Rencontre avec les designers Patrick Jouin et Sanjit Manku

Mario de Castro
Patrick Jouin et Sanjit Manku forment le tandem Jouin Manku au service du design qui n’a de cesse de surprendre de par leurs créations d’une esthétique aux contours spatiaux.
Le duo Patrick Jouin et Sanjit Manku.

Le duo Patrick Jouin et Sanjit Manku.
©Benoît Linero


De New York à Las Vegas, de Strasbourg à Paris, nombreux sont leurs projets pour les restaurants, les bars et les hôtels, dont la toute récente Résidence Nell et le Mandarin  Oriental  de Paris, le  Swatch Art Peace Hotel  inauguré en octobre 2011 à Shanghaï, les espaces de restauration pour les Galeries Lafayette, un flagship store à Hongkong et une résidence privée en Crimée. À venir, deux expositions pour Van Cleef & Arpels au Moca à Shanghaï et en septembre 2012, une exposition de leur travail au musée des Arts Décoratifs de Paris. Rencontre.



Donnant de plain pied sur le jardin intérieur, le restaurant Le Camélia au Mandarin Oriental de Paris.

Donnant de plain pied sur le jardin intérieur, le restaurant Le Camélia au Mandarin Oriental de Paris.
©Hélène Hilaire




Quel est  pour vous le déclencheur d’un nouveau projet ?



Patrick Jouin : C’est tout d’abord, je pense, la qualité de la relation avec le commanditaire. Je veux dire la qualité humaine, la richesse de cette rencontre sans cela c’est fichu. Le plus important  pour moi, c’est de ressentir une ‘intuition’. Le ‘déclic’ se fait à ce moment-là. A l’agence, on travaille depuis le moindre petit détail, tel le design des couverts qui sont aussi importants qu’une cage d’escalier ou le volume d’une pièce.



Et pour vous Sanjit quel est ce starter ?



Sanjit Manku : Ce sont des projets conçus à quatre mains. Telle une bande de musiciens, lorsqu’un commence à jouer  et que toute la bande crée l’effervescence d’une partition qui aboutit à une mélodie homogène, alors on est en syntonie…créative ! La force d’une équipe réside dans l’investissement du temps et de l’énergie, lorsque chacun donne le maximum de ses capacités.



Élégance absolue de l'escalier central du flagship Van Cleef & Arpels à Hong Kong.

Élégance absolue de l'escalier central du flagship Van Cleef & Arpels à Hong Kong.
©Nacasa & - Partners Inc




Votre ‘style’ est-il immédiatement repérable ?



PJ : Il faut savoir résister à cette tentation d’être prisonnier de son style. Je ne cherche pas à avoir un style .L’émotion ressentie à chaque nouvelle expérience et qui varie selon un contexte fait naître des choses nouvelles. On essaye d’émerveiller les gens à n’importe quel moment. Il faut savoir atteindre ce moment de grâce ! Ce qui me réjouit, c’est de voir des gens heureux de travailler sur un projet, et que ce projet réalisé rende aussi heureux les gens qui y travailleront !



Sanjit , pensez-vous vous répéter à chaque nouveau chantier ?



SM : En investissant les espaces jardins et restauration du Mandarin Oriental Hôtel à Paris, nous avons voulu réinventer le futur, le palace du XXIème siècle ! J’aime les projets audacieux, ostentatoires et opulents qui ne seront pas forcément confortables. En aucun cas nous ne faisons dans le décor ! Chaque projet  pourra s’identifier d’une certaine manière au précédent, mais c’est toujours un renouveau qui tient compte de la taille, de la location et des matériaux employés qui vont jouer pour ensemble créer une  nouvelle atmosphère !



Décoration luxueuse et soignée, contemporaine et intemporelle.

Décoration luxueuse et soignée, contemporaine et intemporelle.
©DR




Où  puisez-vous vos sources d’inspiration ?



PJ : L’époque historique qui m’a le plus marqué est sans aucun doute, la Renaissance .Ce moment de passage très fort, où toute une civilisation a changé et évolué dans son mode de vie, à cause des artistes. Mes plus grandes émotions graphiques, côté peinture, me viennent de Leonard de Vinci et de Gaspard David Friedrich, un peintre romantique. Le Lorrain et l’idée permanente de l’au-delà, du voyage, on part et on ne sait pas où on va…G.Richter est pour moi un voyage à travers ce fascinant métier de la peinture qui m’éblouit. Le peintre iranien Fattassi, le Jardin de la Fondation Cartier à Paris, unique pour cet abandon permanent aux mauvaises herbes ; Sophie Ambroise qui a travaillé pour l’hôtel Bulgari à Milan, le paysagiste Gilles Clément et le tandem François Neveux et Bernard Rouyer ,  une véritable surprise, ces paysagistes qui travaillent avec Jean-Michel Wilmotte et qui ont travaillé pour l’Hôtel Mandarin  Oriental à Paris .



Sanjit, vos origines multiples sont une richesse ou votre ressource naturelle pour la création ?



SM : Depuis 2006, je me suis associé avec Patrick Jouin. Je suis Canadien, d’origine indienne et né à Nairobi. Diplômé de la Carleton University et de l’école d’architecture d’Ottawa, c’est en 2008 que la structure s’est agrandie formant une agence design avec deux pôles distintcs : Jouin Manku pour le design d’espace et  Patrick Jouin ID pour le design de mobilier. Un travail sur mesure est développé avec les éditeurs de mobilier à chaque nouveau projet : Alessi, Cassina , Cinna, Fermob, Kartell, Ligne Roset, Murano Due. Je suis plus attaché et à l’écoute de ma propre voix, tout en étant conscient qu’il faut que le goût  se dépasse sans cesse dans la technologie et l’innovation. Je fais confiance à mon intuition !!!



Décoration soignée et confort d’un service 4 étoiles pour la Residence Nell

Décoration soignée et confort d’un service 4 étoiles pour la Residence Nell
©DR




Luxe et design font-ils bon ménage ?



PJ : Le luxe se niche  souvent dans les moindres détails. Pour le Mandarin Oriental Hôtel à Paris, la chose la plus importante était de construire une version contemporaine du luxe, pour que Paris s’ouvre enfin à la modernité. Le visage de Paris et  celui de la France doivent avancer… En qualité de designer industriel, je me sens plus attiré par les projets publics, qui bien qu’anonymes me procurent un grand plaisir de par le regard que tout le monde peut y porter. Pour la première fois j’ai conçu (Patrick Jouin ID) l’ensemble des arts de la table pour le restaurant Sur Mesure du Mandarin Oriental Hotel. Réalisations exclusives pour le chef Thierry Marx, avec la crème de la crème du savoir-faire des maisons Puiforcat, Raynaud, Ercuis, Federal Mogull et Ellipse pour des pièces en verre, poral et porcelaine aux teintes blanches et or, de véritables joyaux !



Sanjit, le luxe vous le sentez comment ?



SM : Je vis toujours dans le registre d’une perpétuelle réinvention du monde dans lequel je vis et auquel je crois. Par exemple, ce jardin conçu pour le Mandarin Oriental Hôtel à Paris a été le point fort et chaud de ce chantier. Vous rendez-vous compte ?  On a créé en collaboration avec les paysagistes François Neveux et Bernard Rouyer, les agences Wilmotte & Associés et Jouin Manku, une oasis en plein centre de Paris, rue du Faubourg Saint-Honoré. Une cage aux oiseaux, symbole du groupe Mandarin Oriental, apporte un souffle nouveau entre le restaurant  Le Camélia, d’un côté, et de l’autre le Bar 8 et le restaurant gastronomique le Sur Mesure. Le luxe d’avoir utilisé le savoir-faire français dans un palace où l’on se sent confortable.



Dans notre toute nouvelle réalisation à Paris, la Residence Nell, nous avons conçu un espace très parisien, très confortable, une résidence hôtelière, design sans trop l’être, où l’on considère que la décoration pourra évoluer et changer au fil du temps. A l’image d’une voiture neuve, qui après trois semaines d’usure, s’adapte aux modes de vie de son utilisateur. Avec la Residence Nell, nous avons établi une relation avec la ville, le voyage et la rencontre des gens dans un souci de vie quotidienne et c’est cela qui nous a plu ! C’est ça aussi le luxe !



www.jouinmanku.com



www.mandarinoriental.fr



www.residencenell.com



Créé avec les paysagistes François Neveux et Bernard Rouyer, les agences Wilmotte & Associés   , le jardin intérieur du Mandarin Oriental, véritable oasis en plein Paris.

Créé avec les paysagistes François Neveux et Bernard Rouyer, les agences Wilmotte & Associés , le jardin intérieur du Mandarin Oriental, véritable oasis en plein Paris.
©Hélène Hilaire