La tonnellerie Vicard en Charente

Marie-Laure de Vienne
La visite de la distillerie Grand Marnier à Bourg-Charente a été l’occasion de pénétrer dans les antres, non ouvertes au public, d’une tonnellerie. Explication et visite de la maison Vicard.
Les belles barriques neuves après polissage et cerclage.

Les belles barriques neuves après polissage et cerclage.
©DR

Vicard, cela ne vous dit rien et pourtant cette maison compte parmi les 4 à 5 dernières grosses tonnelleries existantes en France. 200 personnes travaillant le bois, plus de 50 000 barriques et des centaines de cuves et de foudres produits par an, un parc de 8 hectares de planchettes de bois (merrains) qui maturent naturellement dehors, l’approvisionnement des maisons de prestige telles que Grand Marnier, les grands crus du Bordelais et de Bourgogne, les maisons de cognac (le vieillissement en fût de chêne étant un des paramètres de l’AOC) : le groupe, bien que familial, est connu depuis 1925 pour son sérieux et la qualité des tonneaux fournis.


L'empilage des planchettes prédécoupées, les merrains, à claire voie.

L'empilage des planchettes prédécoupées, les merrains, à claire voie.
©DR


Ici, outre le savoir-faire de façonnage d’une barrique, le nerf de la guerre est le bois. A l’origine, Vicard ne se fournissait que dans les anciennes forêts royales de Tronçais et du Limousin, connues pour la hauteur de leurs bois (ces chênes-là servaient à la construction des navires de guerre). Aujourd’hui, et pour répondre à la demande, la maison s’approvisionne dans d’autres forêts, tant dans l’hexagone qu’en proche Europe, voire même aux USA.


La phase de séchage naturel des merrains à l'air libre.

La phase de séchage naturel des merrains à l'air libre.
©DR


Dans les allées, sèchent à l’air libre, la pluie et le vent les merrains (planchettes prédécoupées), permettant ainsi l’extraction des tanins amers et astringents du bois. Les merrains découpés en douelles sont assemblés en arc de cercle pour être cintrés. A l’œil, l’ouvrier jauge la taille des planchettes nécessaires au tonneau, qui est soumis à une forte vapeur pour assouplir le bois, lequel se loge entre les cercles d’acier et s’arrondit en douceur.


Le début de l'étape de cerclage, lorsque l’ouvrier assemble les planchettes qui se logent entre les cercles d’acier en s’arrondissant grâce à l'effet de la vapeur.

Le début de l'étape de cerclage, lorsque l’ouvrier assemble les planchettes qui se logent entre les cercles d’acier en s’arrondissant grâce à l'effet de la vapeur.
©DR


Les impressionnants fours réalisent la chauffe. De 30 minutes à 2 heures, intense ou douce, la chauffe répond aux demandes et aux souhaits des maîtres de chais, qui veulent accentuer ou non la torréfaction du fût, emplissant la salle de chauffe d’une douce odeur de brioche boisée et caramélisée.


 


L’étape suivante est primordiale : vérifier l’étanchéité du tonneau en y injectant de l’eau, et en le soumettant à des pressions et à de fortes rotations. Puis intervient le polissage, le remplacement des cercles de travail par un cerclage neuf d’acier galvanisé, la gravure au laser du tonneau. Le conditionnement et l’expédition terminent le travail de fabrication.


Dans le Bordelais, les barriques sont de 225 litres environ, en Bourgogne de 228 litres ; mais il en existe pour 700 litres. Quand vous visiterez une maison de vin ou de spiritueux, devant une cuve tronconique de 500 hectolitres, un foudre de 110 hecto, ou face à quelques dizaines de barriques ; demandez au vigneron si ces fûts ne viennent pas de chez Vicard. Il verra immédiatement un connaisseur, et vous considèrera sous un autre œil !


Vicard Tonnelleries

16100 Cognac

www.groupe-vicard.com


Une fois terminée, la barrique se voit sérigraphiée.

Une fois terminée, la barrique se voit sérigraphiée.
©DR