, Pierre Jeanneret et Le Corbusier en Espagne, 1930. Tirage d’exposition, 16,5 x 23,6 cm.
©Fondation Le Corbusier, Paris © Adagp, Paris, 2017-08-03




Rencontre de deux esprits



« La polychromie architecturale s’empare du mur entier, et le qualifie avec la puissance du sang, ou la fraîcheur de la prairie, ou l’éclat du soleil, ou la profondeur du ciel et de la mer. Quelles forces  disponibles ! » a déclaré Le Corbusier, lors d’une conférence à Rome en 1936. « Un mur nu est une surface morte. Un mur coloré devient une surface vivante », pensait Fernand Léger, dans les années 1950, qui avait aussi imaginé un projet de Village polychrome. Et c’est lors de la visite de l’exposition des architectes du groupe néerlandais De Stijl à la Galerie de l’Effort Moderne en 1923 qu’ils découvrent tous les deux l’importance de la couleur dans l’espace. Tout d’abord utilisé en plans monochromes dans l’œuvre de Le Corbusier, la couleur s’affranchit de cette règle à partir des années 1930 et l’architecte s’offre des assemblages de couleurs parfois indépendants du plan du bâtiment et de son orientation géométrique. Des fresques inondent les murs pour lutter contre l’uniformité des constructions. « Paris tout blanc et le soir, des avions et projecteurs inondant la ville de couleurs vives et mobiles. Pourquoi pas ? » : C’est la vision utopiste de Fernand Léger, en 1949. Et de son côté, Le Corbusier avait écrit, en 1925, à propos de la couleur, dans livre Urbanisme : « Voilà ce qui donne à nos rêves de la hardiesse : ils peuvent être réalisés ».



Le Corbusier, La rue intérieure du premier étage de l’unité d’habitation de Briey-en-Forêt.

Le Corbusier, La rue intérieure du premier étage de l’unité d’habitation de Briey-en-Forêt.
©Pascal Volpez © Association La Première Rue © Adagp2017




Les vertus de la couleur



Mais la couleur pour les deux artistes n’a pas seulement une valeur esthétique, elle insuffle joie et bien-être dans les lieux de vie et de travail collectifs, de l’usine à la cité. Ils lui prêtent déjà des vertus psychologiques, curatives et spirituelles et son action peut aussi offrir une dimension politique et sociale et s’étendre à l’urbanisme. Et tandis que Fernand Léger imagine des rues polychromes à Moscou, Le Corbusier exhorte chaque citoyen à prendre son pinceau et  son pot de peinture Ripolin… Ainsi, il construit à Saint-Dié-des-Vosges, une manufacture aux intérieurs polychromes et des cités radieuses, ses « machines à habiter » où la couleur apporte son influence bénéfique sur l’esprit.



Le Corbusier, plafond de l’usine Claude et Duval de Saint-Dié-des-Vosges, 1950.

Le Corbusier, plafond de l’usine Claude et Duval de Saint-Dié-des-Vosges, 1950.
©Olivier Martin-Gambier, 2005 © Adagp, 2017




Contact :

Cité Radieuse Le Corbusier


131, Résidence Le Corbusier,

1, avenue du Docteur Pierre Giry

54150 Briey-en Forêt

Tél. : 03 82 20 28 55

Mail : lapremiererue@gmail.com

www.premiererue.fr et www.centrepompidou-metz.fr

Jusqu’au 14 septembre 2017, exposition Visions Polychromes



Le Corbusier, Pavillon des Temps Nouveaux, 1938, Reproduction d’une photographie publiée dans Des Canons, des munitions ? Merci, des logis s.v.p.

Le Corbusier, Pavillon des Temps Nouveaux, 1938, Reproduction d’une photographie publiée dans Des Canons, des munitions ? Merci, des logis s.v.p.
©Fondation Le Corbusier, Paris © Adagp, Paris, 2017-08-03




Le Corbusier, Maison La Roche, 1923. Reproduction croquis d’étude, perspective intérieure composée de deux calques superposés, crayon noir, encre de Chine et gouache de couleur, 56 x 57 cm.

Le Corbusier, Maison La Roche, 1923. Reproduction croquis d’étude, perspective intérieure composée de deux calques superposés, crayon noir, encre de Chine et gouache de couleur, 56 x 57 cm.
©Fondation Le Corbusier, Paris © Adagp, Paris, 2017-08-03




Le Corbusier, Peinture murale dans l’entrée, août 1939, Papier-peint.

Le Corbusier, Peinture murale dans l’entrée, août 1939, Papier-peint.
©Manuel Bougot, © Fondation Le Corbusier, Paris © Adagp, Paris 2017




Le Corbusier, La Cité Radieuse, Briey-en-Forêt.

Le Corbusier, La Cité Radieuse, Briey-en-Forêt.
©Pascal Volpez © F.I.C./ADAGP, Paris 2017