Balade du dimanche au Marché Biologique de Raspail. Déjà 20 ans d’âge !...

Bettina Aykroyd
Le 4 octobre dernier, le marché biologique de Raspail soufflait ses 20 bougies. Pas vieux ! Encore un adolescent qui pourtant en a vu des vertes et des pas mûres !... 20 ans plus tard, ce marché affiche une progression de 10% par an. Qu’on le veuille ou non, le bio a ses adeptes qui se font chaque jour plus nombreux…Visite guidée au cœur de Raspail, tant d’un point de vue journalistique que de celui d’une jeune commerçante volante…
Bio vegetables!

Bio vegetables!
©2009 DR

Le marché Raspail, une star !...



Des plus cosmopolites (anglais, italien, japonais surtout) et des plus biodynamiques des marchés verts parisiens. Tout a commencé, il y a 20 ans grâce à la volonté de Nature & Progrès de faire un marché biologique parisien boulevard Raspail. Et comme le souligne Mathieu Corvaisier, vendeur de fruits et légumes, mais aussi président de l’association du marché, le dimanche était le seul jour qui n’était pas pris par le marché traditionnel.



À l’époque, il s’agissait de producteurs pointus et on devinait qu’ils étaient de fervents défenseurs de l’agriculture biologique. Quelques années après suivront les marchés des Batignolles, de la rue Saint-Charles et de la place Brancusi. Aujourd’hui, la plupart des marchés traditionnels proposent quelques stands d’agriculture biologique.



20 ans déjà que le marché Raspail s’installe chaque dimanche entre la rue du Cherche-Midi et la rue de Rennes. Déjà vers 5 heures, au petit matin, les 45 abonnés commencent à arriver pour installer leur stand. Tous sont unanimes pour dire qu’il est important d’avoir un beau stand.



Un beau marché réunit un patchwork de personnalités !



D’après Mathieu Corvaisier, «il s’agit d’un stand riche en harmonie de couleurs et de volume, les fruits et légumes ne sont pas disposés en linéaire». Ce dernier a appris le métier dès l’âge de 15 ans en suivant son père (aujourd’hui à la retraite) qui était producteur de fraises, framboises et pommes avant de faire les légumes. D’ailleurs, il se rappelle que ce dernier ne lui laissait rien passer.



Tandis que pour Gilles Jamet, maraîcher du Val Coutrant, «c’est une harmonie de couleurs et de plantes mais surtout il est impératif d’éviter de mettre les fruits à côté des racines». De son côté, Gervais Poirier, producteur et affineur d’huitres de l’île d’Oléron, estime que la présentation est aussi importante que l’accueil, sans parler de la qualité du produit et d’un prix correct.





Qualité rime avec convivialité….



La qualité, il connaît. Présent sur le marché depuis pratiquement le début, Gervais Poirier vient chaque semaine avec ses huîtres dont il s’occupe de la naissance jusqu’à l’affinage. Une qualité reconnue par ses fidèles clients qui viennent lui acheter à chaque saison ses belles et bonnes huîtres. D’ailleurs, j’ai pu le constater de mes propres yeux pour avoir eu ma boutique de parfums «en plein air» juste à côté de lui un dimanche : il y avait quelque chose de touchant dans les sourires, les regards émerveillés et surtout ravis de retrouver Gervais et déguster à nouveau des huîtres. Rien ne le ravit plus que de pouvoir contenter le maximum de gens.



N’oublions pas non plus, comme le souligne Philippe Grégoire, producteur de crottins de Chavignol travaillés à l’ancienne à Narcy, dans la Nièvre, au début, il fallait être bio mais pas forcément bon… les imperfections et les irrégularités étaient permises alors qu’aujourd’hui il faut être beau, bon et bio. Le débat n’est plus tout à fait le même. Avec l’ouverture des cahiers des charges avec les exigences liées à la production, l’éthique ne deviendrait-il pas plus fébrile ? Dans ces termes, le bio ne va t-il pas être obligé de se redéfinir ?



Un bel esprit dans le bio….tiful !....



À Raspail, même si le marché se trouve des trottoirs dits chics de la capitale, l’ambiance y est conviviale. Comme le rappelle Philippe Grégoire, ce marché a toujours été un marché de centre de vie. Pour lui, l’ambiance reste la même et ses fromages un vrai délice pour les amoureux de fromages de chèvre et de brebis. «Ici on aime nos métiers mais il nous est nécessaire de passer ensemble un bon moment, sans pour autant négliger la partie économique» raconte Mathieu Corvaisier. Il aime à dire que le partage avec le client est important, un point de vue différent qu’il est indispensable de garder. C’est un choix et un art de vivre.



Le lieu de vie qu’est un marché, le tissu social qu’il permet de tisser dans un quartier, est aujourd’hui dans la société actuelle à ne pas négliger, surtout dans un monde où la machine aurait envie d’éliminer l’humain. Donc rien de mieux que de rire tout en travaillant. Pendant la matinée, chacun y va de sa petite histoire drôle, d’une taquinerie lancée. À cet effet Gilles Jamet rapporte comment un jour un âne qui était sur le marché est entré dans le célèbre café « Tourne Bouchon » sans hésiter et a bu au comptoir un verre !



Ce sont des hommes et des femmes qui ont beaucoup à dire de la vie. Nombreux sont ceux qui ont un autre métier. Une atmosphère où j’avoue me sentir bien et avoir été très gentiment accueillie par tout le monde.



Et au milieu de tous ces abonnés il y a un personnage d’une grande importance, le placier…. Sur le marché Raspail, il s’agit de Monsieur Julien. Son rôle ? Outre celui de percevoir les mensualités des abonnés, il organise le marché avec les commerçants volants…. Avant chaque marché, tout le monde se retrouve vers 8h00 et Monsieur Julien va décider de l’organisation du marché…L’atmosphère doit être bonne et la disposition attrayante pour le client. Son plus beau souvenir, un sourire avec Gérard Depardieu alors qu’ils s’étaient croisés 30 ans auparavant à Châtellerault!



La solidarité n’est pas tout à fait la même entre les volants que chez les abonnés !...Parmi les premiers et les plus joyeux, il y a Evelyne et ses couettes, ses oreillers…, Marie et ses pierres, Claire et ses huiles essentielles, Jean et sa mode venue d’ailleurs ou encore Rodolfo, charmant équatorien et ses panamas…. Avant de repartir, il est un must : prendre un café ou un délicieux couscous fait maison au «Tourne Bouchon » ou encore une crêpe accompagnée d’un verre de cidre chez Thérèse et Michel Beucher. Enfin, un petit détour chez Camille et Maxence ensoleillera votre dimanche avec leur cuisine italienne et leur tartare d’algue….



Bonne visite ! Remplissez bien vos paniers !