Le fabuleux destin du fauteuil Zen

Normandie Hoche
Des courbes à faire pâlir d’envie la Vénus de Milo, une élégance et un confort adaptés au troisième millénaire, le fauteuil Zen de Steiner n’a pas pris une ride depuis sa création en 1969. Success Story…
Le fauteuil Zen version Silver

Le fauteuil Zen version Silver
©2009 DR

Luxe, calme et volupté, c’est ce que dégage le bien nommé fauteuil Zen. Calme et volupté, parce que ses formes, douces et féminines inspirent une certaine sérénité qui donne envie de s’y reposer. Et luxe, parce que ce meuble présente l’avantage rare d’être à la fois sculptural et douillet. Cette heureuse ambivalence est le fait de son défunt créateur, le chinois Kwok Hoï Chan.



A la fin des années 60, Hugues Steiner recherche des designers capables de retranscrire les aspirations de toute une génération à travers leurs créations. Il s’adresse alors à Kwok Hoï Chan. Bonne pioche, son fauteuil Zen est tellement en phase avec l’époque qu’il va rapidement devenir un succès commercial.



L’arrivée de la télévision dans les séjours a modifié l’assise. Celle-ci est devenue plus basse, plus informelle. Alors, le Zen qui plane à 34 cm du sol comble les attentes de la génération vautrée naissante. Le design des années 70 s’affranchit également des codes qui pesaient jusqu’alors sur les formes et les matériaux. Au cœur des 30 glorieuses, les matières et les volumes choisis sont plus généreux. Aussi, les formes ondulantes du Zen sont chaleureusement accueillies par le public de l’ère 68.



Pour Xavier Bourdery, directeur de Steiner, l’œuvre de Kwok Hoï Chan est comme un alphabet de calligraphie chinoise, inventé par le designer et décliné à travers toutes ses créations, le fauteuil Zen notamment. Son châssis en porte-à-faux qui lui donne des airs d’idéogramme est fait de tube chromé. Mais, contrairement à son habitude, Kwok Hoï Chan n’a pas souhaité que le métal soit visible sur le Zen et cette absence le rend plus polyvalent, plus intégrable.



Le tube chromé a beau être caché, il n’en est pas moins indispensable car c’est sa souplesse qui rend le fauteuil Zen si confortable. Pour draper ces formes acrobatiques, il fallait un textile élastique. En 1969, Kwok Hoï Chan choisit le Beluga. Mais si la structure du fauteuil tient plutôt bien la route, on ne peut pas en dire autant du tissu. Alors, en 2004 lorsque Steiner réédite le Zen pour la deuxième fois, il l’habille de cuir et de vinyle.



Xavier Bourdery compte bien rééditer tout l’œuvre de Kwok Hoï Chan mais il considère le fauteuil Zen comme l’élément le plus emblématique de la maison Steiner, car il ne ressemble à aucun autre et n’est pas daté dans le temps : « Il est resté très actuel et pourrait être inventé aujourd’hui ». Et ce ne sont pas les amateurs de design qui vont le contredire : le Zen s’est vendu à plus de 6000 exemplaires depuis sa première réédition en 2003.