Les chaises magiques de Charles Rennie Mackintosh

Benjamin Tardy
Des dossiers évidés, une hauteur rectiligne et de légères courbes, le style de Mackintosh se reconnaît au premier regard. Retour sur le célèbre architecte designer de Glasgow.
La chaise Hill House fut la première de ce style et demeure légendaire

La chaise Hill House fut la première de ce style et demeure légendaire
©2010 DR

La première chaise de ce style que Mackintosh conçut fut la Chaise Hill House 1. Elle était destinée à intégrer la maison du même nom, qu'il avait aussi construite. Lorsqu'il dessinait une maison, l'architecte pensait également à la décoration intérieure et au mobilier. Il jeta ainsi les bases de l'Art Nouveau, qui prônait l'harmonie entre le bâtiment et son ensemble décoratif. La Hill House (« maison sur la colline ») se dressait toute en hauteur. Il fallait donc que le reste suive cette vertigineuse ascension.



Outre les maisons, Charles Rennie Mackintosh s'est illustré dans la construction de salons de thé. L'une de ses plus fameuses clientes fut Miss Catherine Cranston. Cette propriétaire de salons de thé fit appel à lui pour plusieurs de ses salons, dont ceux d'Ingram Street et d'Argyle Street. Avec sa femme Margret, Mackintosh s'occupa de la décoration intérieure des deux établissements. Ainsi naquirent la Ingram Chair et l'Argyle Chair. Le dossier haut revient, tandis qu'apparaît la légère courbe en bas, marque de l'influence grandissante de Margret sur son linéaire de mari. L'Argyle Chair le prouve d'autant plus : la chaise se remplit, les courbes se multiplient. Cette dernière sera d'ailleurs sa préférée.


L'Ingram est la première chaise que Mackintosh dessina pour Miss Cranston

L'Ingram est la première chaise que Mackintosh dessina pour Miss Cranston
©2010 DR


Les courbes prononcées de l'Argyle Chair témoignent de l'influence de Margret Mc Donald sur son mari

Les courbes prononcées de l'Argyle Chair témoignent de l'influence de Margret Mc Donald sur son mari
©2010 DR





Lorsque Miss Cranston crée la Willow Tearoom, elle fait de nouveau appel à Mackintosh. Une fois n'est pas coutume, le salon donne son nom à la chaise : la Willow Chair. Le designer s'amuse à donner la forme d'un saule (« willow » en français) au dessin du dossier, et le remplit plus que les autres. Les raisons ? Simples et fonctionnelles : l'Ingram et l'Argyle devaient créer un climat intime avec leur haut dossier car elles étaient réservées aux clients, tandis que la Willow s'adressait au surveillant de la salle. On pouvait ainsi le reconnaître facilement.


La Willow était réservée au surveillant de la salle

La Willow était réservée au surveillant de la salle
©2010 DR





À chaque chaise son histoire, avec son créateur commun. S'il n'a pas connu la gloire de son vivant, Charles Rennie Mackintosh a acquis une renommée internationale dont même ses chaises témoignent aujourd'hui.