Construction d’une maison durable : l’œil de la spécialiste

Christian de Rivière
Evolution démographique, intérêt croissant pour les matériaux durables et respectueux de l’environnement, évolution du climat,… les préoccupations des Français quant à la construction d’une nouvelle maison évoluent. Parole à Catherine Alcocer, spécialiste des constructions durables.
Catherine Alcocer

Catherine Alcocer
©2009 DR

Maison.com : Le nouveau concept de l’architecture moderne est la construction durable. Parlez-nous de ce nouveau concept…



Catherine Alcocer : Le réchauffement climatique, l’évolution démographique de notre pays et les évolutions des façons de vivre comme de travailler requièrent de nouveaux modes de conception avec des espaces évolutifs et modulables pour un patrimoine susceptible d’accompagner les différentes étapes de la vie puis d’être transmis à la génération suivante.



La construction durable vise donc dans un premier temps à limiter les impacts d’un bâtiment sur l’ensemble de son cycle de vie : construction, vie en œuvre et démolition. Pour quantifier ces impacts on utilise la méthode dite de l’analyse du cycle de vie. La conception architecturale du bâtiment occupe une place prépondérante dans cette démarche : orientation bioclimatique, agencement des pièces à vivre et des pièces humides en fonction de cette orientation. La bonne utilisation des systèmes constructifs permet, quant à elle, d’optimiser la conception d’un bâtiment avec une bonne isolation, une bonne inertie thermique et, à la clef, d’importantes économies d’énergie.



Maison.com : En quoi la construction durable a-t-elle son importance dans l’architecture du XXIe siècle ?



C.A. : Les bâtiments conçus aujourd’hui le sont pour un siècle, voire plus, ils vont donc modeler durablement le paysage de demain ; c’est le premier aspect qui touche à la fois l’architecture et l’urbanisme. Cela parait simple à dire mais il est bon de le rappeler : un bâtiment doit être pensé par rapport à sa fonction, son utilisation, mais aussi par rapport à son environnement. Notre devoir est également de mettre à disposition des générations futures un parc immobilier qui permette de réduire les gaz à effet de serre et de limiter la consommation d’énergie dont nous savons qu’elle va être de plus en plus chère. Ces objectifs sont clairement exprimés et quantifiés par le Grenelle de l’Environnement tant pour les bâtiments résidentiels que pour le tertiaire.



Maison.com : Lorsque l’on entend parler de « maison en béton », on pense à un habitat plutôt brut et loin d’être accueillant. Néanmoins, ce type d’habitat est de plus en plus en vogue. Comment l’expliquez-vous ?



C.A. : La France est un pays très attaché à la minéralité de son architecture, le béton d’aujourd’hui s’apparente à la pierre d’hier et bien souvent il est difficile de faire la différence entre ces deux matériaux. Les architectes français aiment jouer avec le béton en façade, lui conférer des aspects surprenants et décalés en utilisant sa plasticité. Pour ce qui est de la maison, et là je ne parle pas nécessairement de la maison d’architecte, il existe en France une utilisation traditionnelle de la maçonnerie avec plus de 350.000 artisans et entreprises spécialisés ; c’est un savoir-faire considérable. Le béton n’est donc pas vécu comme un matériau froid brut et froid, mais s’inscrit dans la continuité de la tradition patrimoniale en France. Ce qui est très nouveau, en revanche c’est l’attrait du béton pour l’intérieur de la maison : plans de cuisine, sols, salles de bains. C’est une tendance qui contribue à valoriser toutes les possibilités esthétiques offertes par ce matériau.



Maison.com : Quel est le principe du concept de la maison A+B.?



C.A. : Avec sa conception bioclimatique, la maison A+B répond au niveau de performance BBC du label Effinergie. Non seulement étudiée pour limiter ses impacts sur l’environnement, la maison A+B a été très étudiée sur le plan du coût afin de pouvoir répondre à une demande très large. Evolutive, la maison A+B offre des espaces polyvalents et modulables qui permettent d’accompagner une famille sur plusieurs générations. Enfin la maison A+B s’adapte à des environnements différents et autorise des occupations et des modes de vie différenciés en s’adaptant aux contraintes urbanistiques.



La conception de la « maison durable » obéit aux principes bioclimatiques. Des « héliodons » (simulations numériques d’ensoleillement) ont permis d’optimiser le dimensionnement des auvents pour laisser largement pénétrer le soleil d’hiver (solstice du 21 décembre) et pour protéger les pièces du rayonnement direct du soleil d’été (solstice du 21 juin). Elle est largement ouverte au soleil du sud-est / sud-ouest tandis qu’elle est plutôt fermée au nord.



L’organisation intérieure contribue à la performance énergétique. En effet, « l’espace tampon » au nord (entrée, escalier, salle d’eau) participe à l’isolation des parois. Au sud, en option, devant les larges baies vitrées du séjour, peuvent être ajoutées différentes formes de verrières. La toiture-terrasse est habitable. Elle bénéficie d’une treille végétale pour offrir un confort estival ombragé. Son sol végétalisé permet de retenir les eaux pluviales, de maintenir une certaine fraîcheur en été tout en renforçant l’isolation acoustique et thermique de la maison. Il peut également recevoir de capteurs photovoltaïques.



Maison.com : La maison A+B s’appuie sur différents systèmes constructifs bien connus…



C.A. : La maison A+B, selon les modèles et les déclinaisons, s’appuie sur différents systèmes constructifs éprouvés et bien connus.



De façon générale, le niveau BBC est atteint de façon relativement aisée avec les prestations envisagées, et ce pour chacune des différentes configurations d’enveloppe.



Ceci est à mettre à l’actif de l’architecture bioclimatique du bâtiment avec notamment des orientations optimisées pour les vitrages et une forte inertie du bâtiment obtenue en particulier grâce aux qualités intrinsèques du béton. Pour vérifier ces performances, des simulations ont été effectuées sur les différentes zones climatiques du nord au sud.



Ainsi pour les murs, 4 configurations ont été étudiées



- Béton banché + isolation par l’intérieur (avec rupteurs)

- Béton banché + isolation par l’extérieur

- Blocs béton + isolation par l’intérieur

- Béton cellulaire auto-isolant



Maison.com : Les maisons A+B peuvent parfaitement bien servir pour un groupement de type « maison de ville » ?



C.A. : Les assemblages de la maison A+B peuvent aussi bien s’effectuer dans un déploiement linéaire que dans un empilement vertical. Sur le plan urbain, la maison durable permet de conjuguer densité et qualité de vie, soit en groupement de type « maison de ville » pour une densité de 30 à 40 logements/hectare, soit en habitat intermédiaire, c’est-à-dire par superposition de deux maisons avec maintien de l’accès indépendant, ce qui porte la densité de 60 à 70 logements/hectare.



Maison.com : Cet habitat va dans le sens de l’énergie positive. Expliquez-nous ce principe…



C.A. : Une maison est dite à énergie positive lorsqu’elle produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme. C’est le cap que nous nous sommes fixés en France avec une nouvelle étape dans la réglementation thermique en 2020. Dans le cas de la maison A+B, des capteurs photovoltaïques peuvent être installés sur les toits-terrasse ou dans les interstices entre deux maisons. Ces capteurs peuvent permettre de passer à un bâtiment à énergie positive. L’enveloppe va ainsi associer à sa fonction naturelle de protection contre l’extérieur une nouvelle fonction : la production d’énergie, via l’intégration d’innovations techniques…



www.mamaisondurable-beton.com