10 questions à Sacha Walckhoff

Mario de Castro
Né en France, Sacha Walckhoff a passé une grande partie de son enfance en Suisse. Puis il part pour Barcelone où il s’inscrit à l’Ecole des Arts et Techniques de la Mode. Il arrive, diplôme en poche, à Paris où il va travailler successivement, chez Jean-Rémy Daumas, Dorothée Bis et Michel Klein. En 1992, il rencontre Christian Lacroix, une rencontre déterminante. Il intègre la société, d’abord en qualité de responsable des lignes de prêt-à-porter, puis il est nommé directeur du studio en 1996 et devient, en 2002, le bras droit du couturier, après avoir créé sa propre entreprise qui lui permet d’être parallèlement, de 2000 à 2002, consultant pour Kenzo et Jean-Claude Jitrois . Lorsqu’en 2009 le couturier quitte la maison Christian Lacroix, Sacha Walckhoff est nommé directeur de la création. C’est lui qui, depuis 2010, dessine les collections de prêt-à-porter masculin, les lignes de lunettes solaires et optiques, la lingerie, le beachwear, la maroquinerie et les lignes destinées à la Maison. Depuis 2005, la Maison Christian Lacroix est présidée par Nicolas Topiol, qui en avait négocié l’acquisition auprès de LVMH pour le groupe Falic.
Sacha Walckhoff, directeur  de la création depuis 2009 de Christian Lacroix.

Sacha Walckhoff, directeur de la création depuis 2009 de Christian Lacroix.
©Elodie Dupuis

Qu’est-ce qui compte pour vous en premier dans un projet pour Christian Lacroix ?


Bien évidemment que cela ait du sens pour notre griffe, que cela soit le bon moment  aussi, que nous ayons la conviction que ce projet trouvera son public, qu'il nous fera avancer et, avant tout, que cela soit une rencontre enrichissante pour chacun des participants .


 


Quelles sont vos sources d’inspiration ?


Elles sont multiples et hétéroclites. Les archives maison sont bien sûr toujours un merveilleux point de départ, tout comme les expositions (récemment, par exemple, la mise en scène des collections de Madame Grès par Olivier Saillard au musée Bourdelle m'a profondément bouleversée), les galeries d'art contemporains, les voyages ; j'adore flâner à New York, Shanghaï ou Londres, entre deux rendez vous d'affaires. Les marchés aux puces de Paris, Los Angeles ou Tokyo sont fascinants, tout comme bien sûr les livres anciens (il y a quelques semaines, à Budapest, j'ai découvert une rue entière d'Antiquaires du livre… vertigineux). Et puis la rue, ces inconnus que je croise, et enfin mes collaborateurs au studio à Paris.


 


Y-a-t-il une touche unique qui identifie votre style ?


Chez Lacroix, c'est «le mix et le match». C'est une sorte de geste fondateur qui englobe pas mal de choses mais avant tout d'arriver à accorder la plus grande sophistication à une sorte de rugosité pour créer un contraste, un paradoxe, une émotion...


 


Quelle est votre période historique préférée ?


J'aime beaucoup vivre aujourd'hui, le temps présent ! Cela dit, j'ai une vraie fascination pour l'entre-deux-guerres, ce moment merveilleux où les barrières entre les hommes, les modes de vie, les classifications ont commencé à tomber… L'humanité l'a payé au prix fort, juste après, mais le mouvement était irréversible et continue encore.


 


Qu’est-ce qui vous procure le plus de satisfaction : travailler pour vous en pensant aux autres ou simplement créer pour les autres ?


Tout cela à la fois, car bien sûr avoir la possibilité de rendre réelle une idée, une abstraction qui vous a traversé l'esprit, cela je ne m'en lasserai jamais…. Mais ensuite, voir la réaction des autres, recevoir l'émotion qu'ils éprouvent ou juste croiser dans la rue quelqu'un qui a choisi ce que vous avez imaginé, c'est extraordinaire… Exercer ce métier est une chance immense et j'y pense chaque jour.


 


Quels décorateurs, architectes, designers, paysagistes ou artistes vous inspirent particulièrement ?


Il y en a beaucoup! Cocteau, Madeleine Castaing, Emilio Terry, les photographes Horst, Cecil Beaton, Avedon, Irving Penn mais aussi Georges Jouve, Charlotte Perriand, Janette Laverrière et, aujourd'hui, Marteen Baas, Martino Gamper, Rodrigo Almeida, Nan Goldin, Jeff Burton, Daniel Firman, Grégoire Alexandre, Olivier Zahm,…. la liste est sans fin!


 


Quelle est votre plus grande joie lorsque vous terminez un projet ?


Qu'il trouve son public!


 


La notion des espaces est pour vous très importante ou relative ? Petite ou grande surface, même combat ? Peut-on créer sur mesure ?


Il faut avant tout ressentir positivement l'espace dans lequel on va vivre. La lumière est pour moi aussi importante que l'espace lui-même. Les très grands espaces sont plus difficiles à rendre chaleureux que les petits bien sûr, mais rien est impossible ! On peut créer sur mesure, mais c'est encore un autre talent car il faut véritablement se mettre dans la peau de son client, ce qui n'est pas toujours chose facile à faire. Là encore, dans ce type de projet, la rencontre est déterminante.


 


Quelle est l’importance des différents corps de métier dans un projet ? Est-il indispensable de rechercher sans cesse de nouvelles technologies ou pas ?


Chaque corps de métier est important, chaque collaborateur est important. Une réussite est toujours celle d'un groupe dans notre métier, jamais d'une personne seule et bien sûr, il est primordial de se tenir informé de ce qui se passe, ne pas s'imaginer que l'on sait déjà ou que l'on sait mieux. Il faut laisser sa chance à chacun, être toujours à l'écoute, de la jeune génération surtout. Après il faut partager, choisir, décider, ce n'est pas simple non plus, mais c'est excitant si en face il y a l'envie, la passion et le savoir faire.


 


Quels sont vos autres projets en cours pour Christian Lacroix ?


Nous lançons la semaine prochaine nos nouvelles lignes de dessous et de beachwear féminins pour l'été 2012 qu'Olivier Zahm a shooté très récemment. Et nous présenterons lors de la fashion week Parisienne, fin juin, notre tout premier défilé Homme.


En septembre, outre notre seconde collection de lunettes optiques et solaires pour la femme, nous présenterons pour la première fois une ligne de lunettes pour les hommes. En septembre toujours, en plus de notre ligne de papeterie, désormais présente sur les cinq continents, nous présenterons aussi une nouvelle ligne d'accessoires pour la maison (coussins et tapis) édités par Designers Guild qui distribue déjà notre première collection dans 1800 points de vente à travers le monde.


Enfin, en janvier prochain, au Salon Maison & Objet, nous dévoilerons notre deuxième collection de tissus et d'accessoires pour la maison, ainsi qu'une toute nouvelle ligne de papiers peints. J'espère avoir d'autres surprises à présenter au même moment, mais il est encore un peu tôt pour en parler…


www.christian-lacroix.fr