« Un air scandinave flotte à Goult »

Sophie Maillot-Juillet
Charmé par l’authenticité de la petite cité, Klaus Rosenfalck a transformé cette maison de village en un havre de paix accueillant pour les amis.
Le designer a apporté sa touche nordique tout en conservant l'esprit chaleureux du sud

Le designer a apporté sa touche nordique tout en conservant l'esprit chaleureux du sud
©Stephen Clément

L’Image que l’on a du Lubéron est bien loin de celle de Goult, ce petit village monté sur une colline d’une beauté simple et délicate. Les grillons chantent autour des jardins et des patios, toutes les petites rues convergent vers la place de l’église dont le clocher est visible partout de la campagne avoisinante. La fontaine coule en diffusant son doux murmure apaisant, boutiques et cafés semblent s’excuser de faire un peu de bruit. Le village, légèrement à l’écart du grand axe de communication qu’était autrefois la voie romaine reliant le sud de la France à l’Italie par les Alpes, domine les vallées du Cavalon et du Limergues se rejoignant à Lumières.

C’est tout cet ensemble qui fait le charme indéfinissable de Goult, bon nombre ont été séduits et la ville a vu augmenter sa population de designers et de célébrités qui ont su racheter les maisons et les restaurer avec goût, en plus des mille trois cents habitants qui la maintiennent en vie toute l’année.



Charmé par la simplicité et l’authenticité de la petite cité, Klaus Rosenfalck, qui avait toujours souhaité s’installer dans la région, loin du tourisme de masse, a tout de suite été séduit par cette maison qu’il a trouvée par le bouche à oreille. Le coin abrite en plus une petite colonie scandinave, ce qui n’est pas pour lui déplaire car il est d’origine danoise. Après un long passage chez Ralph Lauren en charge de la ligne accessoires, Klaus Rosenfalck a depuis plusieurs années créé sa propre galerie « KRD » rue de Bourgogne à Paris, où il représente des designers scandinaves en plus de proposer des meubles vintage danois, qu’il va chiner lui même à Copenhague.



Campée sur la place du village, la maison était en piteux état. Passée de mains en mains, école de fille à une époque, puis boulangerie et enfin la poste, les fenêtres côté Nord avaient été murées sans doute pour se protéger du Mistral. Il n’y avait qu’une seule salle d’eau misérable au rez-de-chaussée, la plupart des planchers étaient pourris et les plafonds très bas cachaient toute la poutraison.

Klaus étudia la restructuration totale de la maison, de gros travaux furent donc engagés avec la complicité d’artisans locaux aimant « la belle ouvrage ». Il alla jusqu’à habiter 4 mois dans le village pour s’assurer que les finitions étaient exactement comme il le désirait.



Tous les murs furent abattus, les espaces repensés en gardant uniquement les murs porteurs, et en mettant à nu les jolis éléments d’architecture d’origine, tel que la charpente du 2eme étage où les poutres du salon, ainsi que d’anciens encadrements de fenêtre en pierre. Le chauffage au sol sous la pierre de Bourgogne du rez-de-chaussée, les murs lissés au plâtre, et le changement de toutes les huisseries redonnèrent le lustre d’antan à la vieille bâtisse. Dès l’entrée, on est un peu dérouté de se trouver directement dans la cuisine, Klaus s’amuse de la surprise de ses invités quand ils le découvrent devant ses fourneaux, mais la chaleur de l’accueil fait qu’on oublie bien vite ce passage en coulisse. La grande salle de séjour largement ouverte sur le jardin, les murs blancs qui accentuent le jeu de la lumière naturelle, s’y ajoute une jolie symphonie de métal, de bois et de pierre qui en font l’écrin des meubles et des objets dénichés par le maître de maison.



Klaus, formidable chineur collectionneur a su décorer l’endroit dans un esprit du Sud tout en apportant sa touche du Nord. Mais derrière la modestie d’une maison de village règne une vraie sophistication. Tout son talent se révèle en un savant mélange de meubles danois en palissandre des années 50 rapportés de Copenhague, d’objets chinés aux Puces du Marché Paul Bert, ainsi qu’aux Antiquaires de la Gare à l’Isle sur la Sorgues, le tout mêlé aux meubles d’Yves Halard ou aux pièces rares comme la table de salle à manger en verre italien de Galotti & Radice des années 60.



En montant l’escalier bordé de tomettes et de fer forgé, les amis découvriront leurs quartiers privés : quatre grandes chambres toutes dotées de somptueuses salles de bains. Un luxe que Klaus n’aurait sacrifié à aucun prix !



De la rue, nul ne peut imaginer que la maison se prolonge par un grand jardin que Klaus a découvert, joyeux désordre de bicoques en pierres, poulaillers et abris à bois. Tout fut démoli et les pierres récupérées une à une pour remonter les murs de la nouvelle enceinte où Klaus, après avoir fait niveler le terrain en pente, a pu implanter une piscine à débordement qui semble avoir toujours existé. Des buis, des lauriers roses et le bassin en pierre d’Estaillades, tout est pensé pour le confort et l’agrément des amis souvent présents. Courant sur ses à-plat de chaux vive, la lumière semble pénétrer dans les moindres recoins, percer les treillages des persiennes et glisser sur les contours des voutes. Au zénith, à l’heure blanche écrasante, l’intérieur offre un bienfaisant refuge pour échapper à la grande chaleur.





Klaus Rosenfalck

KRD - 58, rue de Bourgogne - 75007 Paris - 01 44 18 94 88

www.krd.fr