La chasse au trophée animalier est ouverte

Clément Martin
Ne vous donnez plus la peine de faire sonner le tayot au cor de chasse, le trophée revoit son image trop longtemps décriée, en proposant d’orner sa maison d’animaux en peluche ou en papier mâché avec humour et fantaisie.
Sous le titre de « Love Bite », Rachel Denny réalise une œuvre empreinte de poésie et de rêverie, où le trophée devient une déclaration d’amour avec ces deux têtes de loup pris en flagrant délit de baiser.

Sous le titre de « Love Bite », Rachel Denny réalise une œuvre empreinte de poésie et de rêverie, où le trophée devient une déclaration d’amour avec ces deux têtes de loup pris en flagrant délit de baiser.
©DR

Cantonné à la maison perdue dans la campagne ou aux passionnés de la chasse à cours, le trophée s’est vu conférer une mauvaise réputation, avec la vague verte de l’écologie et des mouvements anti-chasseurs. Hautement symbolique, l’objet est issu d’une longue tradition remontant à l’Antiquité. En temps de guerre, les objets pris sur les champs de bataille étaient exhibés, pour commémorer une victoire. Détourné par les chasseurs, le trophée est devenu une pièce naturalisée ou séchée d’un animal, qui permet de glorifier l’orgueil de l’homme face à la bête. Généralement, il représente la tête de l’animal et son poitrail, dans un cadre en bois accroché fièrement sur un mur. Mais il se peut que le trophée se limite aux bois ou à la patte de l’animal, allant même jusqu’à reprendre le corps entier monté sur un socle. Considéré parfois comme l’objet d’un acte barbare, le trophée est devenu une sorte de paria de la décoration, hormis pour quelques irréductibles.


Dans un esprit détourné, le trophée refait surface dans l’univers de la maison, en revisitant son esthétique avec le vecteur de la modernité. Plus besoin de permis de chasse pour donner un nouveau souffle à son image, puisque l’humour fait place à la fantaisie. Avec originalité, la tête de l’animal n’est plus naturalisée, mais constituée de matériaux aussi différents que le bois, le papier, le tissu, la tapisserie ou la résine. Irradiant la puissance de son symbole, le trophée peut se suffire à lui-même en jouant sur une sobriété résolument moderne. Les formes sont stylisées ou la matière est laissée brute, pour conserver son caractère noble. L’audace est cependant de mise, puisque l’objet peut se parer de couleurs vives, qui apporteront une touche pop à votre intérieur. Paré de motifs, il renvoie à l’impression « kitsch » du trophée, en accentuant cet aspect par un papier peint liberty.


Dans une recherche créative, le bestiaire ne se limite plus aux animaux de la forêt ou de la savane. Désormais, le cerf et le lion côtoient ceux de la ferme, comme la vache ou la chèvre, sans oublier les animaux de compagnie, à l’image du bouledogue. De ce fait, la porte est ouverte à toutes les folies, n’hésitant pas à aller chercher du côté du fantastique ou de l’artistique. Ainsi, le trophée de chasse permet d’arborer les poitrails du bestiaire créé par l’illustrateur Dr. Seuss. Inoffensif et attendrissant, l’animal prend une image sympathique, qui lui confère un sentiment de douceur. Comme une grosse peluche, il évoque l’univers de l’enfance, idéal pour orner la chambre des petits, en apportant une touche de tendresse à l’image d’un ange-gardien. Pour une décoration plus « adulte », l’épure n’est pas en reste. Naturalisé ou stylisé, le trophée de chasse s’adapte désormais avec humour à tous les styles d’intérieurs, sans donner une impression champêtre.


Pur élément décoratif, le trophée s’est vu revêtir d’une véritable fonctionnalité, en se transformant en porte-manteau, en applique lumineuse ou en patère. Grâce à ses bois noueux, le cerf propose de laisser pendre ses vêtements le long de son royal front. Conçu par le designer Jeroen Wesselink, le trophée de chasse se transforme en meuble modulable, en devenant un tabouret lorsqu’il est retourné. En applique à l’intérieur ou l’extérieur de la maison, le trophée Moo de Trond Svengard et Ove Rogne est réalisé en poly-résine, afin que la transparence laisse diffuser la lumière. Crée par France Cadet, l’animal dans son encadrement de bois réagit au mouvement, toujours prêt à pousser son cri au moindre passage. Effet plus vrai que nature garanti ! Pourquoi ne pas jouer sur l’accumulation, en décorant un mur entier de ces trophées. Leurs différences donneront une impression de cabinet de curiosité, évocation d’aventures et d’exploits dans des contrées sauvages et reculées.


Fini l’empaillé avec le nouveau trophée de chasse du XXIème siècle qui, derrière l’humour et la fantaisie, reste une invitation à la rêverie. Une manière dédramatisante de conserver une décoration traditionnelle, en laissant de côté l’acte sanglant.


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