Portraits : deux champagnes de vigneronnes

Marie-Laure de Vienne
Au sein de la marque collective des champagnes de vignerons quelques femmes tiennent d’une main de fer dans un gant de velours « leur » maison ou plutôt une maison familiale qu’elles ont reprise. Portrait de Caroline Milan (champagne Jean Milan) et Claudy Dubois-Michaux (champagne du Rédempteur).
Claudy Dubois, une vraie pro sur fond de trompe l'oeil !

Claudy Dubois, une vraie pro sur fond de trompe l'oeil !
©DR

Créée en 2001, la marque collective des champagnes de vignerons réalise 34 % des ventes totales de champagne et 46, 6 % des ventes en France. C’est dire l’importance de ce regroupement qui comme les grandes maisons a aussi son lot de femmes vigneronnes.



Si peu de femmes sont passées à la postérité dans l’histoire du vin, cela n’est pas le cas dans l’histoire du champagne. De Madame de Pompadour, grande amatrice de champagne, à Marilyn Monroe qui se lovait dans un bain mousseux de 350 bulles, nombreuses furent les femmes qui ont apprécié le vin des vignobles champenois. Consommatrice sûrement, mais productrice, vigneronne ou gérante, les femmes se sont, dès la fin du XVIIIème siècle, impliquées dans les métiers du champagne. On ne peut pas s’empêcher d’évoquer les veuves (Cliquot, Henriot, Devaux, Pommery, Laurent-Perrier, Roederer, Bollinger) qui firent la découverte de techniques d’élaboration, qui reprirent la maison familiale au décès de leur mari ou qui contribuèrent au développement à l’international des fines bulles.





L’export et Caroline Milan



Fondée en 1864, la maison Jean Milan ne vendait que localement ses vins et avait en revanche développé avant l’heure l’oenotourisme avec un accueil et une visite des caves, des repas pris au cœur des vignobles, des hébergements chez le vigneron. Quand Caroline Milan, 5ème génération de vignerons, se décide à travailler « pour la maison », cela n’est pas de gaieté de cœur car elle abandonne ses études linguistiques, son goût des déplacements. Elle n’accepte que si ses parents la laissent libre de développer l’export inexistant jusque là, de voyager à l’autre bout de la planète pour vendre ses vins.



Moins de 10 ans plus tard, l’entreprise sous la poigne de fer de cette jeune femme de 39 ans réalise 50 % de son chiffre d’affaires à l’export dans des pays aussi nombreux et variés que le Japon, les USA, l’Australie et le Canada. C’est l’excitation de conquérir de nouveaux marchés qui pousse cette vigneronne à faire apprécier ses vins très différents selon les parcelles. Caroline Milan y tient : chaque vigne développe sa personnalité selon son lieu, son exposition. Entre le Brut Réserve travaillé en fût de chêne, le Brut Symphorine issu de vignes ensoleillées et le Brut « Terres de Noël » provenant de vieilles vignes, l’alchimie au-delà même du travail humain n’est pas la même.



De 15 € le Tradition à 28 € le «Terres de Noël», www.champagne-milan.com







Claudy Dubois-Michaux : viticultrice et pépiniériste



Basée à 10 kilomètres d’Epernay, la famille récoltante-manipulante exploite depuis 1873 quelques 7 hectares. Le nom de Rédempteur, la maison le doit à l’arrière grand-père de Claudy Dubois-Michaux, Edmond Dubois, qui sauva lors de la crise du phylloxera le pays et l’appellation vin de champagne. Grâce à lui et à la protestation de ses vignerons amis fut promulguée une loi comme quoi « il n’était de vin de champagne que de Champagne ». En hommage à sa révolte réussie, son entourage le surnomma « le Rédempteur ». Il va de soi que la cuvée du Rédempteur est le fleuron de la maison et celle-ci va fêter ses 100 ans en 2011.



Mais à côté de l’élaboration de ses cuvées, Claudy s’adonne à un second métier, celui de pépiniériste. Il reste très peu de pépiniéristes comme elle dans le pays et encore tous ne sont pas vignerons en plus. Les désastres engendrés par le puceron qui a entraîné la crise du phylloxera ne furent endigués que par le greffage.



Aujourd’hui encore, l’insecte est présent dans le sol et seul le greffage, assemblage de deux morceaux de vigne, permet d’éviter la maladie. Avec une petite machine manuelle, Claudy et ses ouvriers assemblent le porte- greffe, un bois américain résistant à l’insecte, et les bois prélevés dans les vignes françaises qui donneront du Meunier, du Chardonnay, du Pinot. Placés en chambre chaude, les bois greffés se soudent et se cicatrisent après l’apposition d’un bourrelet de soudure en cire. Stoppés dans leur croissance, les bois paraffinés sont ensuite déposés en chambre froide, puis plantés plus tard un à un sous paillage plastique afin que les racines prennent bien et que le plant de développe bien. Ayant ainsi deux cordes à son arc, Claudy Dubois-Michaux n’a même pas les mois plus creux d’hiver pour se reposer avant de repartir à la vendange suivante.



De 16, 40 € le brut ou demi-sec à 25 € la cuvée de l’an 2000, www.redempteur.com