Le retour de la construction en pierre

Agnès Zamboni
En architecture, l’utilisation de la pierre s’inscrit dans les principes de construction durable. Et les architectes redécouvrent son usage et ses qualités en accord avec les principes de constructions d’aujourd’hui.
Le Chai viticole de Vauvert est un bâtiment compact et carré en pierre massive « du Pont du Gard ». Peu ouverte, son architecture réclamait aussi une grande inertie pour éviter les variations thermiques fatales à la bonne conservation des vins. Réalisation Gilles Perraudin, en 1998.

Le Chai viticole de Vauvert est un bâtiment compact et carré en pierre massive « du Pont du Gard ». Peu ouverte, son architecture réclamait aussi une grande inertie pour éviter les variations thermiques fatales à la bonne conservation des vins. Réalisation Gilles Perraudin, en 1998.
©Gilles Perraudin


Une problématique actuelle



Les qualités de la pierre naturelle, c’était justement le sujet d’une discussion et conférence auxquelles ont participé par l’architecte lyonnais Gilles Perraudin, l’agence parisienne Barrault Pressacco et le bureau bruxellois 51N4E, 6 février 2018 à Bruxelles. C’était aussi l’occasion d’échanger des idées entre des architectes de générations différentes, mais qui s’accordent sur les vertus indéniables de la pierre dans l’architecture contemporaine. Revalorisation du matériau séculaire, renaissance innovante et expérimentation de construction très ancienne permettent aujourd’hui de propulser ce matériau unique dans le 3ème millénaire.



A Neuilly, près de Paris, la fondation Vuitton, création de l’architecte Frank Owen Gehry, et bâtiment parmi les plus avant-gardistes du début du 3ème millénaire, a été réalisé, en partie, avec de la pierre de « Rocherons Doré » et « Rocherons Doré Clair » de Rocamat, extraite dans une carrière à ciel ouvert en Bourgogne.

A Neuilly, près de Paris, la fondation Vuitton, création de l’architecte Frank Owen Gehry, et bâtiment parmi les plus avant-gardistes du début du 3ème millénaire, a été réalisé, en partie, avec de la pierre de « Rocherons Doré » et « Rocherons Doré Clair » de Rocamat, extraite dans une carrière à ciel ouvert en Bourgogne.
©Rocamat




Un matériau moderne



Alors que l’architecte Gilles Perraudin construit à la campagne, des maisons rurales et monastiques, le bureau Barrault Pressacco, a édifié, en plein cœur de Paris, des logements sociaux qui utilisent la pierre massive. Alors que le domaine de bâtiment produit 43 % de la pollution environnementale, la pierre et sa pérennité offrent des avantages indiscutables pour la réduire. Ressource sans limite, utilisée dans l’architecture vernaculaire de nombreux pays, la pierre qui compose le sol de la terre est un matériau qui ne nécessite pas de finition et d’enduit. Et elle peut se combiner avec le béton, le verre, le bois… et sa réutilisation sans recyclage ne nécessite donc aucune énergie. Du pont du Gard, ouvrage de style roman, au Musée du vin en Corse à Patrimonio, conçu par l’architecte Gilles Perraudin, la pierre intemporelle traverse les siècles pour devenir un matériau d’avenir. Ce professionnel de la construction accuse même l’architecture moderniste d’avoir tué la pierre ! Après les années 1950, d’autres architectes modernes comme Fernand Pouillon à Alger ou Hassan Fathy en Egypte ont réalisé des bâtiments en pierre qui n’étaient pas réservé à une élite en démontrant que construire pour durer était bien plus économique que construire avec des matériaux bon marché, dont la durée de vie est limitée et sont sujets à de nombreux entretiens coûteux. Un point de vue largement partagé par les architectes Cyril Pressaco et Thibaut Barrault de l’agence Barrault Pressacco : « L’énergie embarquée ou consommée pour extraire, découper et mettre en œuvre la pierre est faible. Pendant ces opérations, elle ne subit que peu de transformations et conserve toutes ses propriétés intrinsèques. La pierre, après avoir été simplement matière, devient matériau, en assume son épaisseur théorique et cultivée. Elle se charge, après extraction de son sol et des carrières, d’une nouvelle mission porteuse de sens et de signification ». Et les défauts de la pierre, s’il en est, deviennent des qualités intrinsèques.



Les espaces habitables de cette maison lyonnaise s’enchaînent dans un parcours libre, avec un jeu de pleins et de vides, de lumières et d’ombres. Réalisation Gilles Perraudin, en 2009.

Les espaces habitables de cette maison lyonnaise s’enchaînent dans un parcours libre, avec un jeu de pleins et de vides, de lumières et d’ombres. Réalisation Gilles Perraudin, en 2009.
©Gilles Perraudin




Un matériau du futur



Des premières habitations troglodytes en pierre aux maisons d’aujourd’hui aux lignes épurées et minimalistes, la pierre a traversé le temps aussi pour toutes ses qualités thermiques. Matériau doté d’une belle inertie, il conserve naturellement la fraîcheur en été et isole du froid en hiver. Outre son entretien minimal qui ne nécessite aucune maintenance pendant 50 à 60 ans, il n’est pas sensible aux tremblements de terre. « C’est plus économique de construire en pierre et artisanalement », affirme Gilles Perraudin, convaincu que la pierre est le matériau de l’avenir.  



Contacts :

Gilles Perraudin : www.perraudinarchitectes.com

Barrault Pressacco : www.barraultpressacco.com

Rocamat : www.rocamat.fr

GBA : www.infogba.com

Carrières de Grès d’Arbre : www.carrieresdegresdarbre.be



Signée de l’architecte Frank Owen Gehry, la fondation Louis Vuitton utilise trois types de dallages et toutes les nuances de la pierre de Rocherons, en Bourgogne, fabriquées en 3, 5 et 7 cm d’épaisseur.

Signée de l’architecte Frank Owen Gehry, la fondation Louis Vuitton utilise trois types de dallages et toutes les nuances de la pierre de Rocherons, en Bourgogne, fabriquées en 3, 5 et 7 cm d’épaisseur.
©Rocamat




Rue Oberkampf à Paris, construction d’un immeuble de logements sociaux avec façades porteuses en pierre (épaisseurs variables en fonction de leur degré de sollicitation, de 35 cm au premier niveau, à 30 cm dans les niveaux supérieurs) qui reposent sur des portiques en béton armé au rez-de-chaussée. Réalisation Barrault Pressacco.

Rue Oberkampf à Paris, construction d’un immeuble de logements sociaux avec façades porteuses en pierre (épaisseurs variables en fonction de leur degré de sollicitation, de 35 cm au premier niveau, à 30 cm dans les niveaux supérieurs) qui reposent sur des portiques en béton armé au rez-de-chaussée. Réalisation Barrault Pressacco.
©Giaime Meloni




A Neuilly-sur-Seine, les façades de la fondation Vuitton sont composées d’un revêtement en pierre de Rocherons de 3 cm d’épaisseur sur une surface d’environ 3200 m². De même, des murets droits, des marches et contremarches d’escalier, des chasse-roues et l’encadrement du bassin, devant le musée. Réalisation de l’architecte Frank Owen Gehry. Chantier, Rocamat.

A Neuilly-sur-Seine, les façades de la fondation Vuitton sont composées d’un revêtement en pierre de Rocherons de 3 cm d’épaisseur sur une surface d’environ 3200 m². De même, des murets droits, des marches et contremarches d’escalier, des chasse-roues et l’encadrement du bassin, devant le musée. Réalisation de l’architecte Frank Owen Gehry. Chantier, Rocamat.
©Rocamat




L’isolation du bâtiment est réalisée en béton de chanvre projeté depuis l’intérieur sur les façades en pierre puis taloché et enduit. Le rez-de-chaussée de ce bâtiment hybride est construit en béton armé et supporte les charges venant des pierres des niveaux supérieurs. Ce changement de matériau reprend la tradition parisienne qui n’emploie le même matériau en soubassement que dans les niveaux courants. Réalisation Barrault Pressacco.

L’isolation du bâtiment est réalisée en béton de chanvre projeté depuis l’intérieur sur les façades en pierre puis taloché et enduit. Le rez-de-chaussée de ce bâtiment hybride est construit en béton armé et supporte les charges venant des pierres des niveaux supérieurs. Ce changement de matériau reprend la tradition parisienne qui n’emploie le même matériau en soubassement que dans les niveaux courants. Réalisation Barrault Pressacco.
©Giaime Meloni




Ce Centre de Formation des Apprentis (CFA) a été construit à Marguerittes, dans l’arrondissement de Nîmes. Ici, la pierre a aussi un rôle symbolique dans un bâtiment qui assure la pérennité de certains métiers. Réalisation Gilles Perraudin, en 2003.

Ce Centre de Formation des Apprentis (CFA) a été construit à Marguerittes, dans l’arrondissement de Nîmes. Ici, la pierre a aussi un rôle symbolique dans un bâtiment qui assure la pérennité de certains métiers. Réalisation Gilles Perraudin, en 2003.
©Light




Sur le modèle d’une chartreuse, lieu de vie, d’études et d’échanges, le CFA de Marguerittes est fragmenté en différents bâtiments qui composent une véritable unité, doté d’espaces extérieurs de distribution. La pierre, à la puissante inertie, renforce l’image de pérennité. Réalisation Gilles Perraudin, en 2003.

Sur le modèle d’une chartreuse, lieu de vie, d’études et d’échanges, le CFA de Marguerittes est fragmenté en différents bâtiments qui composent une véritable unité, doté d’espaces extérieurs de distribution. La pierre, à la puissante inertie, renforce l’image de pérennité. Réalisation Gilles Perraudin, en 2003.
©Light




Le CFA de Marguerittes, près de Nîmes, s’inscrit dans un paysage d’oliviers qui s’harmonisent spontanément avec la pierre naturelle. Réalisation Gilles Perraudin, en 2003.

Le CFA de Marguerittes, près de Nîmes, s’inscrit dans un paysage d’oliviers qui s’harmonisent spontanément avec la pierre naturelle. Réalisation Gilles Perraudin, en 2003.
©Light




Seconde partie de logements sociaux qui opère une série de gradins au cœur de l’îlot. Le vide généré par la forme en L, prolonge le cœur d’îlot voisin et lui répond par une géométrie analogue. Réalisation Barrault Pressacco.

Seconde partie de logements sociaux qui opère une série de gradins au cœur de l’îlot. Le vide généré par la forme en L, prolonge le cœur d’îlot voisin et lui répond par une géométrie analogue. Réalisation Barrault Pressacco.
©Giaime Meloni




Façade du Chrystal Park à Neuilly-sur-Seine, en pierre de Pouillenay en Bourgogne. Revêtement sur rail Rocaclip de Rocamat qui permet une rapidité de mise œuvre. Réalisation de l’agence d’architecture Valode et Pistre.

Façade du Chrystal Park à Neuilly-sur-Seine, en pierre de Pouillenay en Bourgogne. Revêtement sur rail Rocaclip de Rocamat qui permet une rapidité de mise œuvre. Réalisation de l’agence d’architecture Valode et Pistre.
©Rocamat




Ce Chai viticole situé à Vauvert a été construit en pierre massive très respirante qui capte la nuit les brises de mer. L’évaporation diurne rafraîchit le bâtiment en consommant des calories, tandis que la toiture lourde couverte de terre compose un bouclier thermique. Des dispositifs complémentaires utilisent le vent et le soleil pour rafraîchir naturellement le bâtiment. Réalisation Gilles Perraudin, en 1998.

Ce Chai viticole situé à Vauvert a été construit en pierre massive très respirante qui capte la nuit les brises de mer. L’évaporation diurne rafraîchit le bâtiment en consommant des calories, tandis que la toiture lourde couverte de terre compose un bouclier thermique. Des dispositifs complémentaires utilisent le vent et le soleil pour rafraîchir naturellement le bâtiment. Réalisation Gilles Perraudin, en 1998.
©Gilles Perraudin




L’enveloppe de cette maison lyonnaise de 250 m², intégrant une galerie d’art et un couloir de nage, suit précisément le volume maximum autorisé par les règlementations de la cour d’immeuble de la rue de Crimée, située dans le quartier de la Croix Rousse, qui abritait autrefois les ateliers des canuts, tisseurs de soie au XIXème siècle. Réalisation Gilles Perraudin, en 2009.

L’enveloppe de cette maison lyonnaise de 250 m², intégrant une galerie d’art et un couloir de nage, suit précisément le volume maximum autorisé par les règlementations de la cour d’immeuble de la rue de Crimée, située dans le quartier de la Croix Rousse, qui abritait autrefois les ateliers des canuts, tisseurs de soie au XIXème siècle. Réalisation Gilles Perraudin, en 2009.
©Gilles Perraudin




A l’intérieur de cette maison, les murs en grès, issus d’une carrière belge, offrent des teintes qui réchauffent les espaces contemporains et minimalistes. Réalisation GBA.

A l’intérieur de cette maison, les murs en grès, issus d’une carrière belge, offrent des teintes qui réchauffent les espaces contemporains et minimalistes. Réalisation GBA.
©GBA




Cette habitation collective, avec façade décorative en pierre de Grès d’Arbre, décline une grande variété de nuances et de couleurs du brun foncé au gris le plus clair inhérente au matériau provenant de Belgique. Réalisation Pierre de Grès d’Arbre.

Cette habitation collective, avec façade décorative en pierre de Grès d’Arbre, décline une grande variété de nuances et de couleurs du brun foncé au gris le plus clair inhérente au matériau provenant de Belgique. Réalisation Pierre de Grès d’Arbre.
©Pierre de Grès d’Arbre