L'art de fouler les sols !

Mario de Castro
Tapis, moquettes,carpettes, cela fera bientôt cent ans (à l'aube de 2012) que la célèbre manufacture française Catry-Codimat «habille» le monde de la déco par ses audaces de couleurs et ses richesses de motifs.
Feuilles de bananier, réédition 2011 de Madeleine Castaing

Feuilles de bananier, réédition 2011 de Madeleine Castaing
©DR

De Mallet-Stevens, et son fameux passage d'escalier, à la grande dame de la décoration Madeleine Castaing, les grands décorateurs d'aujourd'hui font sans cesse appel aux archives de cette institution unique ! Depuis 1912, l'entreprise Catry dessine, tisse et assemble des tapis en pure laine, moquettes et carpettes. Le marché est alors en pleine expansion, et va résister aux chambardements des deux guerres mondiales.


Les années 50/60 voient arriver la raréfaction des laines de qualité avec la fin du colonialisme ; la concurrence sauvage tire les prix et la qualité vers le bas. L'émergence des grandes largeurs tissées Wilton ou Axminster ainsi que les moquettes tuftées dans les années 70 vont entraîner le rétrécissement de l'offre des fabricants de petites largeurs. On assiste à la fermeture en cascade des usines belges, qui étaient encore au cours des années 80 les plus réputées. A l'heure où l'on ne compte plus les usines de tissages Wilton que sur les doigts d'une seule main, il apparaît indispensable de perpétrer ce savoir-faire haut de gamme, symbole de l'exportation française dans le monde.


Lorsqu'on évoque pêle-mêle les noms de décorateurs qui connaissent le savoir-faire Catry-Codimat et ses archives qui abritent un patrimoine de plus de dix-mille dessins jacquard, la liste est très longue : Jacques Grange, Pierre Yovanovitch, India Madhavi, Christian de Beauvais, Gilles & Boissier, François de Marigny, Stéphane Poux, Jean-Pascal Agasse, Laurent Bourgois... tous estiment que le meilleur moyen de donner de la personnalité à un espace réside sans doute dans cet art du «tapis» qui englobe les «moquettes» (tapis qui recouvrent entièrement le sol d'une pièce, jusqu'à la plinthe des murs, coupé sur mesure et tendu sur thibaude) ; «carpettes» (tapis carré ou rectangulaire constitué d'un centre et d'une bordure, assemblés par une couture) ; et les « passage escalier » (constitués d'un chemin central et de deux bordures en vis à vis). Que ce soit en chinant dans les archives Catry ou en créant leurs propres dessins sur mesure, la création est toujours au rendez-vous ! On ne dénombre plus les réalisations franco-françaises, que ce soit pour la Maison Troisgros à Roanne ou le restaurant La Fontaine Gaillon à Paris, l'Ambassade du Congo, la Suite 171 de l'Hôtel Cambon, l'Hôtel Amour... Aujourd'hui Catry-Codimat est devenu un label de reconnaissance dans le monde du luxe.


Pascal Pouliquen, son directeur, nous raconte cette passion: «certains de nos clients vont jusqu'à traverser l'Atlantique pour trouver la vibration d'une palette de couleurs qui, associée au pouvoir évocateur d'un dessin et à une texture particulière composée de matières premières aux spécifications rigoureuses, fait du tapis ou de la moquette ainsi créé, un maillon essentiel du décor rêvé. Pourquoi tant de plaisir à fouler cet objet d'art ? L'émotion, le bien-être éprouvé trouvent notamment leur source dans le tissage Wilton, un art de faire qui survole les siècles depuis la fin du XVII ème siècle (les métiers à jacquard Wilton, pour les moquettes qui portent ce nom, porte sur l'obtention à partir de cette technique de moquettes et tapis à velours coupé). L'exigence des métiers à tisser centenaires nécessite des tisserands formés pendant une période d'au moins six ans avant d'obtenir leur maîtrise et, comme dans tous les métiers d'art, la transmission du savoir est essentiellement faite par voie orale. Aujourd'hui, une trentaine de personnes assurent la fabrication et une dizaine s'occupent de la commercialisation.» A l'heure où l'on ne compte plus les usines de tissages Wilton que sur les doigts d'une seule main, il apparaît indispensable de perpétrer ce savoir-faire haut de gamme, symbole de l'exportation française dans le monde.


Depuis 1999, la quatrième génération de la famille Catry a repris l'ensemble des actions. Se pliant au rythme des créations et des saisons, Catry propose dans ses gammes habitat, des produits 100% pure laine semi-peignée et contexture velours uni dans une cinquantaine de coloris pour les unis et sept coloris pour les Milrés (faux-unis) et trois colorations pour Milpoints, et sont principalement tissées en 70 cm de largeur. Arrivent ensuite les jacquards en pure laine semi-peignée créés à partir de cinquante-deux coloris de la gamme Unis et déclinés d'après l'un des 16 000 dessins en réserve. Ces gammes s'étendent aussi en mélange laine et polyamide, dans les mêmes répartitions pour une collection Grand Trafic.


La richesse des dessins d'un graphisme épuré s'inspire de la nature et de ses quatre éléments à travers les collections suivantes: « Les Chemins de Catry- l'incontournable » dans l'habillage des passages d'escaliers; « Le Manoir de la Catrière », expression de l'art de vivre des siècles passés; « Co-design », ouverture aux créations contemporaines et partenariats avec le design moderne et « Madeleine Castaing », préservation en exclusivité des thèmes chers à cette grande décoratrice du siècle dernier.


Ceux qui savent, rêvent ou désirent, artistes, décorateurs, architectes, designers, exploitent et développent en permanence la richesse et l'originalité de ce fond et de leur choix s'inscrit dans les décors des manifestations officielles des édifices de l'État, de l'hôtellerie et des résidences privées.


La visite de Sa Sainteté Benoît XVI, le Sénat, l'Assemblée Nationale, l'hôtel Bristol, l’hôtel de Crillon, le restaurant Laurent, les défilés de la haute couture à Paris, l'Hôtel du Cap à Antibes, constituent autant de reconnaissances publiques qui ne le cèdent en rien à celles des connaisseurs. Parmi ces derniers, citons, Serge Gainsbourg, Catherine Deneuve, Jacky Kennedy et sa sœur la Princesse Lee Radziwill, la Reine Astrid, Cristina Onassis, sa Majesté le Roi Albert, Yves Saint-Laurent, la Princesse de Yougoslavie, Madame Arpels.


Et pour conclure, Pascal Pouliquen ajoute: « Ces moquettes et tapis sont tout simplement posés sur le sol de nos lieux de passage. Faire son choix parmi les collections de la maison est comme parcourir le monde et son histoire. Envoûtement assuré avec la collection « Carte postale de Phileas Fogg »; « Vertige de Cappadoce »; « Obsession


Galiléenne »; « Miroir d'Orient »; « Les Jardins de Versailles »; « Souvenir d'Ispahan ». Séduction oblige avec « Rennes de Laponie »; « Ballet des deux aztèques »; « Casa Africa » ; « Manhattan » ; « Rêve d'Inca »; « Mystère du Nil ». Il se peut que demain de nouvelles créations viennent élargir la dimension du fonds des dessins, des nuances nouvelles seront lancées et des fibres naturelles nouvelles ou créées par l'homme seront étudiées. Être à la pointe de son métier demeure la plus grande ambition.»


 


Codimat- 63/65, rue du Cherche-Midi 75006 Paris

Showroom parisien – 23, rue du Mail 75002 Paris

Tél : 01 45 44 68 20