Jean Lurçat toujours au zénith !

Agnès Zamboni
« Au seul bruit du soleil », c’est le titre de l’exposition organisée à la Galerie des Gobelins de Paris, jusqu’au 18 septembre 2016 : hommage à Jean Lurçat, un artiste brillantissime.
« Les Illusions d’Icare », création en 1938, première œuvre de Jean Lurçat tissée aux Gobelins et présentée exceptionnellement dans cette exposition avec son ensemble mobilier d’origine issu des Manufactures de Beauvais et de la Savonnerie. Canapé en sycomore, laine et soie.

« Les Illusions d’Icare », création en 1938, première œuvre de Jean Lurçat tissée aux Gobelins et présentée exceptionnellement dans cette exposition avec son ensemble mobilier d’origine issu des Manufactures de Beauvais et de la Savonnerie. Canapé en sycomore, laine et soie.
©Isabelle Bideau


Jean Lurçat, un maître incontestable



Il était peintre, peintre-cartonnier, poète et céramiste, résistant, membre de l’Académie des beaux-arts et a révolutionné l’univers de la tapisserie. Cinquante ans après sa mort, il reste installé pour toujours au firmament de cet art si difficile. Car il a su, comme personne, lui redonner vie, profondeur, éclat, richesse, renouvelant son répertoire et imprimant à sa toile un trait particulier, qui n’appartient qu’à lui. Jean Lurçat a produit un millier de cartons de tapisseries et son œuvre textile est la plus nombreuse que nous ait laissée un artiste au XXème siècle. L’exposition organisée aux Gobelins est aussi la plus importante depuis celle réalisée en 1958 au Musée National d’Art Moderne. Et pour donner un écrin à toutes ses œuvres, la scénographie, en noir et blanc, de l’architecte Jean-Michel Wilmotte met en lumière l’éclat des couleurs des fils tissés, des céramiques peintes, des tableaux et évoque la maison-atelier de Jean Lurçat, située dans le XVIème arrondissement de Paris, construite par son frère André Lurçat.



Dans la thématique du voyage, qui clôture l’exposition, les dernières grandes œuvres de Jean Lurçat : à la verticale, tapisserie de lisse « Paris », création en 1958-1960. A droite, « Les Trois Soleils », création en 1960, tapisserie d’Aubusson pour Orly, aéroport de Paris. A gauche « Tropiques », création en 1956, tapisserie d’Aubusson, atelier Picaud.

Dans la thématique du voyage, qui clôture l’exposition, les dernières grandes œuvres de Jean Lurçat : à la verticale, tapisserie de lisse « Paris », création en 1958-1960. A droite, « Les Trois Soleils », création en 1960, tapisserie d’Aubusson pour Orly, aéroport de Paris. A gauche « Tropiques », création en 1956, tapisserie d’Aubusson, atelier Picaud.
©Wilmotte & Associés




Une vocation précoce



Tout en travaillant ses toiles, Jean Lurçat manifestait déjà un fort intérêt pour les arts décoratifs et notamment les arts textiles. Très tôt il réalise des cartons destinés à être brodés par sa mère : ses premiers canevas. Suite à la rencontre ou à la demande de grands décorateurs et architectes d’intérieur, parmi lesquels son frère André ou Pierre Chareau, il conçoit des projets et cartons de tapis, tapisseries de siège ainsi que ses premières tapisseries. Touché par la crise de 1929 et ses conséquences, il interroge le sens de la peinture d’un point de vue philosophique et social et décide brutalement d’abandonner ce medium, à l’image d’autres peintres de sa génération. Et il abandonne la peinture pour se consacrer à la tapisserie, art monumental impliquant un travail collectif et offrant une dimension sociale. Il a dit : « La tapisserie,c’est principalement chose d’architecture...C’est un objet et dansson essence un tissu, dont le devoir est d’habillerun pan de bâtiment à qui, sans cet ornement,eût sans doute manquéun je ne sais quoi de charnu, de passionnel : de charme pour tout dire. » Mais cette exposition nous offre aussi l’occasion de découvrir une quarantaine d’œuvres d’un « peintre des années 30 », qui a exploré plusieurs voies et a été influencé par notamment par le style néo-cubiste, et le surréalisme.



A gauche, Jean Lurçat (1892-1966), en 1961, photographié à la Villa Seurat, construite par son frère l’architecte André Lurçat. A droite, Jean Lurçat était aussi un peintre. Ici, en 1925, devant son chevalet.

A gauche, Jean Lurçat (1892-1966), en 1961, photographié à la Villa Seurat, construite par son frère l’architecte André Lurçat. A droite, Jean Lurçat était aussi un peintre. Ici, en 1925, devant son chevalet.
©Fondation Jean et Simone Lurçat




Des sujets qui illustrent à son temps



Grands collectionneurs comme institutions ont offert ses premières commandes à Jean Lurçat : « Illusions d’Icare » et « Quatre Saisons » qui sera tissée à Aubusson. Et c’est là, dans la Creuse, qu’il se réfugiera en France Libre pendant la « drôle de Guerre » et rejoindra le maquis en 1944. A cette époque, ses œuvres composent une ode à la liberté et à la résistance. Après guerre, il travaillera avec des ateliers privés et développera un bestiaire poétique inspiré de la tapisserie de l’Apocalypse d’Angers. Puis son œuvre se nourrira de voyages. Et la tapisserie « Tropiques », qui conclue cette exposition, fait exploser sa joie de vivre !



*Jean Lurçat,
Le Travail dans la tapisserie du Moyen Age Edit.
Pierre Cailler, Genève, 1947



« Tropiques », création en 1956, tapisserie d’Aubusson, atelier Picaud. Cette invitation au voyage explose comme un feu d’artifice de couleurs.

« Tropiques », création en 1956, tapisserie d’Aubusson, atelier Picaud. Cette invitation au voyage explose comme un feu d’artifice de couleurs.
©Fondation Lurçat ADAGP 2016




Renseignements :

Galerie des Gobelins

42, avenue des Gobelins

75013 Paris

Tél. : 01 44 08 53 49

www.mobiliernational.culture.gouv.fr/fr/accueil



Dès la première salle, nous sommes plongés dans l’univers de l’artiste par une évocation de la façade de sa maison-atelier construite à Paris par son frère, l’architecte André Lurçat.

Dès la première salle, nous sommes plongés dans l’univers de l’artiste par une évocation de la façade de sa maison-atelier construite à Paris par son frère, l’architecte André Lurçat.
©Wilmotte & Associés




La porte franchie, c’est dans l’atelier du peintre que nous convie Jean-Michel Wilmotte : le visiteur pourra y admirer les premiers travaux de l’artiste, avant de poursuivre son parcours sur les deux niveaux de la Galerie des Gobelins.

La porte franchie, c’est dans l’atelier du peintre que nous convie Jean-Michel Wilmotte : le visiteur pourra y admirer les premiers travaux de l’artiste, avant de poursuivre son parcours sur les deux niveaux de la Galerie des Gobelins.
©Wilmotte & Associés




Tableau lunettes, création en 1923, huile sur toile.

Tableau lunettes, création en 1923, huile sur toile.
©Fondation Lurçat ADAGP 2016




Extrait des « Quatre Saisons », L’Eté, création en 1941, tapisserie d’Aubusson, atelier Goubely.

Extrait des « Quatre Saisons », L’Eté, création en 1941, tapisserie d’Aubusson, atelier Goubely.
©Philippe Sébert




« Smyrne », création en 1926, huile sur toile.

« Smyrne », création en 1926, huile sur toile.
©Fondation Lurçat ADAGP 2016




Dans l’écrin noir de l’architecte Jean-Michel Wilmotte, les céramiques de Jean Lurçat offrent leurs harmonies colorées très travaillées et leurs graphismes modernes. Au fond, « Le Jardin du rêveur », création en 1947,
tapisserie d’Aubusson, atelier Brivet (2,00 x 2,95 m).

Dans l’écrin noir de l’architecte Jean-Michel Wilmotte, les céramiques de Jean Lurçat offrent leurs harmonies colorées très travaillées et leurs graphismes modernes. Au fond, « Le Jardin du rêveur », création en 1947,
tapisserie d’Aubusson, atelier Brivet (2,00 x 2,95 m).
©Wilmotte & Associés




Parmi les « Quatre Saisons », Le Printemps, création en 1946, tapisserie d’Aubusson, atelier Tabard.

Parmi les « Quatre Saisons », Le Printemps, création en 1946, tapisserie d’Aubusson, atelier Tabard.
©Isabelle Bideau




« Les Trois Soleils », création en 1960, tapisserie d’Aubusson, réalisée pour Orly, aéroport de Paris.

« Les Trois Soleils », création en 1960, tapisserie d’Aubusson, réalisée pour Orly, aéroport de Paris.
©Isabelle Bideau




« Le Vin de Beaune », création en 1947, tissée pour décorer un mur du musée du vin à Beaune, l'ancien Hôtel des Ducs de Bourgogne. Sa richesse iconographique exceptionnelle a quitté pour la première fois son emplacement d’origine pour être présentée à la Galerie des Gobelins (4,04 x 10,50 m).

« Le Vin de Beaune », création en 1947, tissée pour décorer un mur du musée du vin à Beaune, l'ancien Hôtel des Ducs de Bourgogne. Sa richesse iconographique exceptionnelle a quitté pour la première fois son emplacement d’origine pour être présentée à la Galerie des Gobelins (4,04 x 10,50 m).
©Antoine Muzard




« La Petite Peur », création en 1952-1953, tapisserie des Gobelins (2,70 x 4,45 m).

« La Petite Peur », création en 1952-1953, tapisserie des Gobelins (2,70 x 4,45 m).
©Isabelle Bideau




« La Petite Peur », création en 1952-1953, tapisserie des Gobelins (2,70 x 4,45 m).

« La Petite Peur », création en 1952-1953, tapisserie des Gobelins (2,70 x 4,45 m).
©Isabelle Bideau




« La Terre », création en 1943, tapisserie d’Aubusson, atelier Goubely.

« La Terre », création en 1943, tapisserie d’Aubusson, atelier Goubely.
©Fondation Lurçat ADAGP 2016




« Paravent à 4 feuilles », création en 1927.

« Paravent à 4 feuilles », création en 1927.
©Isabelle Bideau




« Résistance », création en 1954, tapisserie de lisse, Aubusson (3,68 x 11,40 m). Atelier Picaud (partie gauche) et atelier Goubely (partie droite).

« Résistance », création en 1954, tapisserie de lisse, Aubusson (3,68 x 11,40 m). Atelier Picaud (partie gauche) et atelier Goubely (partie droite).
©Isabelle Bideau