La Bouquetière

Guillaume Pellerin
Autrefois les villes aux rues étroites et à l’urbanisme échevelé raisonnaient des mille cris des petits métiers. Dans les immeubles où existaient en fonction des étages occupés une mixité
sociale animée et bouillonnante , l’étudiant rencontrait le bourgeois et la cousette y croisait le seigneur.
photo : l'Office Hollandais des Fleurs

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©l'Office Hollandais des Fleurs

Dés le petit matin, les paysans d’alentour se dirigent vers les Halles et les rues raisonnent des cris de ceux qui exercent au jour le jour ce que l’on appelle « les petits métiers » ambulants qui dés le 13éme siècle sont évoqués par le poète Guillaume de Villeneuve dans le texte « les crieries de Paris. » Dans cet enchevêtrement d’activité et le bruissement constant de la circulation la « Bouquetière » a bien du mal à frayer son chemin. Pourtant son rôle est important. Enfermé dans les murailles où les espaces verts n’ont pas encore leur place chacun ressent le besoin de Nature et la bouquetière, depuis le Moyen Age ,fournit les iris et les glaïeuls qui jonchent le sol des maisons, les brassées de fleurs fraîches qui garnissent les vases des maisons tout comme les petits bouquets des coiffures des belles élégantes. C’est en 1677 et en 1735 que leur profession est définie par des statuts qui les baptiseront de « maîtresse bouquetière et marchande chapelières de fleurs ».

De la rose destinée aux boutonnières au camellia que l’on piquait dans les cheveux c’est dans tous les quartiers que les ânes surchargés de pots et de paniers fleuris suivent les bouquetières qui vendent à chacun un peu de cette nature qui fait alors tant défaut aux citadins. Figures très populaires elles seront immortalisées par l’ « habit de bouquetière. » dessiné en au 17éme siècle par Nicolas de Lormessin dans sa fameuse série sur les métiers. C’est vers 1770 que devant la multiplication de ce commerce et sa nécessaire réorganisation il fallut distinguer entre la marchande de la Halle, la jardinière fleuriste, et la bouquetière de détail.



Mais en fait qu’importe cette volonté administrative de classement car les descendantes de ces bouquetières continuent à prodiguer à chacun le plaisir des bouquets. Il n’y a pas de ville sans fleuriste et depuis l’âge des cavernes ce besoin naturel de fleurir nos habitations a toujours suivi parallèlement le développement de notre habitat, toutes les fleurs des champs s’en souviennent et on voit difficilement qui pourrait se plaindre d’une aussi charmante habitude.



Alors toutes et tous à vos bouquets.