Le béton joue la déco

Marianne Tournier
Le béton ne se cache plus, il s’affiche : sur les murs, les sols, les plans de travail, les meubles… Beau et résistant, il n’a qu’un défaut : sa mise en œuvre demande une expertise certaine.
Effet béton ciré en cuisine

Effet béton ciré en cuisine
©DR

Ce qu’on appelle le béton décoratif est un mortier à base de ciment qui permet de réaliser des ouvrages de très faibles épaisseurs (donc moins lourds), contrairement au béton proprement dit. Il est constitué de ciments sélectionnés, de sables fins, de résines, de pigments naturels et d’additifs, destinés à améliorer la résistance, l’imperméabilité, la souplesse de la mise en œuvre… Le béton décoratif n’est pas un matériau inerte. Il vieillit, travaille et se patine. Comme le marbre ou la terre cuite, il craint les taches : il doit être protégé et imperméabilisé avant d’être ciré.



Plusieurs types de produits sont aujourd’hui disponibles pour effectuer différentes sortes d’ouvrages. Au sol, on utilise soit un béton autolissant d’intérieur (à couler), soit un mortier fin lissé. Ce dernier s’applique également sur les murs (y compris sur ceux des pièces humides) et autorise de plus l’exécution des plans de travail, de lavabo ou de receveur de douche… Enfin, il existe des bétons techniques très performants, qui sont réservés aux ouvrages spéciaux, comme la fabrication de meubles qui présentent des formes sophistiquées et souvent design.



Au sol, les produits autolissants
Le mortier autolissant permet de couler une chape mince, sans joint, en général de 5 millimètres d’épaisseur (de 3 à 10 mm), teintée dans la masse, voire éventuellement incrustée d’éléments décoratifs (galets, morceaux de bois, etc). Après séchage, le revêtement présente un aspect lisse et homogène. C’est le ponçage qui lui donne l’aspect naturel de la pierre. La surface est ensuite hydrofugée et cirée ou vernie. Le mortier autolissant est applicable sur (presque) tous les supports : carrelage, béton, agglo…, y compris les planchers chauffants, excepté le métal, le parquet, le bois massif et tous les supports susceptibles de travailler et donc de bouger. Mais à condition que le support soit bien préparé : il doit être stable, plan (éventuellement ragréé), sain, propre, à l’abri de toute remontée d’humidité et les fissures rebouchées. L’application d’une couche d’impression est obligatoire dans tous les cas, notamment sur le béton brut et le carrelage, de manière à favoriser une bonne accroche mécanique du revêtement. Tous les fabricants de béton décoratif (Matières à création, Matières Marius Aurenti, Ardex, Mapei, etc.) s’accordent sur le fait que la mise en œuvre d’un mortier autolissant exige les compétences d’un spécialiste, en particulier lorsqu’il s’agit de recouvrir de grandes surfaces. La mise en œuvre se fait en une seule passe. Le produit, dont la texture est celle d’un flan, est coulé. Il est parfois nécessaire de réguler la charge sur la surface. Et plus celle-ci est importante, plus le nombre de seaux à couler augmente, et avec lui les difficultés car il faut homogénéiser le lissage après les différentes coulées. D’autant que de nombreux facteurs sont susceptibles d’entraîner imperfections, microbulles, auréoles, nuançages… : la température et l’humidité ambiantes (elles font varier le temps de prise), les courants d’air (ils suffisent à créer des vagues sur la surface), la régularité de la vitesse de malaxage (homogénéité du mélange)…



Tout terrain, les mortiers de surfaçage


De faible épaisseur (4 mm), les mortiers de surfaçage s’appliquent en deux couches, à la manière des enduits décoratifs. Ils sont employés pour exécuter tout type de réalisation : murs, sols, plans de travail, salles de bains et objets divers (table basse, étagère, jardinière, etc), en intérieur comme en extérieur (Décobéton spatulable de Matière à création, mortier fin lissé de Matières Marius Aurenti, Créabéton de Basic System…). Comme dans le cas d’un enduit à la chaux ou d’un stuc, le produit s’applique à la taloche, à la lisseuse, au couteau américain, voire à l’éponge, en deux ou trois couches minces croisées (moins de 3 mm d’épaisseur chacune). Comparés aux produits autolissants, les mortiers de surfaçage sont plus faciles à appliquer, et donc à la portée de tout bricoleur motivé. Le geste, le travail de la main et la superposition des couches déterminent le rendu final, tandis que les qualités d’accrochage du mortier limitent les risques de malfaçon. Par rapport à un enduit au ciment, les mortiers de surfaçage sont plus résistants d’un point de vue mécanique : non seulement ils permettent de réaliser des revêtements de sol, mais ils ne craignent pas l’humidité et acceptent une mise en œuvre jusque dans la douche. Le support doit être stable et propre, à l’abri des remontées d’humidité. L’application d’un primaire sert à faciliter celle du mortier, mais aussi à réguler la porosité de la surface pour assurer un séchage uniforme du béton et éviter fissures et autres désordres. Avant traitement, un égrenage fin à l’aide d’une ponceuse excentrique est indispensable pour obtenir un rendu soyeux tout en faisant ressortir les effets de matière.



Le mobilier en béton


A ultrahautes performances, les bétons Ductal (Lafarge), Ceracem (Sika)… sont très fluides et ont la particularité d’être ductiles. Ils autorisent des réalisations très résistantes, d’une extrême finesse et d’un poids limité dans le domaine du génie civil (tablier de pont, panneaux de façades…) mais aussi d’objets et de meubles. Contrairement aux mortiers fins, ces bétons sont autonivelants, coulables sans vibration et moulables à froid.



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